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Strépy: la faute aux constructeurs automobiles ?
23·03·22

Strépy: la faute aux constructeurs automobiles ?

Bart Eeckhout est le rédacteur en chef du quotidien De Morgen.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Photo by CHUTTERSNAP on Unsplash

Après avoir appris qu’une voiture avait fait six victimes en percutant mortellement un cortège carnavalesque dans le village de Strépy-Bracquegnies, certains ont attaché une importance particulière à l’exclusion par la police de la « piste terroriste ». Au journal télévisé, le soulagement pouvait pratiquement s’entendre dans la voix du journaliste : Ouf ! Ce n’est pas un attentat. Étrange réaction, n’est-ce pas ? Comme si cette information rendait les morts moins morts, la tristesse moins triste.

Bien entendu, un simple accident de la circulation, aussi tragique soit-il, n’a pas la portée exceptionnelle d’une attaque terroriste. Mais se dire qu’il ne s’agit finalement « que » d’un accident, commis volontairement ou pas, apporte une forme d’apaisement illusoire. Comme si rien ne s’était passé, comme s’il n’y a plus rien à voir. Une pensée lénifiante qui nous autorise, une fois les morts pleurés, à poursuivre notre existence sans devoir poser les questions, fondamentales, qui dérangent.

Des questions comme : est-il normal que nous puissions, dans notre société, circuler sans entrave majeure avec des véhicules qui, mis entre de mauvaises mains, se transforment si facilement en armes de destruction massive ? Est-il utile que dans une société où la vitesse maximale est limitée à 120 km/h, une bonne partie des voitures puisse aisément atteindre le double ?

Ces simples questions en conduiront certains à lever les yeux au ciel, à dénoncer en soupirant des critiques faciles, une volonté de « nous » priver, une fois encore, d’une part de notre liberté. Il faut dire que les constructeurs automobiles ont parfaitement réussi à associer dans notre esprit la voiture et notre droit à l’autodétermination, dont la vitesse à laquelle nous roulons fait incontestablement partie. Que cette vitesse soit aussi très meurtrière, pour nos semblables comme pour les animaux, relève manifestement de l’anecdotique. Tout comme de nombreux Américains préfèrent oublier les conséquences funestes de leur droit à porter des armes à feu.

Sécurité routière : rouler à tout prix, quitte à écraser des enfants

Or, le lien de causalité entre la vitesse excessive et les accidents mortels est évident. Une personne a trois fois plus de chances de mourir lorsqu’elle est heurtée par une voiture roulant à 80/km que par ce même véhicule qui roule à 50 km/h. Cette réalité était connue de tous, bien avant qu’un chauffard ne vienne semer la mort et la désolation un dimanche à l’aube dans un village de Wallonie.

Pourtant, la résistance est farouche. Le Parlement européen avait jadis suggéré l’idée de brider technologiquement les voitures. Mais après deux ans de lobbying acharné de l’industrie automobile, la montagne a accouché d’une souris : le règlement prévoit désormais un système d’avertissement sonore en cas de dépassement de la vitesse autorisée, que le conducteur pourra désactiver à sa guise. Fallait-il s’attendre à autre chose ?

Cette fois encore, il est tentant de faire porter le chapeau au conducteur du véhicule. D’autant que sa culpabilité ne fait pas l’ombre d’un doute. Nul ne le conteste. Néanmoins, j’ose poser la question suivante : ne devrions-nous pas aussi nous intéresser aux constructeurs de ce type de voitures, que notre fou du volant appelle affectueusement « mon arme » ?

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