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14 novembre 2017

Pourquoi les Pays-Bas s’en prennent soudainement à la Belgique

« Je ne veux pas suivre l’exemple belge. » Le coup de bec, assené le week-end dernier par Mark Rutte, Premier ministre néerlandais, ressemblait à une attaque gratuite et injustifiée. Mais en deuxième analyse, on comprend qu’il était guidé par une douce envie de revanche, pour toutes les fois où Mark Rutte a lui-même été la cible de nos élus.

Le Premier ministre néerlandais fait face à une vive résistance dans son pays pour sa volonté de supprimer la taxe sur les dividendes en 2019. Les entreprises aux Pays-Bas paient actuellement 15 % d’impôt sur les dividendes octroyés à leurs actionnaires. Pour l’opposition, cette suppression est un « cadeau offert aux multinationales » qui coûterait chaque année au pays quelque 1,4 milliard d’euros.

Lorsqu’il a défendu son projet, Mark Rutte a déclaré sèchement qu’il « ne voulait pas suivre l’exemple belge. » Et le Premier ministre d’ajouter : « La Belgique ne compte qu’une seule grande entreprise qui opère à l’international : AB InBev. À part cela, ils n’ont rien. », a-t-il notamment souligné. « Si les Pays-Bas ne suppriment pas cette taxe, ils tomberont dans les mêmes travers. Et la Belgique nous a montré les conséquences de l’immobilisme. »

Bons voisins

Le coup de griffe de Rutte semble, de prime abord, totalement gratuit et dénué de fondement. Mais une deuxième analyse laisse entrevoir une intention bien plus subtile. « Pendant des années, la Belgique a critiqué ouvertement la politique des Pays-Bas », explique l’économiste Geert Noels. « Quand le pays a axé sa politique sur la compression des dépenses afin d’être plus concurrentiel, il a été fortement critiqué par Kris Peeters (CD&V), vice-premier ministre. Ce dernier avait déclaré : « un bon jardinier n’élague pas son jardin quand il gèle ».

« Mais il n’en reste pas moins que les Pays-Bas peuvent aujourd’hui se prévaloir d’un excédent budgétaire. Le montant des fonds de pension y est supérieur à la dette publique. Le pays se porte bien et jouit d’une confortable marge de manœuvre politique, notamment pour réduire les impôts. Mark Rutte ne pouvait donc pas se montrer plus sarcastique. Pendant des années, la Belgique a critiqué ses voisins du Nord, qui n’ont jamais bronché. Mais aujourd’hui, c’est en âme et conscience que le Premier ministre néerlandais a pris la Belgique pour cible. Il s’est dit que le moment était venu d’enfin réagir. Rira bien qui rira le dernier. »

Solvay, ça vous dit quelque chose ?

La vengeance est donc clairement un plat qui se mange froid aux Pays-Bas. L’attaque de Peeters sur l’élagage du jardin date de septembre 2016. Depuis lors, Rutte n’avait pas dit un mot. « Les élus belges qui critiquent les déclarations du Premier ministre néerlandais ont manifestement oublié qu’ils ont fait la même chose pendant des années, qu’il s’agisse du Premier ministre Charles Michel (MR), du ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) ou du vice-premier Peeters », rappelle Geert Noels. Tous nos responsables se sont empressés de torpiller les déclarations : « Mark Rutte n’a manifestement jamais entendu parler d’entreprises telles que Solvay, UCB, Bekaert ou Umicore. Toutes jouissent pourtant d’une renommée internationale, dans leur domaine respectif. »

Mais Geert Noels tempère cette parade : « Rutte n’a certes pas raison sur toute la ligne, mais il y a une grande part de vérité. La Belgique compte tout simplement moins de grandes entreprises que les Pays-Bas. Sans oublier qu’en définitive, AB InBev est plus brésilienne que belge. »

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