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La Flandre creuse encore son déficit budgétaire pour atteindre 3,6 milliards cette année
03·06·26

La Flandre creuse encore son déficit budgétaire pour atteindre 3,6 milliards cette année

L’essentiel

Le déficit budgétaire flamand – y compris les dépenses pour Oosterweel – devrait être supérieur de 750 millions d’euros cette année par rapport aux estimations précédentes. La Flandre se dirige vers son quatrième déficit le plus élevé de son histoire. Les équilibres et les excédents du gouvernement Bourgeois sont loin derrière. La recherche d’un équilibre en 2027 s’annonce difficile, en raison des tensions politiques et des recettes incertaines provenant, par exemple, de la vignette routière pour les étrangers.

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

Photo de Towfiqu barbhuiya sur Unsplash

Auteur⸱e
Dominique Jonkers
Traducteur Dominique Jonkers

En Flandre, sur le plan budgétaire, l’année 2026 ne sera pas brillante : le déficit va se creuser de 750 millions d’euros supplémentaires, à 3,6 milliards d’euros. Ce sera l’une des quatre pires années budgétaires de l’histoire de la Région. Réaliser comme prévu l’équilibre budgétaire dès l’an prochain s’annonce extrêmement difficile, notamment en raison des incertitudes liées à la vignette routière.

L’information était passée inaperçue, début mai. La note explicative jointe à l’ajustement budgétaire affiche un déficit en hausse de 750 millions d’euros, pas moins. Encore estimé à 2,9 milliards en septembre, le déficit devrait atteindre 3,6 milliards d’euros à la fin de l’année.

Attention : la dégradation de la situation budgétaire mentionnée dans les tableaux est limitée à 450 millions d’euros. Le gouvernement flamand n’y a en effet pas intégré les dépenses liées au projet Oosterweel et aux mesures de relance, qui totalisent 300 millions d’euros supplémentaires, soit un total de 750 millions d’euros. Rien que le coût de construction du projet Oosterweel, à Anvers, est passé pour cette année de 900 millions à 1 milliard d’euros.

A cela s’ajoutent la hausse de l’inflation (qui gonfle les dépenses de l’année), des mesures d’économies (qui rapportent trop peu), et l’absence de mesures nouvelles. Quant au gel des embauches – un seul fonctionnaire nouveau pour remplacer trois fonctionnaires partants – il ne répond qu’à un objectif d’économies déjà ancien.

Dans la liste des pires résultats budgétaires de l’histoire de la Région flamande, celui-ci est en bonne voie d’occuper la quatrième place – malgré les grands discours sur la nécessité de redresser les finances et malgré un train de mesures d’économies estimé à 1,5 milliard d’euros. Quand le gouvernement du ministre-président Matthias Diependaele (N-VA) est entré en fonction, les équilibres et les excédents du gouvernement Bourgeois n’étaient déjà plus qu’un lointain souvenir. C’était déjà vrai pour le gouvernement de Jan Jambon (un camarade de parti de Matthias Diependaele et de Geert Bourgeois) – mais cette équipe-là a dû affronter les effets de la pandémie de coronavirus.

Le gouvernement flamand à la recherche de 1,5 milliard d’euros

Avec l’accumulation de déficits, les dépassements de coût du projet Oosterweel et l’acquisition d’une participation importante dans l’aéroport de Bruxelles National, la dette flamande a évidemment bondi. Elle avait franchi la barre des 50 milliards d’euros l’an dernier ; elle devrait atteindre 57 milliards fin 2026.

« Malgré des semaines de négociations, ce gouvernement ne sera parvenu qu’à accumuler des dettes supplémentaires et à augmenter les coûts », dénonce Tom Lamont, député du Vlaams Belang.
Voilà qui montre à quel point l’exercice de recherche de l’équilibre budgétaire s’annonce difficile. En 2027, la N-VA veut atteindre – promesse que le parti répète depuis des années – un « Schwarze Null » . Selon les estimations de l’an dernier, le déficit total s’élèverait encore à 1,5 milliard d’euros, sauf nouvelle augmentation entre-temps. Récemment encore, le ministre du Budget, Ben Weyts (N-VA), évoquait la nécessité d’un effort « de l’ordre du milliard d’euros », sachant que cet objectif ne tient compte ni des dépenses de relance ni du projet Oosterweel
« C’est en septembre que le travail va vraiment commencer. Le moment est venu de mettre enfin un terme à ces déficits persistants », déclare Ben Weyts. À quoi le député indépendant Maurits Vande Reyde rétorque que « de toutes les manières, l’équilibre que le gouvernement présentera sera fictif : la Flandre souffre exactement du même problème que les autres entités fédérées ».

Diminution des droits de succession

Par ailleurs, l’ajustement budgétaire se déroulera très probablement sous des auspices défavorables. Les partenaires de la coalition au pouvoir (Vooruit et le CD&V) risquent de se lasser de l’austérité, d’autant plus qu’un important effort supplémentaire les attend au fédéral. Après tout, on a bien vu, ces derniers mois, les difficultés qu’éprouve Matthias Diependaele à forger des compromis.

Ne mentionnons que la décision – révélatrice – de la ministre de l’Éducation, Zuhal Demir (N-VA) qui, la semaine dernière a renoncé à imposer une mesure d’économie de 100 millions d’euros prévue à l’accord de gouvernement, en réformant l’organisation des cours de philosophie. Selon la ministre, l’opération était politiquement et juridiquement infaisable. Aujourd’hui, elle veut diviser ce montant par trois. Et ses partenaires, au sein de la coalition, estiment qu’elle n’a qu’à retirer ses objectifs de l’accord de gouvernement.

Ces 100 millions risquent fort de n’être que le premier d’une longue série de revers d’ici septembre. Le député Simon Bekaert (Vooruit) craint fort que Ben Weyts n’ait pas encore avancé d’un iota sur l’augmentation de la taxe sur les jeux d’argent en ligne – que l’accord de gouvernement à une recette de 40 millions. L’instauration d’une vignette routière (recette : 130 millions d’euros) pour les véhicules étrangers semble également très incertaine. On peut également se demander si le projet de baisse (sensible ?) des droits de succession, mise en veilleuse l’an dernier, finira par aboutir.

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Une goutte d’eau

« Du fonctionnement de la vignette routière, on ne sait encore rien. Pas même s’il sera possible de la mettre en place le 1er janvier, et pas davantage s’il est envisageable de parvenir à un accord avec les autres régions », remarque Jasper Pillen, député du parti Anders. « Pour taxer les jeux d’argent comme pour la vignette, nous avons besoin des autres régions. Or à Bruxelles, nous n’avions pas d’interlocuteur jusqu’il y a quelques mois, quand a été mis en place un gouvernement de plein exercice. Pour ces deux dossiers, je continue pourtant de compter sur un accord, avant les vacances d’été », rassure Ben Weyts.

Mais voilà : l’exercice budgétaire flamand n’est qu’une broutille, comparé aux initiatives que devra prendre le gouvernement fédéral. De plus en plus, la Flandre bénéficie de dotations au titre de la loi spéciale de financement – avec encore quelques milliards supplémentaires d’ici 2029. En outre, la Flandre est largement immunisée contre le coût croissant du vieillissement de la population et des charges d’intérêts. Néanmoins, à défaut de mesures supplémentaires, le déficit budgétaire flamand repartira à la hausse après 2027.

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