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1 avril 2021

Le Limbourg, dupe du nouveau plan de découpage en « régions » ?

Temps de lecture: 3 minutes

Le gouvernement flamand veut diviser la Flandre en 17 « régions » (dites « régions de référence », ndlr), au sein desquelles les communes seront amenées à intensifier leur collaboration. Mais l’annonce retentissante de « la plus grande réforme interne jamais entreprise » n’a finalement causé que quelques remous au nord du pays. Au mieux, les gens se sont demandé s’il était vraiment opportun de vouloir résoudre la prolifération des 2 229 accords de coopérations communaux existants en y ajoutant un énième niveau de gouvernance supplémentaire.

Faire le poids face aux métropoles

L’exercice n’est pourtant pas entièrement dépourvu de logique, car, à l’exception du Limbourg, les autres provinces sont déjà officieusement formées de plusieurs « régions ». Le fond du problème repose sur l’incapacité de certaines villes-centres, malgré leur qualité intrinsèque, à rivaliser avec la force centripète de grandes métropoles telles que Gand ou Anvers.

Le gouvernement flamand est donc incapable d’inciter les communes à fusionner de leur propre initiative. Résultat : une mosaïque de plus de trois cents communes qui ne pourront pas relever les défis de demain. Ce n’est pas sans raison qu’une série de domaines importants, tels que la police et les soins de santé, sont confiés à des structures plus grandes et plus efficaces.

Mais le plan de découpage proposé n’est autre qu’un succédané de solution, une variante homéopathique à une véritable opération de fusion.

Les communes limbourgeoises déjà à l’unisson

Un exercice dont le Limbourg risque bien d’être le dindon de la farce. Car c’est cette province, où a eu lieu le plus de fusion de communes lors de la dernière législature, et où d’autres unions se profilent, qui va payer les pots cassés de l’incapacité du gouvernement à mettre en place une économie d’échelle. Les problèmes que la Flandre essaye de résoudre par ce plan du découpage en « régions » n’existent pas dans le Limbourg. Le nombre d’accords de collaboration y est inférieur à toutes les autres régions. Pourquoi ? Parce que les communes limbourgeoises collaborent déjà. Nulle part ailleurs on ne voit 42 communes tirer si fort sur une même corde et affronter autant de défis ensemble.

Lorsque le gouvernement flamand a divisé, il y a peu, le territoire en zones de transport, il allait de soi que le Limbourg serait la seule province à ne constituer qu’une seule entité. En 2012, Geert Bourgeois (N-VA), ministre-président de l’époque, avait demandé une étude détaillée sur la possibilité de créer ces fameuses « régions ». Toujours à la même époque, on avait conclu que le Limbourg deviendrait sans aucun doute une entité unique. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Puisque toutes les provinces étaient divisées en « régions », le Limbourg devait forcément subir le même sort. Voilà donc le seul argument. Ce n’est pas un hasard si les plans présentés récemment affichaient encore le Limbourg dans une seule et même couleur. On ne peut simplement pas y imaginer une division logique. Et pourtant, il est toujours prévu que la province soit fragmentée en trois ou quatre morceaux.

Une manœuvre contre-productive ?

On peut aussi se demander si la coopération intercommunale pour – disons – les soins de première ligne, est vraiment idéale pour le développement économique d’une région comme le Limbourg, où la coopération est déjà bonne. Tous les indicateurs démontrent le contraire. Les déplacements professionnels entre communes ou terrains industriels suprarégionaux transfrontaliers ne sont pas compatibles avec les scénarios irréalistes proposés par la Flandre. Des axes économiques importants seront mis à mal ou rompus. Si l’on regroupe Hasselt et Genk au sein d’une même « région », on créera une super-région qui fera disparaitre l’actuelle articulation nord-sud de la province. Si l’on sépare Hasselt et Genk, le désavantage occasionné par l’absence d’une grande agglomération urbaine limbourgeoise n’en sera que renforcé. Aucun scénario de découpage n’est donc favorable au Limbourg.

La Flandre compte certes cinq gouvernements provinciaux, mais le Limbourg est la seule véritable province. Le Limbourg est déjà une seule et même région. Certes, elle devra à l’avenir mieux s’intégrer dans la politique et le processus décisionnel de la Flandre. La Flandre et le Limbourg ont toutes les cartes en main pour former une union équilibrée et fructueuse. Mais faire imploser la cohésion au sein d’une province en raison d’une incapacité à s’accorder sur le reste, c’est partir sur de mauvaises bases.

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