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10 septembre 2018

Le dérapage budgétaire dont plus personne ne semble s’inquiéter

Auteur
Traducteur Maxime Kinique

Alors que tous les regards sont tournés vers les prochaines élections communales, la question de l’équilibre budgétaire risque (à nouveau) de susciter un désintérêt massif. On a appris la semaine dernière que le déficit budgétaire augmentera de pas moins de 5 milliards en 2019, ce qui est beaucoup plus que ce que le gouvernement Michel veut bien admettre. Après les promesses électorales assourdissantes de 2014, on pourrait penser qu’avec une annonce aussi brutale, le pays s’arrêterait un moment de tourner et que le rouge de la honte s’afficherait sur le visage de plusieurs politiciens. Il n’en est pourtant rien : la vie politique suit son cours, comme si de rien n’était.

Faut-il s’inquiéter de ce nouveau dérapage budgétaire ? Oui, mille fois oui ! Il est terrifiant de constater que ce gouvernement, qui s’est autoproclamé historique, se révèle incapable de remettre le budget du pays sur les rails. Michel Ier ne parvient décidément pas à confectionner un budget sain, malgré une conjoncture favorable avec des taux d’intérêt historiquement bas et le sursaut que connaît notre économie. Cette incapacité du gouvernement fédéral à renouer avec l’équilibre budgétaire compromet la pérennité de notre État-providence. On ne peut pas dépenser continuellement davantage que ce qu’on a dans son portefeuille sans s’exposer à un moment donné à un retour de flamme…

Plus inquiétante encore est la facilité avec laquelle le gouvernement fait fi de ces prévisions alarmistes. On pourrait s’attendre à ce que l’annonce de l’aggravation du déficit budgétaire incite Michel Ier à jeter un regard critique sur sa politique mais c’est plutôt l’inverse que l’on observe. Ces derniers mois, le gouvernement fédéral n’a eu aucun scrupule à ne pas tenir compte des calculs du Bureau fédéral du Plan, de la Banque nationale et du Comité de monitoring, malgré les chiffres alarmants communiqués par chacune de ces instances. En 2019, le trou budgétaire ne s’élèverait pas à 0,7 pour cent du produit intérieur brut (PIB) comme l’a calculé le gouvernement, mais à 1,8 pour cent. Une différence qui n’a rien d’anecdotique puisqu’elle représente le budget cumulé de plusieurs départements gouvernementaux de taille moyenne !

Il convient cependant de préciser que le gouvernement et le Comité de monitoring n’appliquent pas la même méthode de calcul. Alors que le premier chiffre ses propres promesses, le second calcule les mesures d’économie qui ont déjà été votées par le biais d’une loi ou d’un arrêté royal, ce qui explique pourquoi les chiffres du gouvernement sont généralement plus optimistes que ceux du Comité de monitoring. Cet excès d’optimisme ne peut pas durer éternellement et il est étonnant, dès lors, que de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer la suppression du Comité de monitoring. Plutôt que de regarder les choses en face et de rectifier le tir si nécessaire, nos politiciens préfèrent adopter la politique de l’autruche. Conséquence : le prochain gouvernement héritera de la périlleuse mission d’économiser quelque 8 milliards d’euros, ce qui l’obligera à faire à nouveau un choix entre réaliser des coupes drastiques dans les dépenses ou augmenter les taxes et laisser le déficit budgétaire se creuser davantage encore. Un dilemme dont nous avons bien peur de déjà savoir comment il sera tranché…

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