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(cc) Pixabay

20 décembre 2017

Fête de Noël : « achetez vos cadeaux sur des sites belges! »

Traducteur Sebastien Cano

Cinq patrons de grandes entreprises belges en ont assez du réflexe qui pousse les consommateurs vers les boutiques en ligne étrangères pour leurs cadeaux de fin d’année. Au travers d’une lettre ouverte très remarquée, ils entendent ouvrir les yeux des Belges et les convaincre de passer commande sur des plateformes nationales. « Quand on achète belge, on soutient l’économie et on prend soin de ses concitoyens », assène Wouter Torfs. « Quand on se tourne vers des mastodontes tels que Bol.com, en revanche, tout l’argent file à l’étranger. » 

Plus qu’une semaine avant Noël ! Les retardataires qui n’ont pas encore déposé de cadeaux au pied du sapin doivent donc se dépêcher. Et il y a fort à parier qu’ils se tourneront alors automatiquement vers Bol.com ou Coolblue pour que leurs présents soient livrés à domicile rapidement. Une pratique qui doit cesser, estiment les patrons de cinq grandes entreprises belges. 

Dans la lettre ouverte qui leur sert à adresser ces « vœux » particuliers, ils invitent les consommateurs belges à réfléchir à leurs comportements et les exhortent à toujours « acheter sur des sites belges appartenant à des sociétés belges ».

À l’origine de cet appel : des chiffres récemment publiés par Twinkle, un magazine spécialisé dans le commerce électronique qui a dressé une liste des cent boutiques web les plus importantes du pays. Mais la première entreprise belge n’apparaît qu’à la sixième place : Vente Exclusive. Et dans le top 10 ne figurent que quatre sociétés belges, dont l’une (Vanden Borre) est en fait détenue par un groupe français. Qui plus est, le quatuor ne représente que 20 % du chiffre d’affaires total du top 10.

Mainmise des groupes étrangers

« Notre lettre vise à renforcer le soutien aux entrepreneurs du pays », explique Grete Remen, à la tête de Damhert, une entreprise du secteur de l’alimentation. « Nous achetons énormément de produits en ligne, mais ce sont les sociétés étrangères qui se taillent la part du lion, alors que ce sont nos entreprises qui alimentent les caisses de l’État en payant leurs impôts ici. Elles permettent à notre système d’enseignement et de sécurité sociale de rester abordables, et contribuent à la sécurité de nos routes. »

En tant que membre (N-VA) du Parlement flamand, Grete Remen dénonce depuis longtemps « la mainmise des grandes puissances virtuelles », mais elle a désormais trouvé des alliés parmi un petit groupe de patrons très sélect : Wouter Torfs (les chaussures Torfs), Frans Colruyt (groupe Colruyt), Bart Claes (JBC) et Luc Van Mol (Zeb). 

La députée a fait appel à Wouter Torfs, qui, à son tour, a fait jouer son carnet d’adresses. « Quand on passe commande sur des boutiques en ligne belges, on prend soin de ses concitoyens », justifie l’entrepreneur. « On crée de l’emploi en Belgique. Et on œuvre pour l’environnement, puisque les colis ne proviennent pas d’Allemagne ou des Pays-Bas. » 

Quatre milliards d’euros partis à l’étranger

L’appel des patrons a été appuyé par les fédérations sectorielles BeCommerce et Comeos. Cette dernière a calculé que 53,7 % des recettes du commerce en ligne en Belgique, soit 4 milliards d’euros, filent à l’étranger. « Un chiffre qui augmente année après année », précise Hans Cardyn, porte-parole de Comeos. « Il n’était que de 42 % en 2014. Pour l’État, c’est un manque à gagner d’un milliard d’euros de recettes de la TVA. Et ce sont 13 739 emplois qui n’ont pas été créés en Belgique. » 

Et ce n’est pas que ces géants étrangers ne créent pas du tout d’emplois chez nous. Pensons aux colis livrés par bpost, par exemple. Coolblue, qui n’a pas souhaité réagir à la lettre dans le détail, rappelle toutefois qu’elle emploie plus de 250 travailleurs en Belgique, où elle compte trois magasins physiques. 

« Mais la création d’emplois reste limitée », tempère Gino Van Ossel, spécialiste du commerce de détail au sein de la Vlerick Business School. « Dans certaines entreprises, on ne trouve plus un seul Belge. L’appel de ces patrons est donc tout à fait louable, mais ils doivent aussi s’interroger sur les raisons de cette désaffection. Il n’y a pas d’équivalent de Bol.com ou de Zalando en Belgique. D’une certaine façon, ils se sont laissés marcher sur les pieds. » 

Si Grete Remen entend bien ces critiques, elle maintient qu’il existe des solutions belges tout à fait valables. Et qui ne sont pas forcément plus coûteuses. Elle cite en exemple « Storesquare, qui propose en ligne des produits provenant de mille commerçants locaux. Nous ne disons pas qu’il faut boycotter les entreprises étrangères. Nous sommes dans la mondialisation, c’est un fait. Mais à tout le moins, réfléchissons de temps à autre aux conséquences de notre comportement. »

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