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(cc) Pixabay

14 septembre 2018

« Docteur Haine » vs. « Fake News Francken »: guerre ouverte par tweets interposés

Les noms d’oiseau fusent depuis un bout de temps déjà entre Marc Van Ranst, virologue à la KU Leuven, et le secrétaire d’État Theo Francken. Mais là, la guerre des tweets a atteint un niveau sans précédent. Theo Francken a traité Marc Van Ranst de « Dokter Haat » (Docteur Haine, littéralement, ndt*). L’intéressé réclame des excuses formelles : « Il met mon intégrité en doute, je ne peux pas l’accepter. » Et la N-VA de réagir : « Nous ferons nos excuses quand il aura fait les siennes ».

Deux membres de la N-VA ont été écartés ce mardi. L’un d’eux, Yannick Dhondt de Zwijndrecht (en périphérie anversoise), le doit à un message raciste que Marc Van Ranst avait rendu public.

Virologue à l’Université catholique de Leuven (KUL), Marc Van Ranst est connu au nord du pays comme le grand spécialiste de la grippe. Depuis environ deux ans il cherche des poux à la N-VA.

« Vous pouvez me croire, certifie-t-il, je n’en retire aucun plaisir, aucune gloire. Mais comptez sur moi pour continuer à attirer l’attention, à dénoncer et à exprimer mes critiques. »

Intimidation

Voici environ deux ans, M. Van Ranst ne faisait la une de l’actualité que lors des épidémies de grippe. Il est désormais aussi faiseur d’opinion. Critique, brutal, et souvent remonté contre la N-VA. Parce que d’après lui, le parti « tolère le racisme et le fascisme avec une certaine sympathie, avec parfois un penchant vers l’extrême droite ». Si cette position a souvent conduit à des joutes verbales musclées, la situation est à présent hors de contrôle. 

Le secrétaire d’État à l’Asile et l’Immigration Théo Francken (N-VA) a ainsi traité M. Van Ranst de « Dokter Haat » . Il falsifie de vieilles publications Facebook dans le but de dépeindre un étudiant (Nick Peeters, candidat N-VA à Lubbeek, ndlr) comme un fasciste et un raciste », écrit Francken. « C’est quoi la prochaine étape ? Manipuler les résultats d’examen ? »

« C’est inacceptable », réagit Marc Van Ranst. Il y a quelques années, le recours à un tel langage par un secrétaire d’État aurait provoqué une crise gouvernementale. C’est de l’intimidation à l’état pur. Je trouve inadmissible de le voir accuser ainsi un professeur de fraude et faire des allusions à un médecin nazi comme Mengele parce que l’opinion du simple citoyen que je suis le dérange. J’exige des excuses de sa part et que son parti le rappelle à l’ordre ou l’oblige à retirer son tweet. »

Pour toute réaction, Theo Francken renvoie au porte-parole de son parti, Joachim Pohlman. Il faut en effet ajouter que d’autres clashs ont aussi eu lieu entre M. Van Ranst et d’autres membres de la N-VA, dont la députée flamande Annick De Ridder et Louis Ide, secrétaire du parti. « Des excuses viendront » a réagi J. Pohlman, avant d’ajouter : « mais seulement lorsque M. Van Ranst se sera lui-même excusé pour la centaine de tweets haineux envoyés à l’adresse des élus, des candidats et des électeurs de la N-VA. »

Des pauses bien remplies

Mais M. Van Ranst ne semble pas disposé à s’excuser : « j’ai droit à mon opinion. En tant que citoyen, quand je constate que des sympathisants d’extrême-droite sont protégés au sein de ce parti, il est de mon droit de signaler un problème. Je l’exprime certes souvent avec véhémence, mais jamais gratuitement, en tous cas le moins possible. Theo Francken est un élu du peuple, il se doit de respecter tous les citoyens, pas seulement ceux qui votent pour son parti. »

Aucune des deux parties n’a donc l’intention de faire le premier pas. De son côté, M. Van Ranst gazouille pratiquement 24h/24. « Je me connecte un quart d’heure deux fois par jour dans le train, et un peu pendant mon heure de table. Si j’en ai le droit, en tant que professeur d’université ? Pourquoi pas ? Mon poste de virologue n’a absolument rien à voir avec ça. »

Ce que confirme aussi l’université KU Leuven « nous sommes très satisfaits de son travail et de ses recherches. Nous n’intervenons pas dans les opinions qu’il exprime sur Twitter à titre personnel. »

 

(*Probablement par analogie à l’ouvrage de Lieven Saerens sur Jozef Mengele, publié en 2017 sous le titre « Haat is een deugd » (La haine est une vertu), ndt.)

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