Daar Daar logo

«D’abord on prend Manhattan, et puis on prend Berlin»

(c) Berlino

21 décembre 2016

«D’abord on prend Manhattan, et puis on prend Berlin»

Temps de lecture: 3 minutes

First we take Manhattan, then we take Berlin : la chanson de Leonard Cohen, dont on pleure encore la disparition, raconte l’histoire d’un terroriste. Près de 30 ans plus tard, l’actualité donne raison au chanteur canadien, à titre posthume. Il y a 15 ans, des terroristes précipitaient volontairement deux avions sur les tours jumelles du World Trade Center. Lundi, ils ont dévasté un marché de Noël de Berlin. L’ampleur des deux attaques n’est pas comparable, pas plus que l’onde de choc qu’elles ont produite. On finit par s’habituer à tout, et plus personne ne s’interroge aujourd’hui sur la probabilité d’un nouvel attentat. La seule question est de savoir où et quand. Le motif, lui, est inchangé : l’extrémisme religieux. Même si lundi soir, nous n’en avions pas encore la certitude. You want it darker ? Voici pour les détails macabres : neuf morts et plus de 50 blessés. Autrement dit : un bain de sang. En vous souhaitant encore un Joyeux Noël, hashtag #ichbineinBerliner.

Ils nous ont donc à nouveau frappés, ces gens qui ne supportent pas notre mode de vie, ces gens qui nous détestent, et qui espèrent être dignement récompensés dans une autre vie pour leurs actes, par un Dieu qui d’ailleurs les désapprouve.

« Tu m’aimais comme un raté, mais tu crains à présent que je domine / Tu sais comment m’arrêter, mais tu manques de discipline / Combien de nuits n’ai-je pas prié, pour que mon œuvre enfin chemine / First we take Manhattan, then we take Berlin » (traduction libre, ndt) Telles étaient les paroles prémonitoires de Leonard Cohen, un prophète sans turban.

À Berlin, il planait hier un air de déjà vu. Comme à Nice, un camion s’est précipité sur une foule candide et pleine de vie : après le pastis un jour de fête nationale, le Glüwhein un jour de marché de Noël. La tentation sera grande de vouloir colmater toutes les entrées des marchés de Noël d’Europe par d’énormes blocs de béton, voire carrément d’en interdire l’accès. Pour inciter les visiteurs et les touristes à la prudence, à la méfiance. Pour contrôler tous les sacs à main et tous les sacs à dos suspects et les mettre, par mesure de précaution, hors d’état de nuire. Une mesure compréhensible et effectivement tentante, mais qui serait surtout absurde. Une mesure qui nous soulagerait, mais qui ne résoudrait rien. Les terroristes ne sont généralement pas trop regardants en matière d’identité, de nationalité ou même de conviction religieuse. Une politique antiterroriste sérieuse ne doit pas se focaliser aveuglément sur le lieu, l’heure, l’arme et la cible du dernier attentat. Un gouvernement qui croit pouvoir répliquer à l’attentat précédent et anticiper le suivant laisse penser qu’il est possible de cibler le terrorisme avec précision pour le réduire à néant. Agir de la sorte, c’est se bercer d’illusions.

Le doute s’est néanmoins à nouveau installé. Qui peut encore croire que les terroristes ont choisi leur cible par hasard ? Un marché de Noël autour de l’église du Souvenir, symbole de la destruction et de la reconstruction de la ville, un emblème blotti dans les reflets azure de ses splendides vitraux ? Instinctivement, on pense à l’insupportable futilité du débat mené hier sur la séparation de l’église et de l’État : faut-il, oui ou non, installer une crèche de Noël dans l’hôtel de ville de Holsbeek, commune quelconque du Brabant flamand ? Et Bart De Wever a-t-il commis un acte répréhensible en s’invitant à une réunion de crise de la police, pour y tendre ses oreilles indiscrètes au lendemain des attentats de Bruxelles ? Pensez-vous que ces palabres en vaillent la peine ?  Que ce soit rue de la Loi ou ailleurs, l’attentat de Berlin a le mérite de remettre l’église au milieu du village.

© DaarDaar ASBL 2017 - Mentions légales - Vie Privée