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Les femmes gagnent du terrain dans les festivals
23·05·22

Les femmes gagnent du terrain dans les festivals

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo by Antoine J. on Unsplash

Auteur⸱e
Noëlle Michel
Traducteur⸱trice Noëlle Michel

En tête d’affiche de Pukkelpop et Tomorrowland, sous les projecteurs lors d’une journée qui leur est dédiée à Werchter : les femmes artistes gagnent du terrain dans les grands festivals. Un pas dans la bonne direction, suite aux critiques formulées avant la « pause corona ». Non pas que les organisateurs invitent plus de femmes à dessein : « Le mérite leur en revient entièrement. » Mais pour certains, on peut faire encore mieux.

Près de 15 pour cent de femmes en plus à Pukkelpop par rapport à l’édition précédente. Florence + The Machine en tête d’affiche du nouveau festival Rock Werchter Encore. Sans compter les bastions masculins de Tomorrowland et Graspop, qui se féminisent plus que jamais…

L’évolution de la programmation des grands festivals belges est frappante. En 2019 – le dernier véritable été avant l’apparition du coronavirus –, dans les festivals, seul un groupe sur cinq se produisait avec au moins une femme. Un record : c’était 4 pour cent de plus que l’année précédente. Pourtant, d’après Shesaid.so Belgium, un réseau de femmes actives dans l’industrie de la musique, ces statistiques montraient surtout qu’il restait beaucoup à faire.

« Dans les festivals, la majorité des concerts est donnée par des groupes exclusivement masculins, estimait-on. La situation n’est pas encore égalitaire. » Un appel auquel répondent aujourd’hui les quatre principaux festivals du pays – Werchter, Pukkelpop, Tomorrowland et Graspop.

Un rôle d’influenceurs

« Femme, homme ou autre : pour nous, ce n’est pas un critère », déclare Frederik Luyten de Pukkelpop. Avec près de 70 concerts féminins – soit 35 pour cent –, ce festival est le premier de la classe. « Mais bien sûr, nous remarquons qu’il y a actuellement beaucoup d’artistes féminines de premier plan. Cette tendance se poursuit depuis une dizaine d’années. Nous nous en réjouissons, elle coïncide avec nos ambitions. Pukkelpop défend la qualité et la diversité. »

Les noms prestigieux ne manquent pas, avec notamment Lous and the Yakuza et Emma Bale à Rock Werchter, ou encore Selah Sue, Coely et Merol à Pukkelpop. Cependant, le débat continue : les festivals doivent-ils adopter une politique de parité ? En Espagne, le festival Primavera a déjà instauré des quotas de genre. Chez nous, la nouvelle journée Rock Werchter Encore se composera pour moitié de groupes (en partie) féminins, tout comme Werchter Boutique en 2019. Ce n’est pourtant pas le fruit d’une démarche volontaire.

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« Nous n’avons pas de stratégie spécifique, explique Nele Bigaré, porte-parole de Werchter. Nous y sommes attentifs, mais nous voulons avant tout des programmes de qualité. Nous applaudissons ce changement, qui s’accentuera sans doute dans notre programmation à long terme. Cette année, 34 pour cent des groupes d’artistes de Rock Werchter comportent une ou plusieurs femmes, et 30 pour cent de ceux qui se produisent aux festivals Boutique et TW Classic. En outre, de nombreuses femmes occupent des postes clés dans notre organisation. Cela aussi est atypique dans notre secteur, qui est plutôt dominé par les hommes. »

Claïs Lemmens d’Equalize, le successeur de Shesaid.so Belgium, voit un intérêt certain à l’instauration de quotas. « C’est souvent un levier qui permet de bousculer un ordre immuable. Nous sommes heureux de cette évolution, mais ces progrès ne sont pas suffisants. Les quotas ne sont pas incompatibles avec la qualité.

Il est possible de proposer une affiche égalitaire. En termes de genre, mais aussi d’orientation sexuelle et d’origine. Un festival comme Sfinks à Anvers le fait déjà. Les organisateurs sont en réalité des influenceurs : si leur programmation correspond à un échantillon représentatif de la société, les visiteurs s’en inspireront. Avec également des retombées en matière de streaming et de vente d’albums. »

« La dance a toujours été un monde d’hommes, mais dans la techno, Charlotte de Witte et Amelie Lens jouent le rôle de modèles pour les jeunes femmes »

L’évolution la plus notable concerne Tomorrowland et Graspop. Dans ces deux festivals, le nombre de concerts féminins a augmenté de plus de 5 pour cent, pour atteindre respectivement 13 et 14 pour cent du programme. En début d’année, Tomorrowland a en outre annoncé la venue de quelques artistes non binaires et transgenres, avant même celle de stars telles que Dimitri Vegas & Like Mike ou Charlotte de Witte.

« Nous non plus, nous n’appliquons pas de stratégie volontaire en faveur de l’égalité, mais nous constatons que, dans notre genre musical, l’offre se diversifie, explique Debby Wilmsen de Tomorrowland. La dance a toujours été un monde d’hommes. Mais dans la techno, Charlotte de Witte et Amelie Lens, par exemple, jouent le rôle de modèles pour les jeunes femmes. Leur succès en incite d’autres à suivre cette voie. »

Quand les quotas appartiendront au passé

Une tendance positive, estime Claïs Lemmens.

« Dans la dance et le metal, le déséquilibre était flagrant. Pour quelles raisons ? Le sujet fait débat. Les femmes étaient-elles peu nombreuses parce que la musique ne les intéressait pas, ou bien parce qu’elles ne se sentaient pas en sécurité ? Il y a encore du travail, mais nous sommes conscients que ces deux genres viennent de loin. Chaque initiative compte. Il est important de continuer à en parler, afin de sensibiliser davantage à cette question d’égalité. J’espère que dans vingt ans, nous n’aurons plus besoin de discuter de quotas. »

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