Sera-t-il bientôt interdit de fumer lors des festivals?

4 juillet 2018 | Auteur : | Traducteur : Fabrice Claes | Temps de lecture : 3 minutes

Fin de la vente de cigarettes sur le site, zones fumeurs et amendes salées : si on continue sur cette voie, il faudra demander aux festivaliers de se débarrasser de leurs cigarettes à l’entrée, craignent les organisateurs de festivals aux Pays-Bas. Et dans notre pays, l’interdiction de fumer en festival est-elle d’actualité ?

« Les prochaines années verront les festivals changer drastiquement. Dans cinq ans, il sera interdit de fumer dans tous les festivals, c’est inévitable. » Ces mots sont ceux de Jan Smeets, organisateur du Pinkpop, un festival néerlandais. Il avait annoncé il y a six ans la fin de la cigarette en festival dans les colonnes du quotidien flamand Het Laatste Nieuws.

Bien que l’on puisse encore fumer au Pinkpop, il semble que toute une série de festivals aux Pays-Bas ont donné raison aux propos de M. Smeets. Dans la région de Twente, plusieurs festivals ont mis fin à la vente de cigarettes. D’après le Twentsche Courant, le journal local, les organisateurs invoquent l’opinion publique qui s’est retournée contre la cigarette.

Les contrôles stricts dans les festivals, où les festivaliers ne peuvent déjà plus fumer aux concerts sous chapiteau, présagent une interdiction imminente de fumer en festival, explique Tom Leuveld, organisateur de MegaParty, un festival de la commune néerlandaise de Weerselo qui a reçu 4 800 euros d’amende l’année passée. « Si ça continue comme ça, nous allons devoir confisquer les cigarettes à l’entrée du festival. »

La fin de la vente

Nul ne peut nier que l’opinion publique s’est désormais rangée contre la cigarette, y compris chez nous. Au café, les fumeurs doivent se rendre au fumoir ou sortir de l’établissement. Les magasins Kruidvat ont arrêté de vendre des paquets cigarettes. Mais allons-nous interdire les cigarettes en festival ? Nous en sommes encore loin.

Il n’empêche que certaines choses ont déjà changé en ce qui concerne la vente de cigarettes dans les festivals. Ce week-end, au parc d’Osseghem à Bruxelles, où se déroulait le festival Couleur Café, il fallait avoir l’œil pour trouver le vendeur de cigarettes. Par contre, des bénévoles se pressaient pour distribuer aux fumeurs de petits boîtiers destinés à héberger les mégots qui, de ce fait, n’ont pas été jetés par terre.

À Paradise City, qui se déroulait ce week-end également, des règles similaires étaient en vigueur. Si le festival électro de Steenokkerzeel a vendu cigarettes cette année-ci, c’est uniquement pour répondre à la demande des festivaliers. « En 2015, nous n’avons pas vendu la moindre cigarette sur le site. Puis, nous avons reçu de nombreux e-mails des festivaliers, et nous avons décidé de reprendre la vente », se justifie Gilles De Decker, un des organisateurs du festival.

De l’autre côté du spectre musical aussi, les organisateurs de festivals s’opposent à la vente de cigarettes. Le porte-parole du Gent Jazz festival : « Chez nous, il n’y a plus de stand de cigarettes depuis sept ou huit ans au moins. C’est réellement une question d’éthique pour nous. Depuis 2002, nous n’utilisons plus de gobelets jetables, et il nous semble tout aussi logique de ne pas vendre de cigarettes sur le site du festival. »

Pourtant, la vente de cigarettes n’est pas interdite. De grands festivals comme Werchter ou le Pukkelpop nous ont fait savoir qu’en la matière, ils se contentaient de « suivre la législation ». Frederik Luyten, porte-parole du Pukkelpop : « Nous ne faisons pas la promotion de la cigarette, mais nous ne la bannissons pas du festival non plus. Par contre, sous les chapiteaux, il est défendu de fumer. »

Vive la liberté

N’y a-t-il pas un paradoxe à voir une telle interdiction dans des festivals, où règne par définition une atmosphère de liberté ? Maintenant que les festivals appliquent une tolérance zéro envers les drogues dures, que les festivaliers ne peuvent plus apporter d’alcool acheté en dehors du site, il apparaît que le prochain interdit sera la cigarette. Dans d’autres pays, comme les États-Unis, c’est déjà le cas depuis longtemps.

Pour le philosophe et éthicien Patrick Loobuyck, cette tendance générale ne fait que suivre l’opinion publique : « Si on avait dit, il y a quelques années, qu’il allait être interdit de fumer dans les cafés, on nous aurait pris pour des fous. Mais aujourd’hui, il est défendu de fumer dans l’horeca, dans les stades de football, et peut-être bientôt dans les festivals. »

Il y a bien un paradoxe quelque part, estime toutefois M. Loobuyck. Le sentiment de liberté est prédominant dans les festivals. Par conséquent, il est difficile d’y interdire quelque chose. Mais depuis Woodstock, les choses ont changé dans l’univers des festivals. À l’époque, les festivals se faisaient payer par les fabricants de cigarettes désireux d’écouler leurs produits sur le site du festival. Aujourd’hui, cette pratique est interdite et la vente de cigarettes tout court commence à donner une image négative au festival d’après certains organisateurs.

« Ce sujet fait souvent l’objet de discussions lors des réunions d’organisation, témoigne M. De Decker, de Paradise City. Nous évaluons l’opportunité d’encore vendre des cigarettes à l’avenir, tant cela va à l’encontre de notre identité de festival durable et écologique. Peut-être qu’il sera bientôt interdit de fumer chez nous. Lorsqu’une tendance émerge dans la société, les festivals veulent toujours être à l’avant-garde. »

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Traducteur : Fabrice Claes
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Date de publication : 03/07/2018
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