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8 octobre 2015

Film flamand cherche public

Temps de lecture: 4 minutes
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Entre septembre et décembre, pas moins de douze films flamands sortiront sur grand écran. Et comme l’année passée, la plupart d’entre eux risquent de n’attirer qu’un nombre limité de spectateurs. Douze films, n’est-ce pas trop ?

Ward Verrijcken est critique cinématographique pour la VRT. Pour le suivre sur Twitter : @filmWard.

Un bain de sang

La récolte de films flamands de cet automne est tellement abondante que les productions s’écrasent mutuellement. Il s’agit du deuxième bain de sang en deux ans.

Entre septembre et décembre 2014, sur neuf films, seule la comédie « Bowling Balls », mettant en scène quelques célébrités médiatiques flamandes, a réussi à franchir le seuil officieux des 100 000 spectateurs au-delà duquel on peut parler d’un hit. D’autres productions, comme « Image » d’Adil El Arbi et Billal Fallah et « Welp » de Jonas Govaerts, annoncées à grands renforts de publicités, s’en sont bien sorties avec quelque 70 000 spectateurs, ce qui n’est pas mal du tout pour un début. Par contre, nous ne saurons jamais si la maison de production Woestijnvis a été satisfaite des 97 000 spectateurs qu’a attirés leur remake de « The Loft », longtemps annoncé et maintes fois retardé.

En ce qui concerne les films d’auteurs, les chiffres de « Waste Land » (5500 entrées) et de « Violet » (4000 entrées) posent question. Espérons que la déception aura pu être consolée par les Ensors remportés le week-end dernier au festival du film d’Ostende.

Trop de cinéma tue le cinéma

Cette situation problématique s’explique par le nombre élevé de films flamands sortis en si peu de temps. Le marché se retrouve sursaturé (de films flamands, mais évidemment aussi de productions hollywoodiennes), à telle enseigne que les films qui ne connaissent pas de succès immédiat disparaissent très vite des salles. Les exploitants de salles de cinéma ne laissent pas aux films moins populaires dans un premier temps la chance de se trouver un public dans les semaines qui suivent. En effet, pourquoi laisser un flop à l’affiche alors que dès le mercredi suivant, une nouvelle fournée de films frais du jour font leur apparition ? Par exemple, ce mercredi 23 septembre, pas moins de 7 nouveaux films seront proposés au public. L’offre est énorme. Trop énorme.

Une cadence mortifère

L’automne de l’année passée a été particulièrement difficile pour les réalisateurs flamands, après quelques années heureuses qui ont vu naître des succès tels que « The Broken Circle Breakdown », « Marina », « Het vonnis » et « F.C. De Kampioenen ».

On aurait pu imaginer que le monde des distributeurs en eût pris de la graine, d’autant plus qu’au printemps 2015, hormis l’obscure production d’art et d’essai « Drift », aucun nouveau film flamand n’a été programmé. Mais non : cet automne, rebelote ! Rien qu’en septembre, quatre nouveaux films flamands sont sortis sur grand écran : « Galloping Mind », « Café Derby », « Cafard » et « Terug naar morgen ».

Il est donc à la fois évident et regrettable que le consommateur ne pourra pas suivre la cadence. « Galloping Mind », la première fiction de Wim Vandekeybus, a séduit quelque 1600 curieux en deux semaines. « Café Derby » a pu en attirer 10 000 en une semaine. « Cafard » et « Terug naar morgen », pour leur part, doivent encore faire leurs preuves.

C’est tout le secteur qui retient son souffle. Quel est le film qui pourra renverser la vapeur ? Nous savons d’ores et déjà que les films tirés d’émissions télévisées comme « F.C. De Kampioenen 2: Jubilee general » (sortie le 28 octobre), « Mega Mindy versus Rox » (sortie le 9 décembre) et « Safety First – The Movie » (sortie le 16 décembre) pourront compter sur leurs fans habituels. Le thriller fantastique « D’Ardennen », qui ouvrira le festival de Gand le 13 octobre, ambitionne de réaliser un aussi bon score que « Rundskop ».

Le film « Ay Ramon! » sortira le 28 octobre, c’est-à-dire le même jour que la suite de F.C. de Kampioenen, ce qui pose problème car les deux films sont destinés à un même public cible, qui sera forcé de choisir.

En novembre, Adil El Arbi et Billal Fallah devront faire leurs preuves avec leur courageux mais difficile « Black », tandis que Filips Peeters sortira sa comédie romantique « Wat mannen willen ». Vous suivez toujours ?

Le rôle du VAF

Comment se fait-il que toutes les productions flamandes veulent sortir dans les salles en automne ? « Tout le monde est convaincu qu’il n’y a qu’une seule saison à laquelle il est possible d’enregistrer de bons résultats, explique Pierre Drouot, intendant du Fonds audiovisuel flamand (Vlaamse Audiovisueel Fonds, VAF). La raison est la suivante : en janvier et février, les gens restent chez eux à cause de la neige, et à partir de mars les gens préfèrent passer du temps au soleil. Avec pour conséquence inéluctable qu’un nombre trop important de films se bousculent en une période si courte. »

L’argument du soleil se tient. Les deux films flamands sortis à l’été 2015 n’ont pas tenu toutes leurs promesses. « Paradise Trips » a dû se contenter de 11 000 spectateurs et « Lee & Cindy C. » de Stany Crets de quelques milliers de spectateurs de moins.

Le VAF a fait du bon travail pour rehausser la qualité du cinéma flamand, qui a connu un certain succès national mais aussi international, avec parfois des nominations aux Oscars à la clé. Mais n’a-t-il pas subventionné trop de productions au même moment ?

Pierre Drouot n’est pas de cet avis : « J’ai la liste devant les yeux. « Galloping Mind » a été approuvé en avril 2011,  » Paradise Trips » en janvier 2012. « Café Derby », « Cafard », « Terug naar morgen », « D’Ardennen » et « Black » ont été approuvés en 2013. Ils sortent pourtant tous en même temps, ce qui engendre un phénomène inédit : le paysage cinématographique flamand est saturé. »

Et l’intendant de VAF d’ajouter : « On ne peut certainement pas en déduire que nous soutenons trop de films. Nous subventionnons à 10 à 11 productions par an, mais il faut tenir compte d’une nouvelle réalité : les films que nous ne pouvons pas soutenir culturellement peuvent bénéficier du Tax Shelter ou faire appel à des acteurs économiques tels que le fonds Screen Flanders. C’est pourquoi plus de 11 films flamands, voient le jour chaque année. C’est par exemple le cas de « F.C. De Kampioenen ». Le VAF a-t-il son mot à dire dans les dates de sortie des films ? Non. Est-ce regrettable ? Oui. »

Des flops difficiles à avaler

Selon M. Drouot, il serait intéressant de s’inspirer de ce qui se passe au Danemark, le paradis européen du cinéma. « Dans ce pays, ils appliquent une règle tacite qui veut que les succès compensent les flops. Sur 10 films, deux et demi sont des succès, deux et demi des flops, et cinq sont dans la moyenne. »

Sept réalisateurs et demi devraient donc accepter stoïquement que leur film ne trouve pas de public. Une solution tragique, surtout quand on connaît le niveau élevé de qualité des productions de cet automne. J’invite donc chaleureusement le merveilleux monde du septième art à donner leur chance à Vandekeybus, à Van Wesemael et à leurs collègues.

Billet d’opinion en V.O. de Ward Verrijcken sur De Redactie

Traduit du néerlandais par Fabrice Claes

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