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Eurovision : le virage à 180 degrés de la VRT suscite une levée de boucliers
25·09·26

Eurovision : le virage à 180 degrés de la VRT suscite une levée de boucliers

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

© Belga Image

Auteur⸱e
Traducteur Maxime Kinique

Ainsi donc, la VRT participera bel et bien au concours Eurovision de la chanson l’an prochain. Une décision qui suscite une vague d’incompréhension. « Une VRT qui participe à l’Eurovision est une VRT qui décide de fermer les yeux devant le génocide en cours à Gaza », estime Bram Jaques (Groen).

« Il est peu probable que nous envoyions un ou une artiste à l’Eurovision l’année prochaine », entendait-on encore en mai dans les couloirs de Reyers. Cela faisait alors plusieurs mois, déjà, que le concours Eurovision de la chanson – et plus particulièrement la question de la participation d’Israël – était au cœur des débats. La VRT a demandé à l’Union européenne de radio-télévision (UER), la grande association professionnelle des radiodiffuseurs européens et l’organisateur du célèbre concours, de prendre clairement position contre la guerre et la violence.

La chaîne de radio publique voulait forcer les membres de l’UER à se prononcer sur les pays qui, à l’avenir, seraient ou ne seraient pas autorisés à participer à l’Eurovision. Faute d’organiser ce vote, il ne faudrait plus compter sur la VRT pour participer au concours.

À peine cinq mois plus tard, la VRT opère donc un spectaculaire retournement de veste. L’an prochain, elle enverra bel et bien un candidat ou une candidate en Bulgarie, le pays hôte de l’édition 2027 de l’Eurovision. Pourtant, le vote auquel la VRT conditionnait sa participation n’a jamais eu lieu et l’UER ne s’est pour l’heure pas positionnée contre la guerre et la violence, et a encore moins condamné le génocide en cours à Gaza.

« Aucune des exigences fortes de la VRT n’a été rencontrée », constate lui aussi Jonathan Hendrickx, professeur d’études médiatiques à la VUB et rédacteur en chef de Songfestival.be. « Sa décision de participer malgré tout à l’événement l’an prochain est dès lors surprenante, c’est le moins qu’on puisse dire. »

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Promesses

Le CEO de la VRT Frederik Delaplace voit les choses autrement. Il évoque un déclic du côté de l’UER, qui prendrait enfin conscience du fait que cela n’a pas de sens de rester coûte que coûte apolitique. « L’UER a compris que l’on ne peut pas faire semblant trois jours par an qu’il n’y a pas de problèmes dans le monde. »

La VRT assure avoir obtenu certaines promesses. Lors de la prochaine édition du concours Eurovision de la chanson, des valeurs telles que la fraternité et la compréhension mutuelle seront ainsi mises davantage en exergue et les pays participants devront signer un code de conduite dans lequel ces valeurs seront explicitées.

La procédure de vote sera elle aussi revue. Lors de l’édition 2026, Israël s’est classé deuxième après une campagne publicitaire de grande ampleur qui lui a permis d’engranger de nombreuses voix. Dorénavant, les campagnes de ce genre seront surveillées plus étroitement et les sanctions seront renforcées. L’organisateur examine également la possibilité d’imposer l’obligation de voter pour au moins trois pays différents afin de renforcer le caractère fraternel du concours et de rendre la tricherie plus difficile.

« Toutes des promesses plutôt vagues. Le discours reste très creux », estime Jonathan Hendrickx. Des questions concrètes telles que « Les candidats pourront-ils dorénavant se prononcer sur des questions politiques délicates ? », « Les drapeaux palestiniens et les témoignages de soutien à ce peuple continueront-ils d’être censurés ? » et « Les huées pendant la prestation israélienne seront-elles filtrées, comme lors des éditions précédentes ? » demeurent actuellement sans réponse. La VRT affirme qu’elle tranchera ces questions-là lors des mois à venir.

« Les grandes campagnes publicitaires pour obtenir des voix seront surveillées plus étroitement et les sanctions seront renforcées. L’organisateur examine également la possibilité d’imposer l’obligation de voter pour au moins trois pays différents. »

Hendrickx continue de se poser beaucoup de questions. « Je m’attendais à ce que la VRT adopte un ton plus critique dans ce dossier », admet-il.

Frederik Delaplace, lui, se montre optimiste. « Il y a vraiment eu un changement de mentalité. Lors de l’édition 2026, un présentateur espagnol s’est encore fait remonter les bretelles par l’UER parce qu’il avait mentionné la guerre à Gaza lors de l’annonce du passage du candidat israélien. Ce genre d’intervention ne se produira plus à l’avenir. »

Continuer de participer à l’événement a été une décision difficile, insiste-t-il, « mais je suis convaincu que nous pouvons faire davantage bouger les choses en continuant de participer au concours qu’en nous en retirant. Et ce n’est pas parce que nous n’avons pas débranché la prise que nous approuvons ou banalisons ce qui se passe à Gaza et dans le reste du monde. »

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Tous ne sont cependant pas de cet avis. Bram Jaques, spécialiste des médias chez Groen, plaide depuis longtemps pour un boycott et qualifie la participation de la VRT d’absurde. « La VRT n’a rien à faire à l’Eurovision. Quel est le sens de parader sur un podium avec un pays qui exploite le concours à des fins de marketing ? Une VRT qui participe à l’Eurovision est une VRT qui décide de fermer les yeux devant le génocide en cours à Gaza. »

Gwendolyn Rutten (Anders) dénonce, elle, une attitude hypocrite. « Il faut envoyer un signal clair à Israël et lorsque vient le moment de le faire, la VRT est aux abonnés absents. C’est profondément regrettable. »

Katia Segers (Vooruit) estime elle aussi que la VRT a pris la mauvaise décision. « Il est incompréhensible que l’UER continue de tolérer la présence d’Israël. Tant que cela ne change pas, il vaut mieux que la VRT reste à l’écart d’initiatives telles que le concours Eurovision de la chanson. »

Syndicats

La décision de la chaîne de radio publique n’est pas non plus du goût de tout le monde au sein de son personnel. Les syndicats ont déjà manifesté contre le concours Eurovision de la chanson et qualifient cette décision de « carrément scandaleuse ». « Notre direction a baissé son pantalon devant la puissance de l’UER, sans obtenir aucune garantie digne de ce nom », dénonce Wies Descheemaeker de la CGSP.

La VRT peut en revanche compter sur le soutien de la ministre des médias Cieltje Van Achter (N-VA). « Le concours continue d’offrir une scène internationale importante à nos artistes et reste un événement qui rassemble les peuples par-delà les frontières. Qui plus est, la VRT déclare elle-même que le travail n’est pas terminé, qu’il y a encore des choses qui doivent changer du côté de l’UER. Mais pour y parvenir, il faut rester à la table des négociations et continuer à mettre la pression. »

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