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Dans les universités du nord, l’étude du néerlandais se meurt

(cc) Morningbirdphoto via Pixabay

26 février 2019

Dans les universités du nord, l’étude du néerlandais se meurt

Temps de lecture: 2 minutes

L’annonce a secoué le landerneau politique aux Pays-Bas, tous bords confondus : la Vrije Universiteit Amsterdam supprime son bachelor en langue néerlandaise. Avec cinq étudiants en première année et six en deuxième, l’orientation n’est plus rentable.

Les universités s’inspirent des entreprises, se montrent pragmatiques. Si l’on peut comprendre l’approche, admettons qu’elle confine au cynisme lorsqu’il est question de l’étude de sa langue maternelle et de sa propre culture. Elle relègue au rang de simples données statistiques des valeurs cardinales telles que la culture, l’identité et la richesse du monde des idées. Des valeurs qui intéressent donc de moins en moins de jeunes. Mais pourquoi ?

L’épiphénomène montre l’ampleur de la crise que traversent les sciences humaines. Les universités en sont arrivées à défendre tambour battant la logique du pragmatisme. Les études doivent mener à des diplômes utiles, inculquer des connaissances pratiques qui serviront sur le marché de l’emploi. Les langues, les cultures et la philosophie ? Aucune utilité concrète, pas rentables.

Dans le monde universitaire, ce sont les orientations consacrées à l’étude de la langue maternelle qui enregistrent le recul le plus marqué. Idem en Flandre, où l’étude du néerlandais compte un tiers d’étudiants en moins.

À l’évidence, l’enseignement n’est pas exempt de reproches. Les professeurs de néerlandais ne parviennent plus à inspirer leurs troupes. Ce qu’ils enseignent, ce qu’on les contraint à enseigner, n’intéresse plus les élèves. L’air du temps n’arrange rien. Comme le martèlent à l’envi les campagnes d’information des pouvoirs publics, l’avenir appartient à ceux qui auront la tête pleine de sciences et de technologies, aux ingénieurs, aux scientifiques, aux spécialistes de la biologie et de l’informatique.

Signe des temps, l’enseignement catholique supprime de son côté, sans sourciller, une heure de néerlandais par semaine, alors même que les compétences en lecture et en écriture des élèves sont au plus bas. Parallèlement, on s’interroge sur la nécessité d’une langue néerlandaise standard. Les régiolectes et la tussentaal, qui qualifie le parler intermédiaire entre le flamand classique et les variantes régionales, gagnent en prestige. Plus moderne, cette « langue du milieu » serait plus tolérante, plus inclusive. On délaisse donc la norme, d’autant que le néerlandais intermédiaire ne s’étudie pas, il se parle. Intuitivement. La langue, principale victime du relativisme.

Les formations en langues et en littérature sont donc à la peine, car elles nagent à contre-courant. La culture est inutile, la littérature un simple passe-temps. Elles ne pèsent pas bien lourd face aux chiffres de l’emploi et aux nécessaires retours sur investissement. Alors, comment lutter ? En replaçant la langue et la littérature au centre des débats, comme des vecteurs essentiels de vérité. Vérité sur nous-mêmes, vérité sur le monde. Comme l’origine de toutes choses, comme un cadre primordial à la connaissance, le moteur de l’imagination. Comme le point culminant de nos pensées intimes, comme le partage par excellence. Un élément indispensable. Notre identité profonde, en somme. Et vous voudriez me faire croire que les jeunes ne s’y intéressent plus ?

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