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20 avril 2016

Crise des réfugiés: le plan européen tourne au drame

Des centaines de personnes se sont noyées lundi en mer Méditerranée. Le drame, ce n’est pas l’absence de plan pour y remédier, mais sa non-exécution.

Nous sommes coincés, perdus entre devoir moral et désespoir.

Certains problèmes sont tellement pesants que l’on n’arrive pas à les résoudre, à tout le moins peut-on essayer de les rendre gérables. La crise des migrants en est malheureusement un exemple. Et dans ce cas précis, même gérer la crise ne fonctionne pas. Hier, des centaines de personnes ont à nouveau péri en mer en tentant de rejoindre l’Italie.

Cela montre le peu de progrès que nous avons fait en une année. Le 13 avril 2015, un bateau sombrait en mer Méditerranée avec à son bord 400 réfugiés. Une semaine plus tard, 800 personnes perdaient à nouveau la vie. Les chefs d’États et de gouvernements des 28 pays de l’UE se sont alors réunis en « séance d’urgence ». Un mois plus tard, en juin 2015, ils ont esquissé, lors d’un sommet européen, les grandes lignes de ce que devait être la politique européenne en matière de migration.

Ces grandes lignes sont toujours correctes. Lutter contre les trafiquants d’êtres humains pour que les migrants ne meurent plus noyés. Surveiller les frontières extérieures et contrôler qui veut y entrer. Protéger ceux qui fuient la guerre, rester ferme face aux autres. Répartir l’effort de l’accueil entre tous les pays de l’Union. Et tenter de faire baisser le flux de migrants, via des accords avec les pays voisins et, espérons-le, grâce à la paix en Syrie.

Le plan est bon, sauf qu’il n’est pas mis en œuvre. La lutte contre les trafiquants d’êtres humains est loin d’être gagnée, on n’a pas encore d’alternative aux routes dangereuses en mer, et il ne semble pas y avoir dans l’Union européenne de consensus sur l’accueil de ces migrants.

Donnons un coup de pouce au plan alors, me direz-vous ? En réalité, on l’a déjà fait, contre la volonté de la Pologne, de la Hongrie, de la Tchéquie et de la Slovaquie. En Pologne, le gouvernement a été rejeté, en Hongrie le président Orban a annoncé la tenue d’un référendum contre le plan de répartition, et une procédure a été lancée devant la Cour européenne de Justice.

Consacrons un peu de temps supplémentaire à chercher davantage de soutien politique, me direz-vous encore ? Cela aussi a été fait, avec le marché controversé avec la Turquie qui devait stopper le trafic des êtres humains sur la mer Égée. Cela a relativement bien marché. Et fait baisser la pression politique sur la Chancelière Merkel. Mais le temps gagné n’a malheureusement pas servi à aller de l’avant sur le plan politique.

Même s’il faut reconnaître que certaines choses ont pu être mises en place. Il y a par exemple plus de patrouilles en mer Méditerranée. Certains jours, comme à la fin du mois dernier, les gardes-côtes italiens ont réussi, en une seule journée, à sauver 1500 personnes de la noyade. Il fallait le faire, car maintenant que le printemps est là, l’afflux de migrants venus d’Afrique du Nord est susceptible de redémarrer.

Même si c’est déjà bien, ce n’est pas suffisant. Cette année, on estime que 1.000 réfugiés déjà ont péri ou disparu en mer Méditerranée. Et depuis hier quelques centaines sont venus s’y ajouter. Nous sommes très loin du « Nous maîtrisons le problème » de Merkel. Mais nous sommes tout aussi loin de l’appel du président du Conseil européen Donald Tusk qui disait « Ne venez pas en Europe ».

Nous sommes coincés, perdus entre devoir moral et désespoir. La seule méthode rationnelle pour trouver une issue à ce problème est de continuer à essayer d’enfin mettre sérieusement en œuvre le plan de juin 2015. Quelle que soit la taille des obstacles.

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