Daar Daar logo

Plaidoyer pour un réseau d’enseignement «dépilarisé» en Flandre

(c) Flickr

10 mai 2016

Plaidoyer pour un réseau d’enseignement «dépilarisé» en Flandre

Dave Sinardet, professeur en sciences politiques connu des deux côtés de la frontière linguistique, vous propose en exclusivité sa sélection d’articles de la presse flamande sur DaarDaar, dans le cadre de notre campagne de crowdfunding.

Temps de lecture: 2 minutes

Voici une quarantaine d’années, mon père postulait pour un poste d’instituteur à l’école catholique de notre village. Il ne fut finalement pas choisi. Il était pourtant très actif au sein de la paroisse, mais il avait un diplôme de l’École normale de l’État, un paramètre jugé rédhibitoire par les pontes de l’école catholique. L’anecdote est loin d’être un cas isolé, dans un sens comme dans l’autre.

Bien qu’il existe aujourd’hui une meilleure compréhension mutuelle entre l’enseignement libre et l’enseignement officiel, la hache de guerre est loin d’être totalement enterrée. Quand Lieven Boeve, patron de l’enseignement catholique flamand, propose de donner plus de temps et d’espace aux non-chrétiens pour pouvoir vivre leur religion à l’école, le sang du clergé, des catholiques pratiquants et des représentants de la laïcité ne fait qu’un tour. Les vieilles rivalités ressurgissent de plus belle. Et même si une minorité de la Flandre sécularisée est encore catholique pratiquante, et qu’une autre minorité se revendique de la laïcité organisée, d’aucuns se cramponnent obstinément à un système d’enseignement dépassé. En cause : l’existence d’un système trop fortement basé sur le compartimentage idéologique et religieux et trop peu sur l’intérêt général.

J’ai fréquenté à la fois l’enseignement catholique et l’enseignement officiel, et j’ai donné cours dans les deux réseaux. J’ai fait le constat que l’identité catholique d’une école catholique y était devenue très relative. Je suis aussi d’avis que l’enseignement officiel s’est inutilement fourvoyé dans une lutte des symboles et une interdiction du port du voile trop stricte. Que ce soit en Belgique ou en Flandre, je ne suis aucunement convaincu par les bienfaits d’une laïcité radicale à la française.

En tant qu’être humain et qu’enseignant, je rêve pour la Flandre d’un réseau d’enseignement «dépilarisé», dépourvu de compartiments idéologiques. Dans un pays qui a adopté le célèbre Pacte scolaire en 1958, c’est évidemment une perspective utopique, mais que j’aime néanmoins à défendre. J’aspire à une école entière et déterminée, où des enseignants engagés et enthousiastes œuvrent à la construction de la personnalité et à la citoyenneté des hommes et des femmes de demain, avec un cours philosophique commun et d’autres matières liées à la compréhension des idéologies (voir la proposition « LEF », ndt). Je ne veux pas d’un enseignement pour ainsi dire neutre et insipide, mais tout le contraire : un enseignement de conviction, où les idéologies entrent en dialogue, avec en filigrane l’instruction des principes de l’État de droit et la liberté de culte. Dans notre société multiculturelle complexe, il importe que nos jeunes chrétiens connaissent l’Islam et le judaïsme. Tout comme il importe que nos jeunes musulmans soient confrontés aux principes et aux racines chrétiennes d’un État de droit sécularisé.

© DaarDaar ASBL 2017 - Mentions légales - Vie Privée