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Partager le congé de maternité : la proposition qui fâche

(c) Nereo

16 mai 2016

Partager le congé de maternité : la proposition qui fâche

Temps de lecture: 3 minutes

Elle n’avait pas encore terminé sa phrase, que Gwendolyn Rutten était déjà descendue en flèche. Les déclarations de la présidente de l’Open Vld sur le partage du congé de maternité entre les deux partenaires ont en effet provoqué le courroux de bon nombre de femmes de la vie politique et associative. « Cette idée des libéraux s’assimile à un retour en arrière », a dénoncé le sp.a. Et l’association flamande des consultantes en lactation s’est elle aussi fermement opposée à l’idée : « Avec cette nouvelle proposition saugrenue, Rutten ne rend aucun service aux jeunes mamans ».

La présidente des libéraux flamands souhaitait plus de flexibilité pour permettre aux papas de s’occuper davantage de leur nouveau-né. « L’État ne peut pas appliquer un système par lequel le soin de l’enfant revient uniquement à la mère », avait-elle argumenté. Elle a donc proposé une formule qui permettrait aux partenaires de se partager le congé de maternité.

Droits des femmes

Cette déclaration a eu de quoi irriter de nombreuses femmes de la vie politique et associative. Ces dernières estiment qu’il est insensé de vouloir répartir les 15 semaines entre les deux partenaires. « Rutten escamote les droits des femmes en prétendant défendre la liberté de choix », a réagi Stéphanie Van Houtven, vice-présidente des socialistes flamands. « C’est en outre contraire à la directive européenne qui stipule que la mère doit avoir 14 semaines de congé de maternité consécutives ».

« Selon cette proposition, les femmes pourraient se remettre plus vite sur pied et reprendre plus vite le travail. Nous nous demandons vraiment en quoi cette perspective favorise l’équilibre famille-travail », a ironisé Karin Jiroflée, parlementaire socialiste. Selon elle, « la proposition des libéraux s’assimile tout simplement à un retour en arrière ».

Étendre le congé de paternité

Dans l’opposition, Groen ne déborde pas non plus d’enthousiasme. « Trois pères sur quatre souhaitent avoir plus de temps pour leur famille et leurs enfants. Mais cela ne peut pas se faire au détriment des droits de la mère », estime la parlementaire Evita Willaert. Le parti écologiste suggère donc plutôt une extension du congé de paternité. Les verts flamands veulent également inciter les parents à libérer plus de temps pour leur famille en profitant de la totalité de leur congé parental (suspension complète ou partielle de leur contrat de travail pendant quatre mois). « Si chacun des partenaires du couple prend quatre mois de congé parental, ils ont ensemble trois mois de congé supplémentaires, ce qui s’applique naturellement aussi aux cas de coparentalité. Voilà un meilleur moyen d’encourager les parents à assumer des rôles équivalents au sein de la famille », conclut Evita Willaert.

« Rutten torpille l’allaitement maternel »

La N-VA fait également partie des détracteurs de la proposition. « Hélas, Gwendolyn Rutten, ce n’est pas la première fois que vous torpillez purement et simplement l’allaitement maternel », a tweeté la parlementaire An Capoen. Cette dernière a également relayé la réaction de Celia Ledoux, auteure, éditorialiste et maman : « Le congé maternel déjà misérable en Belgique privent près de la moitié des jeunes mamans d’allaiter leur enfant », avait-elle déploré.

« Revoilà Rutten et ses idées saugrenues »

Els Flies, coordinatrice de l’association flamande des consultantes en lactation (Vereniging Begeleiding en Bevordering van Borstvoeding – VBBB), rejette également la proposition : « Revoilà Rutten et ses idées saugrenues. Elle ne rend aucun service aux jeunes mamans en voulant toucher au temps dont elles bénéficient après leur accouchement, un avantage que nous défendrons bec et ongle », a-t-elle déclaré au quotidien De Standaard. Selon cette dernière, une femme doit avoir suffisamment de temps pour être auprès de son enfant, qu’elle l’allaite ou pas. « En dehors de la question de la lactation, une mère doit pouvoir s’occuper de son nouveau-né pour construire au mieux leur relation ».

Des contre-arguments inexacts

Du côté de l’Open Vld, on se défend : « l’exemple que prend le sp.a en évoquant la directive européenne ne tient pas la route », a rétorqué Aubry Cornelis, porte-parole du parti. « Tout d’abord, ces 14 semaines consécutives de congé de maternité constituent un droit minimal. Si la mère concernée souhaite retravailler après 10, 6 ou même 2 semaines, elle peut parfaitement le faire ».

Et selon les libéraux flamands, ce n’est pas la seule erreur qu’on retrouve dans les contre-arguments qu’on leur oppose. « Même si une femme souhaite user pleinement de ce droit, ce n’est en rien incompatible avec notre proposition. Nous n’imposons rien, que du contraire : l’idée de notre présidente leur offre un choix supplémentaire. La mère peut soit bénéficier de la totalité de ses 15 semaines, soit en donner une partie au père. Nous ne touchons donc en aucun cas aux 15 semaines », assure l’Open Vld.

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