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Mathieu Michel : « Je ne me focalise pas sur ma popularité, je suis plutôt un homme de dossiers »
01·10·21

Mathieu Michel : « Je ne me focalise pas sur ma popularité, je suis plutôt un homme de dossiers »

Temps de lecture : 5 minutes Crédit photo :

(c) Adrienne Popovic

Rencontre avec Mathieu Michel, le secrétaire d’État à la Digitalisation, dans son bureau de la rue des petits Carmes, le QG officieux du MR au sein du gouvernement De Croo. À l’instar de l’entretien avec Thomas Dermine, Mathieu Michel se montre très chaleureux lors de ce long échange au cours duquel il partage notamment avec nous sa vision de la Belgique, de la Flandre, et de la digitalisation. Tout en se penchant sur son arbre généalogique, qui reflète bien la pluralité de l’identité belge.

La première partie de cette interview est à découvrir sur notre site DaarDaar.be.

JM : Est-il encore possible d’avoir des projets communs dans la lasagne institutionnelle qu’est la Belgique ?

Oui, c’est possible. Ce qui n’est pas facile, c’est la méthode à adopter. Dans mon domaine qu’est le digital, on est tourné vers le monde. Prenez une entreprise comme Aero Space Lab à Mont-Saint-Guibert, qui envoie des satellites d’observation dans l’espace : ses concurrents sont à Singapour ou à San Francisco, pas en Flandre. Le champ de réflexion d’une telle entreprise dépasse donc le cadre belge. Et de l’autre côté de la frontière linguistique, on trouve l’IMEC, qui est un centre de recherche très perfectionné en semi-conducteurs. Lorsque l’on voit ces pépites, il est perturbant de constater qu’on ne les interconnecte pas. Une grosse partie de mon travail est donc de permettre ces connexions.

Il faut une capacité institutionnelle qui permette de se parler autour d’une thématique, sans pour autant entrer dans une logique où il y a un patron. L’idée doit être de suggérer des rencontres. Il n’est pas raisonnable de se dire : « C’est ma compétence, donc je décide tout seul », d’autant plus dans le monde d’aujourd’hui. C’est justement parce que le monde est complexe qu’on gagnerait à davantage se parler. Pour Aero Space Lab, dont le concurrent est aux États-Unis, avoir du flamand en lui est une force pour pouvoir comprendre ce marché. La Belgique a donc un énorme potentiel, dans un monde qui se globalise.

JM : Et vous, comment évaluez-vous votre popularité en Flandre ?

Je n’ai pas tendance à me focaliser sur ma popularité, je suis plutôt un homme de dossiers. Ces dernières années, j’ai passé 95 à 98% de mon temps à avancer sur mes thématiques, sans me préoccuper de ma popularité. Je me rends compte que maintenant, on passe environ 50% de travail sur ses dossiers et 50% sur le travail de son image, de sa popularité. À l’heure actuelle, je communique très peu vers la Flandre, car je sors d’une institution locale et je ne m’attendais pas à vivre autre chose médiatiquement parlant. Donc pour le moment, je bétonne mes dossiers, j’avance sur le fond. Ensuite, j’irai davantage me présenter en Flandre, parce qu’un secrétaire d’État au fédéral n’est pas uniquement secrétaire d’État des Wallons, des Bruxellois ou des francophones. Je ne me sens donc pas encore suffisamment aguerri en termes de phrasé pour aller affronter les médias flamands, et j’estime que lorsque j’irai, j’irai sérieusement.

À travers mon travail en matière de Régie des bâtiments, je passe beaucoup de temps en Flandre, ce qui constitue un bon entraînement puisque toutes mes réunions s’y font en néerlandais, et que je peux me frotter à l’accent limbourgeois, au pragmatisme anversois, etc. (rires).

JM : Au sein du système institutionnel belge, est-il indispensable de se faire connaître de l’autre côté de la frontière linguistique, puisqu’il n’y a pas de circonscription électorale fédérale ?

Ce n’est pas indispensable, mais cela tient au respect de la fonction. C’est pour cette raison que j’ai vécu de façon traumatisante la vidéo qui a circulé, car je suis quelqu’un qui respecte profondément la Flandre et qui veut travailler pour la Flandre, la Wallonie et Bruxelles.

Mais électoralement parlant, non, ce n’est pas indispensable. Je fais le meilleur score en Brabant wallon depuis que je suis à la Province. Du coup, en termes de popularité, je pourrais me contenter de circuler dans ma province et ne jamais aller en Flandre, sans que cela ne change radicalement ma vie politique. Sauf que ce n’est pas pour cela qu’on fait de la politique. Mon moteur n’est pas électoraliste, il s’agit d’effectuer son travail. Les projets que je développe du côté d’Ostende m’intéressent tout autant que ceux du côté d’Hannut.

JM : Quel regard portez-vous sur la vie culturelle et médiatique flamande ?

Ce que je connais de la vie culturelle et médiatique flamande, je le tiens de mes séjours à la côte. J’y vois un foisonnement culturel innovant, moderne et contemporain. Je lis De Standaard et le Knack, mais je ne regarde pas assez la télévision flamande, par conséquent, j’estime ne pas avoir une vision assez lucide pour tirer un trait en disant « telle est ma lecture des choses ».

Par contre, j’écoute la radio en néerlandais le matin. Avant, j’écoutais de Ochtend sur Radio Één, mais mon professeur de néerlandais m’a dit d’écouter Q-Music, où il y a encore plus de discussions (rires). Ce dont je n’ai pas l’habitude, en revanche, c’est de tomber sur des chansons en flamand. Sur les ondes francophones, ça arrive une fois sur 10.000, alors que sur Q-Music et Radio Één, ça arrive forcément plus souvent.

JM : Pour l’instant, DaarDaar traduit le meilleur de la presse flamande en français, et un de nos rêves serait d’avoir un projet miroir qui traduirait le meilleur de la presse francophone en néerlandais. Quel message souhaiteriez-vous adresser à notre futur lectorat néerlandophone, qui ne suit pas toujours ce qui se passe en Belgique francophone ?

Samen zijn we sterker. Daarvan ben ik overtuigd. Ja, dat is de enige boodschap die ik in mijn hoofd heb. We hebben zoveel grotere dingen samen te doen, dat is de boodschap die ik zou geven. Er zijn veel mooie dingen die in Vlaanderen zijn gedaan, evenals in Wallonië. Ik leer zoveel dingen van Nederlandstaligen die ik ontmoet, maar ook van Franstaligen. Ik weet niet hoe ik dit anders zou kunnen formuleren, al klink ik als een Miss Wereld.

JM : Pourriez-vous présenter l’objet que vous avez choisi, en lien avec la Flandre ?

(Mathieu Michel entreprend d’abord de dessiner son arbre généalogique sur le panneau blanc derrière lui, puis appelle son épouse pour lui demander d’envoyer une photo du tableau représentant cet arbre qui est accroché chez eux, ce qu’elle parvient à faire, comme vous pouvez le voir sur la photo d’article).

Pour tout vous dire, c’est quelqu’un qui l’a offert à mon frère et cette personne m’a dit : « Comme on l’a fait pour ton frère, on peut le faire pour toi ». Un arbre généalogique se fait toujours en ligne directe, c’est-à-dire que c’est toi, ton papa, le papa de ton papa, etc. tandis que les frères et sœurs n’apparaissent pas. C’est ce qui est un peu perturbant. Le grand challenge pour les fans de généalogie consiste à trouver les frères et les sœurs. En partant d’un frère ou d’une sœur, on peut faire le lien avec un autre arbre généalogique. Le papa se trouve toujours à gauche : nous avons donc Mathieu, puis Louis, puis Charles, puis Jean. Nous sommes remontés jusqu’à 1792. Détail amusant : parmi nos ancêtres figure un enfant trouvé à Anvers, un certain « Alois Ziebor ».

Quand l’arbre généalogique avait été offert à mon frère, il y avait eu un article sur le fait qu’il y avait un enfant trouvé à l’origine de cette magnifique histoire. Honnêtement, si j’avais eu cet arbre avant d’avoir mes enfants, j’aurais donné des noms d’ancêtres à mes enfants. Il y a d’ailleurs pas mal de Charles, par exemple, comme mon frère. Ce qui est vraiment marrant est qu’à l’époque, Brabant flamand et Brabant wallon ne faisaient qu’un, il n’y avait pas de différence. Dans le Brabant, il y a donc des noms à consonance flamandes. Sauf que moi, le drame que j’ai eu, enfin drame, ce qui m’embête, c’est que j’ai une bonne partie de ma famille toujours en Flandre, mais pas de mon âge. Or, les personnes qui parlent vraiment bien flamand sont des personnes qui, à un certain moment, ont eu un lien familial fort, ou ont étudié en Flandre et ont eu de ce fait de bonnes raisons de le pratiquer. Ce que je regrette, c’est de ne pas avoir vécu une partie de ma vie en Flandre. Je serais alors bilingue aujourd’hui. Or, aujourd’hui je me débrouille, je peux bien avancer dans la vie avec ça, mais j’aimerais avoir cette capacité d’être vraiment fluent.

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