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Breendonk, une série qui nous replonge dans l’enfer du fort
30·10·26

Breendonk, une série qui nous replonge dans l’enfer du fort

Ruben Nollet est critique de cinéma pour le quotidien De Tijd.

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

© Belga Image

Auteur
Traducteur⸱trice Noëlle Michel

Dans Breendonk, une nouvelle série consacrée au camp de prisonniers flamand tristement célèbre de la Seconde Guerre mondiale, la VRT s’intéresse aussi bien aux bourreaux qu’aux victimes, pour un résultat qui n’en est que plus authentique.

« Comment se fait-il que tant de personnes qui empruntent l’A12 passent devant en n’ayant qu’une vague idée de ce qui s’y est passé ? » Filip Lenaerts, coréalisateur et scénariste, fait référence au fort de Breendonk à Willebroek, cet imposant édifice de béton froid qui fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, la honte de la Flandre.

Pendant quatre ans, avec le soutien actif de sympathisants flamands, l’occupant allemand y a emprisonné communistes, résistants, juifs et autres « individus indésirables ». Au départ, Breendonk était un « camp de rééducation », d’où les prisonniers ressortaient généralement libres après quelques semaines de travaux forcés. Mais il a vite été transformé en camp de transit, une étape avant la déportation vers les camps à l’est. Environ 3 600 personnes, principalement des hommes, sont passées par Breendonk. Au moins 300 n’ont pas survécu et 1 500 sont mortes dans d’autres camps.

Boussole morale

À l’initiative de cette série en six épisodes de la VRT : l’acteur Kevin Janssens, que la visite du fort il y a quatorze ans avait vivement impressionné. Peu à peu a mûri l’idée d’en faire une histoire. Grâce à la société de production De Mensen, il a fait la connaissance de Filip Lenaerts, qui a écrit le scénario de la série documentaire Het verhaal van Vlaanderen (L’Histoire de la Flandre).

« Des photos grandeur nature des gardiens sont accrochées au mur. Les Allemands à gauche, les Flamands à droite. Face à ces SS flamands, on en arrive vite à se demander comment on aurait agi à leur place. »

« Lors de notre première rencontre, Kevin m’a dit que Breendonk offrait littéralement toute une galerie de personnages pour une série, explique Lenaerts. Des photos grandeur nature des gardiens sont accrochées au mur. Les Allemands à gauche, les Flamands à droite. Face à ces SS flamands, on en arrive vite à se demander comment on aurait agi à leur place. Et si nos enfants n’avaient pas mangé à leur faim ? Qu’aurions-nous fait devant ce dilemme moral ? Ça a été notre point de départ. Il est beaucoup trop facile de se dire qu’on aurait choisi le bon camp, que notre boussole morale ne nous aurait pas fait défaut. Nous n’avons pas voulu nous contenter de cette réponse. »

C’est ainsi qu’est né le personnage de Hendrik Vaes, un rôle incarné par Janssens lui-même. Opportuniste, il travaille comme interprète pour l’occupant et se rallie à la cause nazie, en partie parce que son beau-père hautain (joué par Dirk Roofthooft) est un nationaliste flamand convaincu doublé d’un collaborateur.

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Vaes en profite pour s’enrichir par tous les moyens possibles, par exemple en volant les prisonniers. Lorsqu’il obtient un poste à Breendonk et constate ce qui s’y passe, il commence à douter d’avoir choisi le bon camp. En particulier après la bataille de Stalingrad en 1942-1943, quand la situation commence à se gâter pour les Allemands.

Les autres personnages principaux évoluent aussi sur le plan moral. Quand Leon et son fils Rik (joués par le duo père-fils Koen et Jolan De Bouw) atterrissent au camp pour des raisons différentes, ils prennent conscience qu’ils ont perdu un temps précieux à se quereller entre eux. À l’extérieur des murs, Elisabeth (Anne-Laure Vandeputte), membre de la résistance et petite amie de Rik, attend de leurs nouvelles tout en s’occupant d’un petit garçon juif.

Lenaerts et Janssens font graviter un grand nombre de figures historiques autour de ces personnages de fiction, ce qui donne un caractère authentique à la série. Le commandant du camp Philipp Schmitt, le lieutenant Arthur Prauss, le général Alexander von Falkenhausen, les gardiens sadiques Fernand Wyss et Richard De Bodt, le jardinier Petrus Van Praet, la femme de ménage Valentina Verdickt… Tous ont vraiment existé. « Ils appartiennent à l’histoire de Breendonk au même titre que ses murs, affirme Lenaerts. Ce serait bizarre de leur inventer des noms fictifs. Pour ces personnages, nous sommes restés fidèles aux faits. »

Pas de grand spectacle

La cruauté qui plane sur la série ne sort pas de nulle part. Le camp de Breendonk était connu pour sa grande violence. Sa réputation sinistre était connue jusque dans les autres prisons SS. « C’était en partie dû au grand nombre de gardiens. À Breendonk, il y en avait un pour huit prisonniers, soit beaucoup plus que dans les grands camps allemands. De ce fait, ils surveillaient davantage les détenus, faisaient régner la terreur et commettaient plus d’atrocités. En outre, comme Vaes l’exprime dans la série, Breendonk rassemblait les “rebuts du parti”, c’est-à-dire les SS qui se comportaient mal, même aux yeux de leurs pairs. C’était un concentré des pires éléments. »

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On peut applaudir Lenaerts et Janssens, qui parviennent à restituer cette violence sans verser dans le grand spectacle. Si le personnage de Vaes et l’interprétation tout en nuances de Janssens méritent d’être salués, c’est surtout par sa représentation de la vie entre les murs du camp que Breendonk marque durablement le spectateur.

Avec une intensité qui n’est pas sans rappeler le film sur la Shoah Le Fils de Saul, la série nous force à nous mettre à la place des prisonniers assaillis par une violence imprévisible et irrationnelle, susceptible de frapper à tout moment. Les brefs moments de solidarité et d’humanité n’en sont que plus poignants. Les quelques scènes plus mélodramatiques qui se déroulent à l’extérieur du camp détonnent franchement, sans toutefois affaiblir l’ensemble.

« Cette histoire était ensevelie sous la poussière, conclut Lenaerts. Il est scandaleux que nous ayons déjà à moitié oublié ce qu’il s’est vraiment passé là-bas. Moi-même, je n’en savais pas grand-chose avant de commencer à travailler sur la série. Notre intention a toujours été de raviver la mémoire de ces événements. » Mission accomplie.

Breendonk est disponible dans son intégralité sur Streamz à partir du 22 octobre et sera diffusée à raison d’un épisode par semaine sur VRT 1 et VRT Max à partir du 8 novembre.

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