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9 novembre 2018

14-18 : une guerre entre les Belges ?

Année scolaire 1982-83, je suis en rhétorique. Le professeur d’histoire donne un cours sur la Grande Guerre. Je paraphrase : « 14-18 a été la seule victoire militaire qu’ait connue la Belgique. Mais ce fut aussi une défaite cuisante pour notre pays, car la véritable bataille linguistique qui l’a un jour perdu a débuté dans les tranchées. Les soldats flamands laissaient entendre qu’ils étaient envoyés à la mort par des officiers francophones. Eh bien, mes chers élèves, tout cela n’a aucun sens. »

À ce moment, je ne me rendais pas compte que la Première Guerre mondiale se poursuivait jusqu’à aujourd’hui. C’est désormais le cas. À l’issue de la guerre, des recrues flamandes contrariées créèrent le frontisme, le précurseur — après moult détours, certes — de l’actuelle N-VA.

Cette année, nous célébrons le centenaire de l’Armistice. Il est donc temps d’établir si mon professeur avait raison : le problème belge repose-t-il (en partie) sur un malentendu ? La réponse est oui. Même des historiens flamands affirment avec force qu’aucun Flamand n’a péri en raison d’un ordre en français qu’il aurait mal compris. « C’est une affabulation », confirme Piet Chielens, du In Flanders Fields Museum d’Ypres. « Les ordres décisifs étaient donnés par un coup de sifflet ou un cri. »

Du reste, la guerre de tranchées qui se déroulait derrière l’Yser débordé consistait surtout en une attente interminable, les soldats étant protégés par des sacs de sable. La plupart des victimes belges, dix à quinze par jour, mouraient de maladies. Et les troupes qui ont combattu dans le Westhoek étaient pour l’essentiel originaires du Commonwealth et de France. Pour le dire autrement, les soldats belges s’ennuyaient. Un terrain propice à la chamaillerie… Il est vrai que le commandement était principalement francophone. La bourgeoisie parlait le français et les officiers étaient issus de cette classe sociale supérieure, ce qui a pu mettre en colère le Flamand que je suis. Mais rappelons qu’avant la Première Guerre mondiale, l’enseignement secondaire en néerlandais était pratiquement inexistant. La situation changea par la suite, heureusement.

Un autre mythe veut que les troupes belges de l’Yser se composaient à 80 % de Flamands, qui faisaient donc office de chair à canon. Une affirmation que réfute le professeur Luc De Vos, de l’École royale militaire. Il avance les chiffres suivants : 67 % de Flamands et 33 % de Wallons. À l’époque, les Flamands ne représentaient que 55 % de la population belge. Ils étaient donc légèrement surreprésentés au front de l’Yser, mais rien de spectaculaire. Qui plus est, la guerre se déroulait en Flandre-Occidentale : il n’est donc pas illogique que les soldats provenant de cette région aient été plus nombreux.

14-18 ne fut donc pas une guerre entre les Belges. La commémoration de l’Armistice ne peut que nous rapprocher. Ou serait-ce là un autre un mythe ?

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