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25 ans de la N-VA : une fête au goût amer
29·10·26

25 ans de la N-VA : une fête au goût amer

Luc Barbé est l’auteur de La N-VA expliquée aux francophones. Pascal Debruyne est chercheur à l’Odisee Hogeschool. Et Dominique Willaert est l’auteur du livre En wat nu ? De coup van Trump en de superrijken.

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

© Belga Image

La N-VA célèbre en ce mois d’octobre ses 25 ans d’existence. Et la fête s’annonce grandiose : non seulement le Premier ministre fédéral et le ministre-président flamand sont issus de ses rangs, mais aucun autre parti n’a autant imprimé sa marque sur la Flandre et la Belgique ces dernières décennies. Véritable machine politico-idéologique, la N-VA suit à la lettre son agenda nationaliste de droite et son cap néolibéral, cela ne fait aucun doute. Mais qu’a-t-elle réellement apporté aux Flamands ?

Le budget fédéral a complètement déraillé et, pour la première fois depuis des décennies, l’effet boule de neige des intérêts de la dette menace. La faute est volontiers reportée sur la Vivaldi et les dépenses du covid, mais on prend soin de passer sous silence les concessions financières, non compensées, faites aux employeurs sous le gouvernement Michel.

Côté flamand, l’équilibre budgétaire tient à coups de coupes claires, notamment dans la culture, de rabotage des allocations familiales et de « débudgétisations » gigantesques, tandis que l’argent coule à flots vers des chantiers de prestige et de béton : des aéroports à l’Oosterweel (le chantier du contournement d’Anvers) en passant par des projets d’infrastructures maintenus en dehors du budget.

Budget flamand : équilibre atteint, mais à quel prix pour la classe moyenne ?

La croissance économique est en panne. Les secteurs de la santé et du bien-être croulent sous la pression, les listes d’attente sont interminables, et l’enseignement, aux mains de ministres N-VA depuis sept ans, n’a toujours pas retrouvé le cap. Le parti, lui, promet encore et toujours un tournant qui va changer l’avenir. Vraiment ?

Ligne dure

Chaque année, la désintégration de la société civile flamande, qui fut jadis sa grande fierté, son ADN même, avance un peu plus. Le burn-out continue de faire des victimes sur le lieu de travail, et des dizaines de milliers de chômeurs ont été poussés vers les CPAS, qui manquent de personnel pour les accompagner. La politique migratoire est musclée, mais dans les rues de nos grandes villes, des sans-papiers errent en quête d’un avenir et d’un peu de dignité. Quant au durcissement du droit de séjour, il produit surtout de l’insécurité permanente, et des gens qui, de ce fait, ne poussent pas à la roue l’État-providence.

Pendant ce temps, la justice est non seulement sous-financée, mais la séparation des pouvoirs est carrément remise en cause par des mandataires N-VA, qui fragilisent ainsi les fondements de l’État de droit. La Flandre étouffe dans les embouteillages, les cyclistes risquent leur vie chaque jour sur des pistes cyclables meurtrières, et les transports en commun sont démantelés depuis des années. La politique climatique, quant à elle, est reléguée aux oubliettes, alors que notre pays est devenu cet été champion d’Europe de la mortalité liée à la chaleur.

« Tout cela est-il imputable à la seule N-VA ? Non. Mais elle est depuis des années le parti dominant et a exercé une influence énorme sur les autres formations. »

Les relations entre les Régions et le fédéral tournent en rond, ce qui empêche de tenir des engagements climatiques majeurs. L’adhésion de la population à une Flandre indépendante n’a pas progressé, mais les Flamands qui plaident pour une refédéralisation de certaines compétences s’attirent les foudres de la N-VA.

Climat : quand les politiques choisissent leurs électeurs plutôt que la planète

Résultat : une impasse totale et une absence de cap institutionnel. Une septième réforme de l’État pour remettre de l’ordre dans l’agenda institutionnel semble plus lointaine que jamais, tandis que le slogan « ce que nous faisons nous-mêmes, nous l’économisons nous-mêmes » revient à une régionalisation à la sauce néolibérale qui rogne des droits jadis garantis par la sécurité sociale.

Tout cela est-il imputable à la seule N-VA ? Non. Mais elle est depuis des années le parti dominant et a exercé une influence énorme sur les autres formations, qui ont souvent épousé ses plaidoyers et ses propositions. Pointer la N-VA comme première responsable de la situation politique et sociale actuelle est donc ni plus ni moins un constat.

Vernis

Qui plus est, la N-VA n’a pas freiné la montée du Vlaams Belang : bien au contraire. Qui s’en étonnerait ? Bien des déclarations de Theo Francken le rapprochent davantage du Vlaams Belang que de la N-VA. Par sa politique et son discours sur la migration et l’asile, la N-VA valide le programme du Vlaams Belang et met en permanence son thème de prédilection sous les projecteurs.

Son prétendu nationalisme « inclusif » nourrit par ailleurs un clivage « eux contre nous », qui pour bon nombre d’électeurs sert de marchepied vers le Vlaams Belang poussant encore plus loin les thèses de la N-VA. Par essence, le nationalisme exclut toujours.

« L’adjectif « inclusif » n’est qu’un élément de langage, un vernis pour ratisser large. »

L’adjectif « inclusif » n’est qu’un élément de langage, un vernis pour ratisser large. Demandez donc à celles et ceux que les nouvelles règles du logement social ont relégués aux marges de la société ce que ce nationalisme inclusif signifie pour eux. Loin d’être un rempart contre l’extrême droite, la N-VA l’alimente sans cesse.

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Qu’on regarde le bilan de ces 25 ans avec les lunettes de la gauche ou même de la droite, le spectacle fait mal aux yeux. N’y a-t-il donc aucun gagnant ? Si, les sociétés qui exécutent les chantiers anversois, les propriétaires de jets privés et les industries de l’armement. Mais certainement pas toutes les entreprises, encore moins l’économie dans son ensemble, qui tourne en rond.

Reste un grand gagnant : la N-VA elle-même et ses cinquante bourgmestres, ses plus de trois cents échevins, sa soixantaine de parlementaires, ses neuf ministres et ses centaines de cabinettards. Voilà peut-être à qui profitent le plus ses 25 années d’existence.

Poser ces constats est beaucoup plus simple que d’organiser l’opposition à ce rouleau compresseur nationaliste flamand. Quant aux visions et aux récits alternatifs, tout reste à construire : il est grand temps de s’y atteler.

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