Lors d’une soirée organisée par la N-VA à Ninove, le ministre-président flamand Matthias Diependaele a invité ses sympathisants à quitter la Mutualité chrétienne (CM) pour rejoindre le Vlaams & Neutraal Ziekenfonds (VNZ). Une sortie pour le moins maladroite.
Depuis des années, la N-VA entretient des rapports compliqués avec les corps intermédiaires. Le parti est convaincu que les mutualités et les syndicats exercent une influence politique excessive et que certaines de leurs missions pourraient être assumées plus efficacement, et à moindre coût, par les pouvoirs publics ou le privé.
La polémique récente autour du rôle des médecins-conseils a fourni à la N-VA de nouveaux arguments. C’est ainsi que Matthias Diependaele a décoché une salve à Ninove, mais sans vraiment atteindre sa cible. D’abord parce que les mutualités relèvent d’une compétence fédérale, sur laquelle le ministre-président flamand n’a aucune prise. Ensuite parce que le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), travaille déjà à une réforme du système. Enfin, parce que, selon les experts, la disparition des mutualités ne permettrait pas de réaliser des millions d’économies comme d’aucuns le prétendent. Certes, tout n’y fonctionne pas parfaitement, mais nombre de missions y sont remplies efficacement, et ces tâches continueraient de coûter de l’argent quel que soit l’organisme chargé de les assumer.
Ce qui pose surtout question dans la déclaration de Diependaele, c’est qu’il critique les mutualités tout en faisant la promotion… d’une mutualité. À un petit détail près : elle est flamande. Les mutualités deviendraient-elles soudain plus fréquentables quand elles arborent les bonnes couleurs communautaires ?
On pourrait le croire. Alors que les sondages annoncent un regain de vigueur du PS en Wallonie, la N-VA semble se préparer à ce que Bart De Wever appelle depuis longtemps un « blocage » du système belge. Le parti poursuit en tout cas sa stratégie visant à renforcer l’autonomie flamande. C’est dans cette logique que la Région flamande est devenue actionnaire majoritaire de Brussels Airport, qu’elle étudie l’implantation de petits réacteurs nucléaires sur son territoire, ou qu’elle pourrait être tentée de constituer et de promouvoir ses propres organisations de la société civile.
Ironie de l’histoire : la N-VA, qui se présente volontiers comme le parti du changement, reproduit ici des mécanismes hérités des grands partis belges du XIXᵉ siècle. Après avoir adopté sans difficulté les pratiques de nominations politiques qu’elle dénonçait autrefois, chercherait-elle désormais à développer sa propre mutualité « de pilier » ?
Les critiques formulées par la N-VA à l’égard des mutualités sont souvent légitimes. Mais quant à savoir ce qui doit les remplacer, le parti semble encore loin d’avoir trouvé la réponse.
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