La N-VA veut-elle encore l’indépendance de la Flandre?

19 septembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Thomas Miloradovic | Temps de lecture : 6 minutes

Où la N-VA veut-elle mener la Belgique ? Œuvre-t-elle encore pour l’indépendance de la Flandre ou assure-t-elle plutôt ses arrières ?

Pourrait-on un jour imaginer que les écologistes flamands arrêtent de parler du réchauffement climatique parce que plusieurs études indiquent que cette thématique ne séduit plus les électeurs ? Évidemment que non : tout le monde s’accorde à dire qu’un parti politique doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour réaliser ses objectifs.

Coup de poker

On ne peut cependant pas en dire autant de la N-VA, qui a opté pour une stratégie différente : elle a épargné le MR comme unique parti francophone au sein du gouvernement fédéral parce que ce dernier n’aurait jamais pu supporter tout le poids des ambitions communautaires de la N-VA. Cette décision a profité au CD&V et à l’Open VLD, qui voulaient tous deux éviter que le parti de De Wever, en forte progression, n’ait une influence trop importante au sein de l’exécutif. Résultat des courses : un cessez-le-feu communautaire pendant toute la durée de cette législature fédérale. La N-VA a parié sur le fait que le volet communautaire referait tôt ou tard surface automatiquement et ce jeune parti en a alors profité pour peaufiner son image de parti dirigeant réfléchi, équilibré et digne de confiance. Rien à voir avec un parti voué à rester dans l’opposition, comme le Vlaams Belang. C’était un choix, ou plutôt un coup de poker selon certaines éminences du parti. Autrement dit, c’était quitte ou double pour la N-VA et c’est à Peter De Roover, député parlementaire et responsable politique de la revue Doorbraak, qu’a été confiée la mission de l’expliquer à la base des électeurs flamands.

Volet communautaire

Pari gagnant pour la N-VA. Le PS et le cdH, malgré tous leurs efforts pour éviter de soulever des questions communautaires dans le débat politique, n’ont pas pu empêcher qu’elles se posent d’elles-mêmes : les grèves dans les différentes régions, la police de Bruxelles, les routes aériennes de Zaventem, le contingentement fédéral des médecins, les postes de garde médicaux à Bruxelles et les différences croissantes en matière de sécurité sociale. Et que dire des transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles ? La Belgique est-elle donc un État défaillant incapable de régler ses problèmes ? Ne parlons même pas du projet de stade sur le parking C du Heysel ou de la mauvaise gouvernance de Bruxelles… Et ce n’est qu’un petit aperçu de tous les dossiers communautaires qui ne cessent d’apparaître.

La réalité politique ne s’améliore pas d’un pouce et ce n’est pas en évitant la question que les choses bougeront. La Flandre et la Belgique francophone restent deux mondes en grande partie séparés par des réalités politiques et sociales différentes. Le PTB-PVDA en hausse dans les sondages pousse l’opinion publique francophone fortement vers la gauche alors qu’en Flandre, ce sont les idées de droite du Vlaams Belang qui ont le vent en poupe.

En outre, la politique actuelle du gouvernement fédéral sert en grande partie l’intérêt flamand, du moins autant que possible, alors que selon certains économistes, la différence avec le gouvernement Di Rupo est minime tandis que pour les partisans de la N-VA, elle est énorme. En politique, tout est question de point de vue.

Bonne gouvernance

Pendant ce temps, la N-VA continue ses efforts pour renforcer son image de bon père de famille. Le Ministre de la Sécurité et de l’Intérieur Jan Jambon est très populaire en Wallonie et il sait faire forte impression dans les situations difficiles. Le Ministre des Finances Johan Van Overtveldt reste suffisamment loin des railleries et travaille en coulisses sur les dossiers importants. Le Ministre de la Défense Steven Vandeput effectue un travail de qualité concernant la défense et la fonction publique et la Secrétaire d’État Elke Sleurs ne fait certes pas parler d’elle mais son homologue Theo Francken ne manque pas de compenser ce silence. Tout ce petit monde relègue donc les conflits à De Wever, De Roover et Francken, ce qui est tout sauf le fruit du hasard. En effet, le Ministre-Président de la Flandre Geert Bourgeois dégage lui aussi une impression de solidité et de fiabilité au gouvernement flamand et le Ministre flamand du Bien-être animal Ben Weyts, qui a certes quelques difficultés avec le dossier de l’abattage sans étourdissement, fait également preuve d’une remarquable détermination, surtout depuis qu’il a désigné un médiateur pour l’assister. Bon, d’accord, il peut arriver à un ministre de déraper de temps à autre mais ce n’est pas parce qu’on est en désaccord avec les choix politiques du gouvernement que le pays est pour autant fichu. La N-VA n’a d’ailleurs exclu aucun de ses membres depuis qu’elle est au pouvoir mais cet argument n’aura plus la moindre importance aux prochaines élections : la N-VA a bel et bien prouvé qu’elle est un parti dirigeant digne de ce nom, un parti qui incarne la solidité et la fiabilité.

CD&V 2.0

Qu’adviendra-t-il après 2019 ? La route est encore longue, une éternité dans le monde politique, mais n’oublions pas que les élections communales auront déjà lieu en octobre 2018, que nos hommes politiques aiment occuper la plus grande partie de l’échiquier et que tous les politiciens du pays livreront une bataille féroce lors de ces élections locales. Inutile de dire que le mode de scrutin y jouera un rôle primordial, surtout que, ce n’est un secret pour personne, la N-VA veut conserver cette coalition fédérale. Alors pourquoi autant de prises de bec entre les partenaires de la suédoise ? Peu importe, chaque famille a ses problèmes, mais à cause de l’aversion grandissante du CD&V pour la N-VA, constituer un cabinet Michel II ne sera pas chose aisée.

Toujours est-il, cette question centrale refait inlassablement surface : quid du confédéralisme ? N’était-ce pas là le fer de lance du parti ? Quid des résultats d’Objectief V, le centre d’étude communautaire d’Hendrik Vuye et Veerle Wouters ? Faudra-t-il aussi mettre ce dossier au frigo après 2019 parce qu’il aura fallu épargner le MR ? Le socioéconomique devra-t-il par conséquent à nouveau primer ? La campagne électorale ira-t-elle aussi dans ce sens ?

La question qui se pose alors inéluctablement est la suivante : dans quelle mesure la N-VA œuvre-t-elle encore pour (l’indépendance de) la Flandre ? En réalité, elle se commercialise comme une sorte de CD&V 2.0 : un parti à la tête de l’État qui mène une politique (économique) de droite et qui a une frange (plus ou moins importante) acquise à la cause flamande. Exactement comme le Katholieke Partij de l’époque, à la seule exception que l’actuelle frange flamingante peut difficilement s’opposer aux lignes du parti. De Wever est pour ainsi dire le nouveau Frans Van Cauwelaert, l’illustre figure de proue du mouvement flamand, « le Messie de la Flandre ».

Stratégie

Quand ces sujets sont abordés, les mots tactique, stratégie, court terme et long terme reviennent bien vite au centre du débat. Mais une stratégie pour atteindre quel but ? La N-VA vise-t-elle encore et toujours l’indépendance de la Flandre comme objectif à long terme ? Force est de constater que certains dirigeants du parti ne répondent déjà plus à cette question par un « oui » franc et sincère. Le risque, c’est que l’idée d’une Flandre indépendante soit reléguée au rang de folklore populaire, au même titre que la lutte des classes des socialistes. « Oui, c’est bien ce qui était écrit dans les statuts, mais bon… Vous savez comment ça va, ces choses-là… » dira-t-on en haussant les épaules.

Si la N-VA croit fermement au premier article de ses statuts, pourquoi ne recrute-t-elle pas pour concrétiser sa profonde conviction ? Pourquoi ne descend-elle pas dans la rue pour expliquer à chacun que la solution qui profiterait à tous est l’indépendance de la Flandre (ou, à la rigueur, ce foutu confédéralisme) ? Pourquoi ne fait-elle rien pour convaincre les électeurs de l’urgence d’une Flandre rapidement indépendante ? Cela ne leur demanderait d’ailleurs pas le moindre effort : Peter De Roover a déjà tous les arguments nécessaires qu’il répète depuis les années 1990 dans tous les débats où il est invité. De plus, si l’on considère la position actuelle du parti, ces arguments ne pourraient que le renforcer ; alors pourquoi la N-VA ne se sert-elle pas de sa crédibilité pour recruter au nom de sa conviction ? Cette question n’a malheureusement pas de réponse. Plus grave encore, elle donne l’impression que la N-VA passe à côté d’une occasion en or. Si elle veut aller de l’avant pas à pas, ne doit-elle pas, tôt ou tard, en faire un premier et enfin décider clairement de la voie qu’elle veut emprunter ?

(c) Pixabay

Doorbraak

Doorbraak est un Pure Player très proche du Mouvement Flamand (VVB) édité par l'ASBL Stem in 't Kapittel.

Traducteur : Thomas Miloradovic
Auteur :
Date de publication : 15/09/2016
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