Cannabis: aide thérapeutique ou danger public?

24 mai 2017 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 3 minutes

Des dizaines de malades membres Trekt Uw Plant (Tirez votre plant, ndt), un club de consommateurs de cannabis qui est dans le collimateur de la police et du parquet, sont en plein désarroi. Ne pouvant plus recevoir de cannabis à des fins thérapeutiques, ils témoignent de la douleur qui revient. « Pour me fournir, je dois désormais choisir entre les dealers de rue en Belgique et les coffee shops aux Pays-Bas. »

L’action policière contre l’asbl Trekt Uw Plant suscite de fortes inquiétudes chez ses membres

Pour Willem, un pensionné campinois qui désire garder l’anonymat pour des raisons familiales, l’intervention de la police et du parquet contre le « cannabis social club » Trekt Uw Plant s’assimile à de la prohibition. Willem, qui souffre d’insomnies chroniques, est l’un des nombreux patients désormais privés de leur dose de cannabis (médical).

« C’est horrible. Les médicaments que je devrais prendre à la place provoquent de nombreux effets secondaires ou une forte accoutumance. Seul le cannabis me permet de dormir la nuit tout en étant en forme la journée. Depuis le début du mois, je ne reçois plus de cannabis. Il me reste donc à choisir entre les dealers de rue belges, dont je préfère rester éloigné, ou les coffee shops néerlandais. J’ai donc opté pour la deuxième solution, même si les trajets me coûtent cher. »

Stupéfiants

Et il est loin d’être le seul. Un autre membre du club, l’humoriste Thomas Schraepen, atteint d’arthrite psoriasique, explique le soulagement que lui procure le cannabis : « Les traitements très agressifs, utilisés normalement pour soigner des tumeurs, permettent de garder ma maladie sous contrôle temporairement. Le problème, c’est qu’ils induisent des effets secondaires qui bloquent mes reins et mon foie. Je ne peux donc pas prendre d’analgésiques. Maintenant, tous les plants de cannabis ont été confisqués et on se demande si Trekt Uw Plant pourra un jour redémarrer ses activités. »

Les gérants du cannabis social club sont soupçonnés, entre autres, de blanchiment d’argent et d’infractions à la législation sur les drogues. Willem doit aussi être entendu par la police : « Cette semaine, je dois me rendre au commissariat principal de la police locale d’Anvers. Ils me reprochent de posséder des stupéfiants. Je vais simplement leur raconter mon histoire, en toute franchise. Et s’ils souhaitent davantage d’informations, je les renverrai vers ma pharmacienne. Elle est au courant de ma consommation de cannabis. »

Le criminologue Tom Decorte (Université de Gand), qui a étudié le fonctionnement de Trekt Uw Plant, est très clair : l’utilité du cannabis à des fins médicinales a été prouvée pour certains patients. « Le sujet reste complexe, mais la science a démontré que le cannabis peut s’avérer efficace dans le traitement de certaines affections. Il ne guérit pas, mais atténue les symptômes. C’est justement pour cette raison qu’il a fait l’objet d’une réglementation dans neuf pays. Aux Pays-Bas, une source d’inspiration dans ce dossier, il revient à l’État de contrôler rigoureusement la qualité du cannabis et de le distribuer aux pharmacies. »

Sclérose en plaques

Le Bureau pour le Cannabis médicinal, une institution publique néerlandaise, fournit les informations nécessaires dans une brochure spéciale. L’État néerlandais considère qu’il existe une base scientifique qui prouve que le cannabis atténue efficacement la douleur et les crampes en cas de sclérose en plaques, les nausées et l’amaigrissement en cas de cancer et de SIDA, les douleurs chroniques, le syndrome de Gilles de la Tourette et les glaucomes résistant aux traitements. En outre, les médecins et les patients affirment que le cannabis soulage également les patients atteints de la maladie de Crohn, d’épilepsie, de migraines, de rhumatisme, de TDAH et de traumatismes cérébraux.

Dans notre pays, seuls les patients atteints de sclérose en plaque souffrant de spasmes musculaires graves peuvent consommer du cannabis à des fins médicales. Ceux-ci ne peuvent recourir qu’au spray Sativex, et ce, après s’être assurés qu’aucun autre médicament n’offre de soulagement. « Je reçois chaque jour des e-mails de patients qui me demandent conseil, raconte Tom Decorte. La politique belge en la matière n’est plus de ce temps, même si elle est conforme aux discours populistes. Il est urgent que le monde politique, médical et pharmaceutique ouvre un grand débat sur le sujet. »

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
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Date de publication : 23/05/2017