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Champagne au rabais : la fausse bonne affaire ?
04·12·20

Champagne au rabais : la fausse bonne affaire ?

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Crédit : Matej Tomazin via Pixabay

Du champagne à prix cassé ? Une aubaine ! a immédiatement pensé ma collègue. Sauf qu’elle ne se rend pas compte qu’elle devra le boire (presque) seule si elle veut respecter les règles sanitaires : deux personnes au maximum – son partenaire et un contact rapproché – pourront se joindre à elle. À moins évidemment qu’elle ne veille à respecter la distance de 1,5 mètre, ce que le breuvage effervescent ne devrait pas faciliter.

Ma collègue entend donc profiter des surplus des maisons de champagne françaises et je m’en réjouis pour elle. C’est la loi du marché : la baisse des prix fait grimper les ventes.

Je m’inquiète tout de même de ce que l’avenir nous réserve. D’autres marques d’alcool, qui ont aussi souffert de la crise et qui ont donc également besoin d’écouler leurs stocks, risquent de suivre le mouvement. En cette fin d’année, l’offre excédentaire d’alcool et le niveau des prix constituent deux facteurs exceptionnels qui soulignent l’urgence d’instaurer des mesures. Nous manquons en Belgique d’une politique globale en matière de consommation d’alcool et la période n’est pas vraiment propice aux remises sur quantité, car nous devons éviter que notre système de soins de santé, déjà saturé, ne subisse les conséquences de ce genre de promotions.

L’alcool est une très petite molécule qui trouve facilement son chemin dans notre cerveau. Son effet est immédiat : elle crée une sensation agréable chez les personnes qui en boivent, mais déclenche aussi l’envie d’en avoir plus chez les grands consommateurs. Or, le mécanisme cérébral responsable de cette pulsion réagit à la disponibilité du produit. Il en reste ? Allez, un dernier verre… Un fond de vin ? Ce serait dommage de gaspiller… Plus on en achète, plus on en boit. A fortiori pendant les « soldes ». C’est le même mécanisme neurobiologique.

86 % des Flamands restent dans les limites acceptables.

Notons que la plupart des consommateurs boivent peu, ce dont on peut se féliciter. Selon la dernière étude démographique de Sciensano, menée en 2018, seuls 14 % des Flamands dépassent régulièrement le maximum recommandé de 10 verres par semaine – la norme prescrite par le Conseil supérieur de la Santé pour réduire les problèmes de santé. Mais l’alcool fait toujours des dégâts : la fréquence, la durée, et la quantité détermineront, avec d’autres facteurs toxiques et génétiques, la vitesse d’apparition et la gravité de l’une des 200 maladies qui y sont associées. 86 % des Flamands restent donc dans les limites acceptables. Mieux encore : la moitié de la population ne boit qu’un verre par semaine, voire moins. Où est donc le problème ?

Il est souhaitable que la majorité de la population continue à consommer avec modération. Qu’il y ait de l’alcool ou pas, peu lui importe. Beaucoup sont même d’avis que l’alcool vient souvent gâcher la fête. C’est pourquoi ils en boivent peu, voire pas du tout. Ils n’en ont pas besoin pour se réunir, faire la fête ou s’amuser, même si les publicités suggèrent le contraire.

Les plus gros consommateurs sont plus susceptibles d’être tentés par des prix plancher proposés cette année. Ils y voient l’occasion de faire des stocks, ce qui les poussera à la consommation. Selon l’OMS, le niveau des prix, la disponibilité et le matraquage publicitaire sont les principaux moteurs de la surconsommation d’alcool.

Ajoutons que l’alcool n’est pas seulement dangereux pour la personne qui le consomme, mais aussi pour son entourage. Les accidents de la route le week-end en sont un exemple criant. L’OCDE a calculé la probabilité que nous soyons victimes de la consommation abusive d’autrui et que nous nous retrouvions à l’hôpital pour cette raison (accident, bagarre, violence intrafamiliale) à 70 sur 100.000. Admettons que le personnel hospitalier ne mérite pas d’être confronté, en plus de tout le reste, à ces urgences évitables.

L’étude de l’OCDE établit aussi que les personnes âgées entre 55 et 64 ans font partie de la tranche d’âge dont la consommation dépasse le plus la limite minimale autorisée. Or, ce groupe est le plus exposé aux problèmes de santé. Dans le contexte de la crise sanitaire, ils sont, après les plus de 65 ans, ceux qui occupent le plus de lits dans les hôpitaux.

Inutile de rappeler le caractère essentiel de la santé en période de pandémie. Il est donc plus que gênant de constater que d’une part, aucune restriction ne soit appliquée sur la vente d’alcool et que d’autre part, les producteurs d’alcool puissent agir comme bon leur semble pour écouler leurs produits.

Car si la population peut acheter les surplus d’alcool comme bon lui semble et à ses risques et périls, n’oublions pas une chose : au final, ce sont les soignants qui trinqueront.

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