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Un footballeur au Parlement européen

Photo cc chantrybee

18 septembre 2015

Un footballeur au Parlement européen

Temps de lecture: 5 minutes

Depuis quelques années, le milieu de terrain Ignazio Cocchiere est le chouchou des supporters de l’Union Saint-Gilloise. Ce que beaucoup ignorent, c’est que l’avant-centre italien travaille simultanément au Parlement européen. Ignazio Cocchiere, un jeune footballeur qui en a dans la cervelle.

Assis à une table du Red Monkey, l’un des établissements bordant la très chique Place du Châtelain à Ixelles, Ignazio Cocchiere s’est commandé un espresso. Le biscuit qui l’accompagnait est encore sur la soucoupe, intact. Comme le trahit son pull frappé du chiffre 1060, il porte la commune de Saint-Gilles et son illustre club de football dans son cœur. « J’adore vivre et jouer au football ici. L’Union est un club sympathique et familial. Les supporters y sont géniaux. Je les apprécie beaucoup et je crois que c’est réciproque. Ils ont même inventé une chanson pour moi : ‘Viva Ignazio, viva Ignazio, il préfère le stoemp aux pâtes au pesto‘. J’essaie de les remercier en me donnant à fond sur le terrain et en marquant aussi souvent que possible. »

Inter

Cocchiere est venu au monde à Varese, ville de Lombardie voisine de Milan, où il a passé toute sa jeunesse. Il y commence le football à l’âge de cinq ans. À sa majorité, il signe son premier contrat professionnel à l’Inter. Simultanément, il s’inscrit à l’Université catholique de Milan, où il obtient son baccalauréat en sciences politiques et en relations internationales, avant de décrocher plus tard une maitrise en politique internationale et européenne.

À l’Inter, il fait partie de la même équipe que Mario Balotelli (aujourd’hui à l’AC Milan) et que Leonardo Bonucci (Juventus). « Une équipe fantastique ! En 2007, nous avons même remporté le Primavera, le championnat des espoirs en Italie », raconte-t-il. Lorsqu’il arrive pour la première fois au centre d’entraînement de l’Inter, il est ébahi. « Le complexe était magnifique et on s’entraînait juste à côté de l’équipe première. Je me souviens que notre entraîneur nous rappelait sans cesse de garder les pieds sur terre. Combiner football et études n’a pas été facile, mais grâce à une bonne organisation, je m’en suis sorti. J’ai tenté ma chance à l’Inter, où je n’ai finalement pas percé. Je ne nourris aucun regret, je suis satisfait du déroulement de ma carrière. »

Études universitaires

Après son bref passage dans le club milanais, Cocchiere poursuit sa carrière en Suisse. « J’ai accepté une offre de Nyon, car l’Université toute proche avait un accord de collaboration avec l’université de Milan et je pouvais donc poursuivre mes études. En Suisse, j’étais avant tout footballeur, mais j’ai aussi consacré énormément de temps à mes études. »

La ville de Nyon abrite notamment le siège de l’UEFA (NDLR : l’association regroupant les fédérations nationales de football en Europe), à qui il doit plusieurs anecdotes amusantes : « lorsque des arbitres internationaux venaient s’y former, on nous demandait de simuler des situations de match : faire des plongeons, nous mettre en position de hors-jeu, commettre des fautes volontaires pour confronter l’arbitre à des situations de crise. C’était hilarant, car cela nous donnait un peu l’occasion de prendre notre revanche sur eux ! »

Cocchiere joue pendant deux ans en Suisse, avant de retourner à l’Université de Milan pour obtenir son diplôme. Il réussit sa dernière année d’études avec brio et, en septembre 2012, il entame son travail de fin d’études. Il demande alors à son club de Caronesse de lui accorder quelques mois de vacances pour se concentrer entièrement à son mémoire. « Mon travail traitait de la protection civile à l’échelle européenne. Dans le cadre de mes recherches, j’ai été amené à me déplacer à Bruxelles pour être au cœur des institutions. Je pouvais aussi plus facilement y interviewer des fonctionnaires européens. Je ne devais normalement y rester que quelques mois, mais une fois mon mémoire terminé, j’y ai posé mes valises pour une durée indéterminée. »

Combiner une carrière de footballeur avec des études universitaires n’est pas donné à tout le monde. « Je n’ai certes jamais fait partie des tout meilleurs, mais je me suis toujours donné à fond pour mes études. Mes parents m’ont aussi toujours soutenu dans cette entreprise, en me donnant des conseils avisés, sans jamais me mettre de pression. Ils me disaient que je devais avoir un plan B, au cas où ma carrière de footballeur se dirigeait sur une voie de garage. Je les ai écoutés et j’ai donc entrepris des études en sciences politiques. J’avoue avoir choisi cette orientation un peu par hasard, mais je crois avoir bien fait, car les choses ont encore mieux tourné que je ne pouvais l’imaginer. »

Son travail de fin d’études en poche,  Cocchiere est immédiatement engagé au Parlement européen. Il y travaille comme collaborateur d’un parlementaire italien. « Heureusement, j’y bénéficie d’un horaire flexible, que je peux combiner avec le football. Mais mes journées sont bien remplies ! Je travaille de tôt le matin à tard le soir, mais j’aime cette vie pleine. Et puis, j’adore mon travail. Lorsque vous prenez du plaisir à la tâche, tout est toujours plus facile. Il arrive que certains de mes collègues du parlement viennent me voir jouer en match, mais tout le monde ne sait pas que je suis footballeur. Au travail, je ne parle pas beaucoup de football, je le cache même un peu. Je ne veux pas paraître prétentieux. »

Un esprit sain dans un corps sain

Cela fait aujourd’hui 3 ans qu’il réside à Saint-Gilles, non loin du parc Duden. C’est le destin qui l’a conduit à l’Union. Désireux de prendre un peu de bon temps après ses études, Cocchiere décide d’aller voir le match de l’Union contre le BX Brussels. Il tombe alors sur Ibrahim Maaroufi, avec qui il a joué à l’Inter quelques années auparavant. Ce dernier décide alors de le présenter à la direction du club. Une semaine plus tard, il y effectue un test concluant et signe son contrat. « Le club était alors en difficulté sportive. J’ai finalement marqué six buts en six matchs, dont celui du maintien en troisième division, arraché à la 94e minute du dernier match contre Leopoldsburg ! La saison dernière, j’ai été le meilleur buteur de l’équipe. Tout va bien pour moi actuellement. »

Avec lui, l’Union compte dans ses rangs un vrai compétiteur. « J’aime le football, peut-être même trop. Je veux toujours m’entraîner, même lorsqu’il pleut à verse. Cette envie de jouer, je l’ai depuis ma plus tendre enfance. Le plus important pour un footballeur, c’est l’envie. Le jour où je n’en aurai plus, je raccrocherai immédiatement les crampons. J’ai un grand esprit de compétition et une volonté constante de m’améliorer. Avec l’équipe, j’espère terminer dans le top huit cette année. »

Cocchiere n’a pas l’intention de quitter son club de sitôt. « Je me sens bien ici et je veux y rester, même si tout peut parfois aller vite. Vous ne savez jamais ce que l’avenir vous réserve. Si on me propose un poste intéressant au Parlement et que celui-ci n’est plus combinable avec le football, je choisirai certainement ma carrière de fonctionnaire. Mais pour l’instant, je n’y pense pas. J’ai 27 ans, je me sens bien dans mes baskets et je veux continuer à jouer. Je n’aime pas trop les projets à long terme, j’essaie de profiter du jour présent. »

Bruxelles : deux villes

À Bruxelles, le footballeur italien se sent chez lui. “Il y a deux villes à Bruxelles : la bulle des institutions européennes et la vraie ville. Ce sont deux mondes très différents, dont j’ai la chance de faire partie. Je suis fier de dire que je connais bien la ville, ce qui n’est pas nécessairement le cas de beaucoup d’autres étrangers. »

Même si sa famille et ses amis lui manquent, il estime que sa maison est aujourd’hui ici, en Belgique. « Quand je pars en Italie, j’ai déjà envie de revenir après trois jours ! C’est sûr que la cuisine italienne me manque. Chez moi, à la maison, je mange surtout des pâtes, que je préfère quand même au stoemp ! Et puis, c’est plus facile, car je n’ai pas de petite amie à la maison pour préparer le repas en mon absence. J’ai déjà deux métiers, impossible d’en ajouter un troisième (rires). »

Killyan Dauvillé et Ken Lambeets

L’article en V.O. sur Brussel Nieuws

Traduit du néerlandais par Guillaume Deneufbourg

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