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3 novembre 2020

Ruée vers les magasins à Anvers : le petit jeu politique du valet puant

Temps de lecture: 3 minutes

La ministre de l’Intérieur, la gouverneure de la province d’Anvers ou le bourgmestre d’Anvers auraient pu éviter qu’une telle foule se rue dans les commerces anversois ce dimanche. Mais finalement, nul n’est intervenu.

« C’est cynique et incompréhensible », a réagi hier Cathy Berx, la gouverneure de la province d’Anvers. « C’est la Toussaint, le jour où nous commémorons nos morts. Quelle idée d’organiser un jour exceptionnel d’ouverture des magasins en pleine pandémie, quand on sait à quel point le virus circule rapidement. » Mme Berx n’a pas épargné le bourgmestre anversois Bart De Wever (N-VA) : « J’espère seulement que les gens, au moins, auront la sagesse de ne pas s’y rendre. »

À la vue des images des rues commerçantes bondées au centre d’Anvers, le ministre fédéral de la Santé Franck Vandenbroucke (SP.A) a réagi fermement sur VTM Nieuws : « Évitez d’y aller si ce n’est pas strictement nécessaire, a-t-il recommandé. Les foules de ce genre sont dangereuses. Regardez la situation dans les hôpitaux. » L’institut scientifique de santé publique Sciensano a également fait part de sa forte désapprobation. Mais dans ce cas, pourquoi personne n’a-t-il annulé cette ouverture des magasins ?

Irresponsabilité ou alarmisme ?

À qui la faute ? Cette question a marqué, hier, le lancement d’un petit jeu bien connu des politiques : le valet puant. En principe, le gouvernement fédéral tout comme les gouverneurs de provinces ou les bourgmestres sont habilités à annuler l’ouverture de magasins. La porte-parole de la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) a commencé par pointer du doigt les bourgmestres : « C’est au niveau local qu’il faut prendre l’initiative. » Elle a ensuite ajouté : « La gouverneure pouvait aussi intervenir, mais seulement en concertation avec notre cabinet, qui aurait d’emblée donné son aval. »

Mme Berx, gouverneure de la province d’Anvers, a signalé qu’elle avait envoyé un e-mail ce samedi aux bourgmestres de sa province, afin de préciser qu’il valait mieux ne pas ouvrir les magasins ce dimanche, tout en laissant aux bourgmestres le soin de trancher en dernier recours. Quant au bourgmestre anversois, Bart De Wever (N-VA), il rejette la responsabilité sur Annelies Verlinden et le gouvernement fédéral : « Pour empêcher cela, il aurait fallu que les mesures du fédéral entrent en vigueur immédiatement. » Seul résultat concret : personne n’a agi.

C’est surtout la N-VA qui se montre ennuyée par l’image de dirigeant irresponsable qu’a véhiculée son président. Le parti s’était concerté en interne ce samedi. Lors de la réunion, De Wever avait insisté sur le fait que les magasins ouvriraient dimanche à Anvers, comme prévu, mais qu’il allait faire rigoureusement respecter les règles. C’était, par ailleurs, également la ligne de conduite préconisée samedi après-midi par le centre national de crise, qui, dans un mail aux gouverneurs provinciaux, n’avait pas appelé à une interdiction générale.

« Et c’était aussi la ligne de conduite du gouvernement fédéral vendredi », s’agace Peter De Roover, chef de groupe N-VA à la Chambre. Pour lui, les ministres fédéraux ont surtout voulu jeter le discrédit sur De Wever. « Soit l’ouverture des magasins le dimanche était réellement irresponsable, et ils auraient dû l’interdire dès vendredi, soit ils jouent les alarmistes. Jeudi, le gouvernement a insisté, à l’unisson, sur l’importance d’envoyer des consignes communes à tous les citoyens, mais pour l’ouverture des magasins le dimanche, c’est à chaque bourgmestre de décider dans son coin. Le gouvernement fédéral fuit ses responsabilités. »

De Wever a aussi souligné, au micro de la VRT, qu’Anvers n’était pas la seule ville à avoir autorisé le shopping dominical et qu’il aurait mieux valu que le gouvernement décide d’une fermeture générale.

Beaucoup de bruit pour un oubli

La N-VA continue manifestement de louvoyer entre économie et santé publique. Ainsi, De Roover indique que la décision d’autoriser l’ouverture des magasins dimanche pouvait se justifier : « Dans de bonnes conditions, cela permettait à certains commerçants de ne pas devoir jeter tout leur stock à la poubelle. »

De plus, le parti reste tiraillé entre son rôle de leader au niveau flamand et son rôle d’opposition au fédéral, où il doit subir. Par exemple, le gouvernement flamand a été critiqué au début de la semaine pour le temps qu’il prenait à instaurer les mesures qui s’imposaient, avant d’être pris de vitesse par le fédéral. Et maintenant, De Wever se sent floué parce que l’arrêté fédéral s’est fait attendre trop longtemps. « L’arrêté ministériel visant à fermer les commerces était prêt hier (samedi, NDLR) soir, a-t-il regretté. Il aurait pu être publié ce matin (dimanche), mais cela ne s’est pas fait. »

Quoi qu’il en soit, la réalité est parfois moins spectaculaire que les petits jeux politiques. En effet, une source interne au Comité de concertation a admis qu’en réalité, les gouvernements, dans tout ce chaos, avaient tout simplement perdu de vue ce dimanche d’ouverture des commerces. Mais plutôt que de rectifier le tir ensemble samedi, nos politiques ont préféré s’accuser mutuellement.

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