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Paula Sémer, une pionnière de la télé qui brisait les tabous (quitte à se faire lyncher)

Image par Free-Photos de Pixabay

10·06·21

Paula Sémer, une pionnière de la télé qui brisait les tabous (quitte à se faire lyncher)

Temps de lecture : 2 minutes
Auteur⸱e
Herve Voglaire Sanchez
Traducteur⸱trice Herve Voglaire Sanchez

Comment en sommes-nous arrivés là ? Voilà ce qui vient à l’esprit au regard du parcours de Paula Sémer, grande dame de la télévision flamande née à Anvers le 9 avril 1925, dans le premier quart du siècle précédent, et décédée près de cent ans plus tard.

Une pédagogue vertueuse et audacieuse

Paula Sémer est morte par euthanasie, pratique frappée du sceau de l’illégalité durant la majeure partie de sa vie (la loi sur l’euthanasie date de 2002). Dans les années soixante, elle fut ce que l’on appelle aujourd’hui une pionnière de la télévision. À l’époque, chaque présentateur faisait office de professeur, s’adressant au gentil spectateur sur un ton parental, dans un néerlandais standard impeccable alors à mille lieues de la langue parlée par le commun des mortels. Toujours dans les règles de l’art et irréprochable à tous les égards, Paula Sémers s’est, elle aussi, forgée une image de pédagogue vertueuse tout au long de sa carrière. Mais sur le fond, elle a également repoussé certaines limites. Des limites qui prêteraient à sourire aujourd’hui, à l’heure où des gens se marient entre inconnus devant des caméras ou participent à des émissions de rencontre, comme il en existe tant, dans leur plus simple appareil.

Dans la Flandre profondément catholique du siècle passé, les tabous se heurtaient néanmoins aux clochers des églises. Dans une séquence sortie du placard par la VRT, Paula Sémer interviewait une « mère célibataire ». Dos à la caméra, l’infortunée devait coûte-que-coûte passer incognito, faute de quoi sa famille aurait coupé les ponts avec elle, comme l’usage le voulait. Au cœur des années soixante, la journaliste a également retransmis un accouchement, dont les images explicites ont suscité la commotion dans de nombreux foyers flamands, provoquant au passage une vive polémique pendant plusieurs mois. Des années plus tard, la famille en question a indiqué avoir dû changer de paroisse pour continuer à se rendre à la messe, scandale oblige. Car oui, nombreux étaient les Flamands qui fréquentaient l’office dominical.

Des lettres de menace qui ne sont pas sans évoquer un certain Marc Van Ranst

Paula Sémer s’est par ailleurs aventurée sur des sujets sensibles tels que la sexualité avant le mariage, la contraception, ou encore l’homosexualité. Son audace lui valut des lettres de menace, des « vous êtes répugnante » et autres « on devrait vous jeter du vitriole à la figure ». Autant de tirades incendiaires qui nous ramènent d’un coup à l’instant présent, à l’ère du lynchage médiatique qui fait rage sur les réseaux sociaux. Les attaques subies par Paula Sémer ont franchement de quoi faire rire Marc Van Ranst. À l’époque, personne ne comptait s’en prendre à la journaliste, lance-roquette ou fusil mitrailleur FN P90 en main. En cela, c’était le bon vieux temps. À condition d’être mariée, évidemment.

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