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Les investissements privés dans les soins de santé flamands suscitent la polémique
10·11·21

Les investissements privés dans les soins de santé flamands suscitent la polémique

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Pixabay License

« Ils sont à l’affut ». Cette phrase, nous l’avons entendue plusieurs fois au fil des recherches que nous avons menées pour notre série sur les maisons de repos. « Ils » fait principalement référence aux grands fonds de placement immobilier et aux entreprises de soins de santé multinationales étrangères.

Que guettent exactement ces sociétés privées avec tant d’impatience ? Un vote imminent au Parlement flamand sur une modification de décret prévoyant d’autoriser les investissements privés dans les soins de santé publics flamands. Depuis quelques mois, cette question est au centre d’un débat particulièrement controversé. Selon les partis majoritaires flamands, il s’agirait d’une solution idéale pour renforcer les capacités des autorités locales. Les partis d’opposition, les syndicats et de nombreuses organisations de la société civile y sont, quant à eux, fermement opposés.

S’il est positif qu’un changement aussi important que l’autorisation des fonds privés dans les soins publics soit débattu, il est dommage que ce débat porte souvent à côté de la question. Pour les partisans du changement, le secteur des soins de santé générant peu de profits, nous devrions surtout nous réjouir que des entreprises privées souhaitent y investir. Pour les opposants, la commercialisation des soins de santé, c’est le début de la fin : la fin des soins de santé de qualité.

Une maison de repos sur trois déjà passée dans le giron privé en Flandre

Pour mener un débat correct, il faut des faits ­- des faits incontestables. Le journal flamand « De Morgen » s’est donc penché sur un secteur commercialisé de longue date : les soins aux personnes âgées. Environ un tiers des maisons de repos flamandes sont déjà aux mains d’une société commerciale ou d’un groupe de soins.

Que montrent nos recherches ? Les maisons de repos commerciales réalisent effectivement des bénéfices extrêmement faibles, voire nuls. En revanche, les fonds immobiliers possédant au moins une partie des bâtiments génèrent des profits manifestes. Une analyse des rapports annuels des fonds immobiliers cotés en bourse révèle qu’au moins 93 millions d’euros provenant des loyers du secteur des soins sont drainés chaque année vers ces fonds et leurs actionnaires.

Une logique économique qui suscite des questions éthiques

Ce qui nous amène à la question suivante : estime-t-on normal que des millions d’euros destinés aux soins disparaissent dans les poches de sociétés commerciales et de leurs actionnaires ? Et surtout : devons-nous laisser ces pratiques se poursuivre à tous les niveaux du secteur des soins publics flamands ? Non seulement dans les maisons de repos du CPAS, mais aussi dans les services publics d’aide à la jeunesse, les structures d’accueil des enfants, les hôpitaux publics et les services de santé mentale ?

Les maisons de repos commerciales se vantent volontiers d’être efficaces et de réaliser des économies d’échelle. Elles s’enorgueillissent d’acquérir des chariots de médicaments automatisés ou des dispositifs numérisés permettant de signaler qu’il manque de l’eau dans les frigos des résidents. Ces systèmes visent tous à réduire les coûts. Dans le même temps, le personnel se plaint qu’il peine à trouver le temps d’avoir avec les résidents une vraie conversation. Si les choses gagnent en efficacité, s’amélioreront-elles nécessairement ? Est-ce les soins que nous souhaitons pour notre fin de vie ? Il est surtout important d’en débattre.

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