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Le congé parental corona, une régression pour le statut des femmes

(cc) TheVirtualDenise via Pixabay

24 novembre 2020

Le congé parental corona, une régression pour le statut des femmes

Temps de lecture: 2 minutes
Auteur
Dominique Jonkers
Traducteur Dominique Jonkers

Il n’y a guère de bons côtés à la situation actuelle. Le coronavirus fait ressortir avec une acuité accrue certains problèmes préexistants de notre société, qu’il s’agisse du sous-financement chronique des soins de santé, du manque de personnel infirmier ou du fossé éducatif séparant élèves favorisés et élèves défavorisés. Si ces derniers éprouvaient déjà des difficultés, celles-ci risquent plus encore de s’aggraver.

Et voilà que le virus semble par surcroît nous replonger dans une époque qu’on croyait révolue, où prédominait le modèle économique du soutien de famille. Ce modèle où l’homme assurait la subsistance et où la femme était surtout censée s’occuper du ménage et des enfants.

Évolutions

À cet égard, pourtant, une évolution s’était déjà fait jour depuis quelques années. Depuis le milieu des années 90, les filles se sont mises à surclasser les garçons dans l’enseignement supérieur. Cela explique qu’on trouve de plus en plus de femmes à des postes élevés, et de plus en plus de couples où les deux conjoints ont des revenus équivalents. De nos jours, chez un jeune couple sur trois, la femme gagne même plus que l’homme.

Chez les hommes aussi, petit à petit, de nouveaux comportements se font jour. De plus en plus de jeunes papas optent pour un congé parental après la naissance de leur enfant. Ils sont encore nettement moins nombreux que les femmes, mais c’est de plus en plus fréquent. Ces tendances sont encore fragiles, mais considérées par les experts comme prometteuses depuis quelques années.

Modèle persistant

Et voilà que le coronavirus vient tout fiche en l’air. Les données de l’ONEm sur le congé parental corona, cas particulier de congé parental destiné à donner aux familles avec de jeunes enfants une bouffée d’oxygène, de mai à septembre dernier, montrent de manière très nette que c’est plus souvent la maman qui est restée à la maison pour s’occuper des enfants. Il semble donc que nous soyons revenus à la case départ. Peut-être cela s’explique-t-il en partie par la persistance de stéréotypes et par notre tendance, en cas de crise, à nous raccrocher à ce que nous connaissons. Mais cela va plus loin. Car comme le signalent à juste titre les experts, c’était écrit : il était inévitable que le congé parental corona attire davantage de femmes que d’hommes. C’était inhérent à sa conception, calquée sur celle du congé parental classique. On sait depuis longtemps que les régimes de congés assortis d’une rémunération plutôt faible contribuent à l’inégalité entre les sexes puisque c’est souvent le conjoint qui gagne le moins, alors, qui reste à la maison. Malgré de légères améliorations, généralement, c’est encore et toujours la femme. Et en temps de crise, cela se manifeste de manière encore plus marquée.

Régression

Le gouvernement fédéral précédent aurait donc dû savoir que son congé parental corona allait surtout concerner les femmes. Car qui ne change rien au concept d’un régime de congés ne doit pas s’étonner d’obtenir les mêmes résultats. C’est donc là qu’il faut chercher, en partie, la responsabilité de cette régression vers des schémas de genre dépassés.

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