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26 mai 2020

Le confinement a-t-il amélioré l’égalité hommes-femmes dans les foyers?

Temps de lecture: 4 minutes
Lotte Beckers
Auteur
Anne Balbo
Traducteur Anne Balbo

Quelle répercussion la crise du coronavirus a-t-elle sur la répartition des rôles au sein du couple ? Les hommes sont à la maison, mais ne s’investissent pas vraiment davantage dans la gestion des tâches ménagères. D’après une étude menée dernièrement par la VUB, ils s’acquittent néanmoins plus souvent de certaines routines ennuyeuses. « Quand on est toute la journée à la maison, on finit par passer l’aspirateur. »

« Quand je rentre le soir, mon mari est soulagé de me voir prendre la relève »

Depuis le début de la crise du coronavirus, Vincent Verbist (30 ans) est seul à la maison avec sa fille de 18 mois. Informaticien, il peut faire du télétravail. Sa femme, Annemie Willemen (32 ans), est employée à l’hôpital universitaire d’Anvers (UZA). Pas question donc pour elle de travailler depuis son domicile. « Quand je rentre le soir, mon mari est soulagé de me voir prendre la relève. Il se rend compte à quel point c’est fatigant de s’occuper d’un enfant durant toute une journée. »

En temps normal, Vincent participe bien sûr aux tâches ménagères, mais Annemie a le sentiment que le lockdown a rétabli un certain équilibre. « Vincent faisait le matin, moi le soir. Mais en fin de compte, j’étais déjà à pied d’œuvre très tôt pour préparer les vêtements ou nettoyer les biberons. Maintenant, je pars souvent avant que notre fille se réveille et quand je rentre, le plus gros est déjà fait. » Vincent acquiesce : « J’assume la majeure partie des tâches actuellement. Quand on est toute la journée à la maison, on finit par passer l’aspirateur. »

22 heures par semaine

La répartition inégale des tâches ménagères est toujours d’actualité : les femmes passent encore beaucoup plus de temps que les hommes à lessiver, nettoyer et s’occuper des enfants. Une étude sur l’emploi du temps de 2013, décryptée par la VUB, révèle que les hommes consacrent chaque semaine en moyenne 13 heures et 35 minutes aux tâches ménagères. Pour les femmes, ce chiffre grimpe à près de 22 heures.

Cette différence s’explique en partie par le fait que les hommes s’investissent davantage dans leur activité professionnelle. « Exercer un travail rémunéré est bien plus valorisant que de faire le ménage, explique le sociologue de la VUB Theun Pieter van Tienoven. Les hommes jouissent donc en quelque sorte d’un privilège qui les autorise aussi à se faire plaisir pendant leur temps libre. » D’après les résultats d’études menées auprès des ménages belges, les hommes ont en effet six à dix heures de loisir en plus par semaine que leurs femmes.

Les hommes ont en effet six à dix heures de loisir en plus par semaine que leurs femmes.

Mais que se passe-t-il lorsque toute la famille se retrouve à la maison et que la frontière entre le travail, le ménage et l’éducation des enfants disparaît ? Quelque 660 Belges ont complété pendant deux semaines un journal de bord à la demande de la VUB. Il apparait que l’écart s’est quelque peu réduit. Une tendance qui n’est pas liée au comportement des hommes – ils consacrent d’ailleurs cinq minutes de moins aux tâches ménagères qu’en 2013 – mais à celui des femmes.

« Certaines tâches généralement réservées aux femmes sont suspendues : nul besoin en effet de conduire et d’aller rechercher les enfants à l’école ou à leurs activités de loisirs, poursuit Theun Pieter van Tienoven. Nous supposons que les ménages limitent autant que possible les visites au supermarché et passent moins de temps à nettoyer. » En moyenne, les femmes consacrent actuellement 30 minutes de plus aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants que les hommes, contre une heure et demie avant la crise du coronavirus.

Un constat qui ne réjouit pas Theun Pieter van Tienoven : « Les hommes passent environ quatre heures de plus à la maison, on pourrait donc s’attendre à un changement d’attitude de leur part. » Ils se rattrapent toutefois le week-end.

Les choses ont changé

En ces temps de coronavirus, espérons que les hommes s’approprient certaines routines difficilement postposables et peu gratifiantes, comme laver le linge, ranger la cuisine ou s’occuper des enfants. « Les femmes s’occupent en règle générale des tâches routinières et les hommes des activités que l’on peut planifier plus facilement et qui représentent, en quelque sorte, une forme de détente, comme tondre la pelouse, nettoyer la voiture ou jouer avec les enfants », poursuit Theun Pieter van Tienoven.

Les choses ont tout de même changé aujourd’hui. « En temps normal, mon mari est rarement à la maison avant vingt heures, explique Miette (34 ans), mère de deux jeunes enfants. Il a régulièrement des réunions le soir ou est en déplacement à l’étranger. Depuis le début de la crise, il est à la maison et nous ne perdons plus de temps sur la route. Le résultat ? Mon mari m’aide beaucoup plus : il cuisine tous les soirs, par exemple. »

Nous sommes dans la même situation, cela crée un meilleur équilibre

Miette estime que son mari s’implique plus dans la gestion du ménage. « Nous faisons du télétravail tous les deux et devons fixer des accords clairs pour savoir lequel de nous peut s’isoler pour travailler pendant que l’autre s’occupe des enfants et du ménage. Nous sommes dans la même situation, cela crée un meilleur équilibre. »

Lutgard Vrints du Gezinsbond – le pendant flamand de la Ligue des familles – voit dans cette étude un côté positif. « Les différences persistent, mais il semble que les couples adoptent une répartition plus équilibrée. Les femmes n’assument plus de tâches supplémentaires. Les hommes s’investissent davantage le week-end. Cela semble indiquer un changement de mentalité. »

Cet effet sera-t-il durable ? « C’est une bonne question. D’un point de vue politique, il est très difficile d’encourager l’égalité hommes-femmes au sein du foyer. Le télétravail est toutefois appelé à se développer. Et nous constatons que les hommes qui passent plus de temps à la maison participent aussi davantage aux tâches ménagères », conclut Theun Pieter van Tienoven.

« Vincent ne comprenait pas »

« Je comprends plus que jamais à quel point il est difficile d’être un homme ou une femme au foyer, explique Vincent. On n’a jamais fini : au moment où l’on pense avoir tout rangé, on peut tout recommencer. » Une prise de conscience encourageante pour Annemie : « Vincent ne comprenait pas à quel point mon congé de maternité était éprouvant. Je pense que si nous avons un deuxième enfant, il le comprendra. »

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