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La Légion flamande, des néonazis armés qui s’entraînent dans des jardins

Crédit: Zack Culver via Pixabay

26·05·21

La Légion flamande, des néonazis armés qui s’entraînent dans des jardins

Temps de lecture : 3 minutes
Guy Van Vlierden
Auteur⸱e
Herve Voglaire Sanchez
Traducteur⸱trice Herve Voglaire Sanchez

La « Vlaams Legioen ». Ainsi se nomme l’organisation dont fait partie Jürgen Conings. Le fondateur n’est autre que l’auteur présumé de l’incendie criminel du centre d’asile de Bilzen. Si ce genre de mouvements attire en général des hommes plus âgés, la Légion flamande a récemment accueilli dans ses rangs un jeune homme d’une vingtaine d’années à peine engagé dans l’armée.

Le nom du groupe auquel appartient Jürgen Conings – l’information nous a été confirmée – sent la poudre. Et pour cause : durant la Seconde Guerre mondiale, la Légion flamande était une milice de volontaires partis combattre sur le front de l’Est sous le commandement de la SS allemande. Aujourd’hui encore, l’organisation utilise un drapeau qui renvoie à ce passé. Y figure la rune d’Odal, lettre proto-germanique associée à la symbolique nazie.

La version actuelle de la Légion flamande est née l’an dernier sous l’impulsion d’Emmanuel M., un Limbourgeois originaire de Zutendaal. Il s’agit de l’homme qui paradait avec des symboles nazis au volant de son pick-up lors d’un cortège automobile organisé par le Vlaams Belang. Deux ans plus tôt, il s’était fait remarquer par la presse britannique à travers un tweet adressé au bourgmestre de Londres, alors fraîchement élu. « J’espère que Sadiq Khan se fera sauter, comme le font les musulmans », avait-il écrit à l’époque.

Serment d’allégeance

Emmanuel M., suspecté d’avoir mis le feu au centre de demandeurs d’asile à Bilzen, a été arrêté en décembre dernier. Les faits n’ont pas encore été prouvés. L’homme est également connu pour être un maniaque des armes à feu, habitué des stands de tir où il s’exerce avec des armes de guerre. Il aurait également laissé des membres de la Légion flamande s’entraîner dans son propre jardin. Parmi eux se trouvait un certain Alexander G., un Ukrainien vivant à Tervuren lui aussi arrêté, pour suspicion de projet d’attentat.

Il n’est pas établi que Jürgen Conings ait pris part à ces entrainements. En revanche, la présence de l’un de ses amis, Mario V., l’est bel et bien. Ce dernier est un ancien militaire qui vit également dans le Limbourg. Il arbore encore son béret de para commando sur Instagram, bien qu’il semble avoir retourné sa veste. « Meine Ehre heisst Treue », peut-on ainsi lire son sur compte – la devise de la SS (que l’on pourrait traduire en français par « Mon honneur s’appelle fidélité », ndlr).

Jeunes pousses

Il est difficile d’estimer le nombre de membres de la Légion flamande avec exactitude. Sur Instagram, le groupe est suivi par 128 personnes. Et là où les groupes néonazis attirent surtout des hommes légèrement plus âgés, la Légion flamande semble également recruter des jeunes pousses. C’est le cas, par exemple, d’un suiveur de 22 ans tout juste diplômé en Sécurité publique qui vient d’entrer dans l’armée. Sur Facebook, il témoigne son soutien à l’égard de Schild & Vrienden. Au sein de ce groupe de jeunes mené par Dries Van Langenhove, ce ne sont d’ailleurs pas les admirateurs de Jürgen Conings qui manquent. Un partisan de Schild & Vrienden, âgé de 17 ans et originaire d’Ypres, a par exemple « liké » pratiquement toutes les publications de l’homme en fuite sur Instagram. Et Carrera Neefs, la jeune femme écartée de Schild & Vrienden pour avoir déposé des fleurs sur la tombe d’un SS, a agrémenté sa photo de profil Facebook du slogan « Jürgen’s Life Matters ». Dries Van Langenhove affirme de son côté que Carrera Neefs ne fait plus partie du mouvement « depuis l’incident des fleurs » et qu’il ne connaît pas le jeune homme âgé de 17 ans.

Je suis Jürgen

La vague de soutien dont jouit l’insaisissable militaire n’émane pas uniquement des milieux d’extrême droite, ce qui illustre à quel point les colères en tout genre ont tendance à s’unir ces derniers temps. Un groupe Facebook qui appelle à « sauver notre héros » compte déjà plus de 45.200 membres, tandis que le slogan « Je suis Jürgen » apparaît ci-et-là. Thomas Renard, expert en terrorisme, qualifie le phénomène de brassage dangereux « de gens qui s’opposent aux pouvoirs en place ».

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