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« Invasion » de Néerlandais à Anvers : la solution que personne n’ose avancer
11·01·22

« Invasion » de Néerlandais à Anvers : la solution que personne n’ose avancer

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Pixabay

À Anvers, la vague de Néerlandais qui a déferlé sur la ville a alimenté les conversations durant les vacances de Noël. Ce week-end encore, le centre-ville était le théâtre de marées humaines et d’embarras de circulation. Faut-il s’inspirer des villes européennes qui imposent un péage aux visiteurs ? En quinze ans, force est de constater que ce système n’a rien arrangé.

Quinze ans après la guerre des vignettes, il n’est toujours pas question de péage urbain pour les étrangers

Confinés dans leur pays, les Néerlandais se sont pressés chez nous. Et ils sont venus en nombre au cours de ces dernières semaines. De quoi ravir les commerçants et l’HoReCa, et un peu moins les riverains du centre-ville. Les bouchons hallucinants qui ont paralysé la ville ont suscité de nombreuses interrogations : ne pouvions-nous pas éviter le chaos ?

Souvenez-vous : il y a quinze ans, la Belgique et les Pays-Bas ont croisé le fer. L’accord du gouvernement flamand prévoyait la mise en place, à compter du 1er janvier 2008, d’une vignette routière destinée aux étrangers. Quiconque souhaitait encore passer par nos routes était censé s’acquitter d’un montant annuel de 60 euros.

Les Néerlandais, qui affluaient à Anvers chaque samedi soir en conquérants nocturnes, et qui sillonnaient nos routes chaque année en caravane, ont fulminé. Et De Telegraaf, le quotidien le plus lu du pays, a mis le feu aux poudres un lançant une campagne de boycott contre la Belgique.

S’en sont suivies de vives discussions pendant un mois. De nombreux Flamands voyaient d’un bon œil l’instauration d’une taxe permettant de limiter significativement le nombre de Néerlandais dans nos villes et sur nos routes.

Mais de l’autre côté de la frontière, les esprits se sont échauffés, donnant lieu à un florilège de réactions. « Qu’ils aillent bien se faire voir, ces Belges » ou « Que l’on bombarde ce foutu pays de tuberculeux » figuraient parmi les plus civilisées. Les Néerlandais se sentaient directement touchés au porte-monnaie.

Bobbejaanland

Un vent de panique a également soufflé sur nos zones frontalières. De Zandvliet à Postel, les tenanciers de restaurants, cafés et friteries craignaient de voir leurs revenus diminuer. Et le parc d’attractions Bobbejaanland, dont quatre clients sur dix venaient des Pays-Bas, a redouté le pire.

C’était sans compter sur l’Europe. Pour la Commission, la vignette routière pouvait constituer une discrimination envers les étrangers. La Belgique a rétorqué qu’il n’en était rien. Bien au contraire : les Belges étaient les seuls à payer pour leurs routes, alors que des millions d’étrangers de passage bousillaient l’asphalte local. Ce n’était que justice.

Et puis, coup de théâtre : fin mars 2007, le ministre-président flamand, Yves Leterme, a fait sauter la vignette routière lors d’une visite de travail rendue au premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende.

Sans doute le rôle des Pays-Bas dans l’approfondissement de l’Escaut – sujet qui figurait à l’agenda de la réunion – n’était-il pas étranger à cette décision. Reste que Leterme a toujours nié avoir utilisé la suppression de la vignette comme monnaie d’échange pour obtenir les faveurs des Pays-Bas dans ce dossier.

Finalement, une alternative à la vignette visant uniquement les poids lourds étrangers a vu le jour en 2016. Les chauffeurs routiers sont désormais tenus d’installer un boîtier électronique en cabine afin de mesurer le nombre de kilomètres parcourus sur notre territoire.

La peur de la sanction électorale

À l’exception des partis extrêmes, l’ensemble de l’échiquier politique flamand plaide à présent pour une taxe kilométrique intelligente sur les véhicules particuliers. Mais aucune formation n’ose mettre le sujet sur la table, par peur de sanctions électorales. Car cette taxe kilométrique n’est pas réservée aux étrangers ; elle s’applique en premier lieu à nous-mêmes.

L’Autriche et la Suisse utilisent déjà des vignettes, et de nombreuses villes européennes appliquent également un tel système ou d’autres formes de péage. L’automobiliste qui s’aventure à Paris ou Berlin sans vignette s’expose à la sanction.

Stockholm utilise des caméras qui photographient les numéros de plaque. Les non-Suédois reçoivent l’addition à domicile lorsqu’ils se rendent en voiture dans la capitale un jour de semaine. Les résultats observés sont éminemment positifs, à savoir moins de cohue, et moins d’émissions.

Reconnaissance d’immatriculation

La reconnaissance d’immatriculation aux portes d’entrée de la ville existe depuis cinq ans à Anvers, mais concerne uniquement les véhicules les plus polluants qui ne répondent pas aux normes « Zone basse émission » (LEZ). Tous les autres peuvent encore aller gratuitement jusqu’au Vogeltjesmarkt et poursuivre leur route à leur guise.

En revanche, les étrangers doivent s’enregistrer au préalable, faute de quoi ils s’exposent à des amendes en cas de contrôle. Curieusement, les Néerlandais sont exemptés de cette démarche, ce qui ne veut pas dire qu’ils échappent aux amendes LEZ pour autant.

Pour l’instant, la ville d’Anvers n’a pas l’intention d’instaurer un péage urbain, comme c’est le cas en Région de Bruxelles-Capitale. Mais en raison de nombreuses protestations de la part de navetteurs flamands (et wallons) et de responsables politiques travaillant à Bruxelles, cette ambition du gouvernement bruxellois a du plomb dans l’aile. Et en fin de compte, c’est toujours la même ritournelle.

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