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5 juillet 2016

La Flandre, plus belge que jamais ?

Temps de lecture: 2 minutes

Il n’y a pas eu une ville en Flandre où le lion flamand a claqué au vent avec autant de vigueur qu’à Lille. Et pas la petite ville de Campine, mais bien son homonyme française. Quatrième métropole de la nation française, berceau du père de la République, couveuse de l’immensément talentueux Eden H. et fière capitale de la Flandre française. Le fait que ce soit précisément cette ville — avec son beffroi et ses carbonnades de bœuf — qui, hier, ait été inondée de rouge avec l’arrivée de Flamands (et de Wallons) parés des couleurs d’un pays qui n’existait même pas lorsque Lille nous a été dérobée relève d’un surréalisme d’une certaine saveur. La Flandre française ? Que nenni : la Flandre belge.

La ferveur qui a traversé le pays ces dernières semaines grâce à Eden, Kevin, Romelu, Thibaut et les autres est un phénomène qui fait généralement baver les belgicains et donne des sueurs froides aux flamingants. Ou les pousse à secrètement arracher les drapeaux des murs. Dimanche dernier, votre serviteur a assisté à la chute des Hongrois dans le hall d’exposition d’une petite ville de province et a observé avec stupéfaction des centaines de fans — surtout des jeunes — clamer à tue-tête leur fidélité au roi, à la loi, à la liberté. Nous avons vérifié : dans cette même ville, la N-VA a récolté près de 30 % des voix en 2014. Bart de Wever et les autres ont-ils du souci à se faire ? Un nouveau vent d’utilitarisme soufflerait-il sur nos chaumières, à présent que même Jan Jambon et Steven Vandeput saluent le drapeau sept fois par jour ? La belgitude est-elle la réponse à notre État défaillant ? Sérieusement ? C’est une première par rapport à notre ressenti habituel. Dans chaque rue de Flandre, il se trouvait quelqu’un pour s’étonner de ce que son voisin hissait le drapeau tricolore. Mais ces étendards ainsi brandis n’ont jamais eu une dimension politique aussi faible. Carl Huybrechts est tout sauf un observateur neutre, mais il avait raison : le noir-jaune-rouge, ce sont surtout les couleurs d’une équipe de football sans égale. Typiquement belge, du reste, avec ses Flamands, ses Wallons, ses immigrés et son coach au parler exotique. Mais une équipe de foot, rien de plus.

Les Diables Rouges ont plus ou moins rempli leur partie du contrat.

Alors oui, ce pays avait bien besoin d’un coup de fouet après le 22 mars. D’un élan de positivisme. D’un exemple de multiculturalisme réussi. D’une fête. D’un regain de confiance qui viendrait donner à notre économie qui peine à se redresser le dernier coup de pied au derrière dont elle a besoin. Les Diables Rouges ont plus ou moins rempli leur partie du contrat. Mais nous n’avons jamais cru que ce phénomène s’inscrirait dans la durée. L’époque est trop plongée dans des incertitudes qui viennent ronger notre inconscient : le Brexit, la menace terroriste permanence, l’immigration, le fait que le gouvernement ait encore 8 milliards à assainir, la révolte sociale qui gronde et, oui, les timides prémices d’une nouvelle surenchère communautaire.

Enfin bon, on a eu ce qu’on a eu. C’était agréable, même si l’on reste sur notre faim. À présent, passons à l’ordre du jour sans drapeaux ni banderoles.

Dieter Dujardin

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