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Des heures supplémentaires de néerlandais, la solution pour rattraper le retard des élèves ?
03·09·26

Des heures supplémentaires de néerlandais, la solution pour rattraper le retard des élèves ?

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

© FatCamera via Canva

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Les élèves scolarisés en Flandre qui accusent un retard en néerlandais intègreront cette année des classes dédiées de « renforcement linguistique » ou devront suivre des cours de remédiation après leurs heures de cours. Cette nouveauté, voulue par la ministre flamande de l’Enseignement Zuhal Demir (N-VA), peut-elle réellement porter ses fruits ?

Rentrée sur les chapeaux de roue pour les élèves de l’école primaire De Wereldwijzer, à Tessenderlo. La ministre de l’Enseignement Zuhal Demir (N-VA) a en effet choisi leur établissement pour présenter, en avant-première, ses nouvelles classes baptisées les « taalheldklassen » (« les classes des cracks en langue », ndlr), qui font leur apparition cette année scolaire. À partir de la semaine prochaine, les enfants qui ne parlent pas encore néerlandais ou qui sont encore en train d’apprendre la langue, y suivront chaque semaine, en petits groupes, des cours de renforcement linguistique.

En ce 1er septembre, ils doivent se frotter à un texte consacré au « parkour » (PK), discipline sportive consistant à franchir le plus vite possible divers obstacles « urbains » en effectuant des figures acrobatiques. La maîtresse commence par lire le texte à voix haute, tandis que les enfants suivent du doigt. Puis vient leur tour. « On n’exerce pas seulement la technique de lecture, mais aussi le vocabulaire et la compréhension du texte, explique Ellen Liberloo. Nous utilisons les mêmes textes que les autres élèves de la classe, qui les lisent en même temps. La différence est que ces derniers peuvent aller plus loin dans l’analyse, tandis que nous nous concentrons sur les fondamentaux. »

En tout cas, le texte semble plaire. Même un peu trop, car l’un des élèves commence à lire avant qu’Ellen n’ait eu le temps d’effectuer sa première lecture. « Ce ne sera pas toujours aussi facile », sourit l’enseignante.

À De Wereldwijzer, les six élèves de cinquième qui suivent ces cours quitteront ainsi leur classe trois fois par semaine pendant une demi-heure pour travailler leur néerlandais. « Ces petits groupes laissent davantage de place aux erreurs et permettent de se faire corriger plus facilement », explique l’enseignante.

Trouver la bonne formule

À travers sa mesure, la ministre Demir ne se penche pas seulement sur les difficultés linguistiques dans l’enseignement maternel et primaire : lors de leur passage dans le secondaire, les élèves qui éprouvent encore des difficultés en néerlandais se verront également imposer trois heures de remédiation par semaine. La décision appartiendra au conseil de classe de l’école primaire, même si l’établissement secondaire peut ensuite la révoquer. Pour l’instant, 3 982 élèves devront suivre ces trois heures supplémentaires de néerlandais.

Les écoles reçoivent des moyens supplémentaires pour organiser ces cours de langue en dehors de l’horaire scolaire, mais disposent d’une assez grande liberté quant à leur mise en œuvre. Certaines organisent elles-mêmes les cours dans leurs locaux. D’autres préfèrent unir leurs forces avec plusieurs établissements des environs.

« Accorder davantage d’attention aux élèves qui maîtrisent mal la langue est une bonne chose, mais trois heures supplémentaires en première secondaire ne suffiront pas à résoudre le problème », tempère de son côté Ann Blomme, directrice de l’école GO! Dalton, à Gand.

« Dans l’idéal, les élèves devraient être répartis en petits groupes en fonction de leurs besoins. »

« Le néerlandais doit retrouver ses lettres de noblesse dans l’ensemble de l’enseignement en Flandre, mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. Pour l’instant, l’essentiel est de faire en sorte que ces heures supplémentaires soient utilisées de manière réellement efficace. »

Pour l’établissement gantois, l’exercice est loin d’être simple. Dans l’idéal, les élèves devraient être répartis en petits groupes en fonction de leurs besoins afin que les enseignants puissent travailler de manière ciblée avec chacun d’eux. « Mais nous n’avons pas assez d’heures pour le faire, regrette Ann Blomme. Nous sommes donc contraints de réunir des élèves que nous préférerions accompagner séparément. »

Ann Blomme est loin d’être la seule à rencontrer ce problème. Les moyens accordés aux établissements pour ces cours supplémentaires constituent une enveloppe fermée : leur montant n’évolue donc pas directement en fonction du nombre d’élèves concernés. Pour répartir ces moyens, la Flandre tient notamment compte du profil socio-économique des élèves de chaque établissement. « Nous avons actuellement une trentaine d’élèves qui ont reçu une attestation leur imposant ces cours supplémentaires, explique Christine Hannes, de la Spectrumschool d’Anvers. Je constate que les établissements tâtonnent un peu pour trouver la meilleure formule en pratique. Les moyens supplémentaires sont évidemment les bienvenus, mais ils restent insuffisants. »

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Combler le retard

Ces classes de renforcement et ces cours supplémentaires sont-ils réellement efficaces ? Une chose est sûre : depuis plusieurs années, les performances en lecture des élèves flamands reculent dans les évaluations internationales telles que PISA. Il y a quelques années déjà, des enseignants du supérieur avaient également tiré la sonnette d’alarme face à la baisse du niveau des jeunes en néerlandais.

« Tout dépend vraiment de la manière dont ces cours sont organisés », explique Jozefien De Leersnyder, professeure à la KU Leuven. « Des classes de langue totalement séparées du reste peuvent s’avérer contre-productives, car les enfants ne sont plus en contact avec le néerlandais que par l’intermédiaire de leur enseignant et perdent des occasions d’apprendre au contact de leurs camarades. Cette séparation peut également être stigmatisante et avoir des répercussions négatives sur leur bien-être social. »

L’approche choisie par De Wereldwijzer repose en revanche sur des bases scientifiques plus solides, estime Jozefien De Leersnyder. Les élèves bénéficient en quelque sorte du meilleur des deux mondes. Ils restent suffisamment en contact avec leurs camarades, notamment ceux qui parlent néerlandais à la maison, tout en ayant davantage d’occasions de prendre la parole et en bénéficiant d’un accompagnement plus étroit que dans une grande classe. L’enseignant peut ainsi corriger plus rapidement leurs erreurs, ce qui favorise l’apprentissage de la langue.

« Dans le primaire, un accompagnement intensif de ce type peut rapidement porter ses fruits. Mais plus les enfants avancent en âge, plus l’exercice devient difficile », ajoute Jordi Casteleyn, professeur à l’Université d’Anvers. « Avec des élèves plus âgés, il faut travailler de manière extrêmement ciblée et fixer des objectifs précis. Cela commence par un bon diagnostic des difficultés rencontrées. À défaut, autant ne pas se lancer. »

Jozefien De Leersnyder se montre elle aussi plus sceptique quant aux heures supplémentaires imposées dans le secondaire. « Les adolescents passent déjà énormément de temps sur les bancs de l’école. Prolonger encore leurs journées ne favorisera pas leur motivation. Il serait préférable d’investir davantage dans l’accompagnement et la formation des enseignants à la gestion du multilinguisme en classe. L’enquête TALIS montre d’ailleurs qu’ils sont eux-mêmes demandeurs. »

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