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25 octobre 2017

Apprendre le patois pour favoriser l’intégration en Flandre

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Le fossé qui sépare le néerlandais standard appris aux allophones et le néerlandais plus dialectal parlé en Flandre est énorme. 

« Lorsqu’un primo-arrivant parle quelques mots de dialecte, il est immédiatement considéré comme quelqu’un de chez nous »

« Toutes les formations en néerlandais pour allophones devraient comporter un module de tussentaal (une sorte de néerlandais flamandisé) ou de dialecte. » Sofie Begine (27), formatrice, a récemment mené un sondage auprès de 290 enseignants de néerlandais pour allophones dans le cadre de son projet Goesting in Taal (« Envie de Langue », goesting étant un mot de tussentaal). Parmi ces professeurs, 96 % reconnaissent que leurs étudiants, y compris les plus avancés, ont du mal à comprendre les Flamands ou à parler spontanément avec eux malgré les cours qu’ils suivent pendant des mois, voire des années. Dans le même ordre d’idées, 51 % des enseignants indiquent que leurs étudiants aimeraient en apprendre davantage sur la langue orale et les accents régionaux, et 43 % pensent même qu’il y a « une demande » en ce sens.

Notre néerlandais de Flandre, teinté de ses nombreux dialectes, constitue donc un obstacle entre les salles de formation et la réalité de la rue. Cette conclusion est confirmée par une étude de Chloé Lybaert (Université de Gand) : « En Flandre, nous suivons le Cadre européen de référence pour les langues. Et dans ce Cadre, qui définit les apprentissages, les variations par rapport à la langue standard n’arrivent que très tard, explique la chercheuse. Les primo-arrivants qui suivent un parcours d’intégration doivent atteindre le niveau A2. Mais à ce niveau-là, on ne parle pas encore de tussentaal, d’où la grande frustration des apprenants. »

Sofie Begine estime qu’il est de son devoir de changer les choses : « Dans mon cours, les étudiants abordent le langage oral du vrai Flamand. Ainsi, « Hallo, hoe gaat het? Goed, en met jou? » devient : « Hey, oe is’t? Ça va, en met u? » L’effet tient du miracle : lorsqu’un Flamand entend un allophone parler de la sorte, il le considère immédiatement comme « un des nôtres. »

Pour Sofie Begine, les allophones doivent commencer par apprendre le néerlandais standard. Ceci dit, elle plaide pour une connaissance active de la tussentaal. Dans le milieu de l’enseignement, par contre, le sujet reste délicat, car quel sera l’impact de la tussentaal sur l’apprentissage du néerlandais « correct » par les étudiants ?

Lieve De Wachter, de l’Institut des langues vivantes de l’Université de Louvain (KUL) : « Nous travaillons dès le premier jour à partir de matériel audio et vidéo authentique. Mais ce choix s’explique surtout par la nécessité, pour les étudiants, de nous comprendre, nous, tous les Flamands. La plupart d’entre eux aimeraient étudier ou travailler en néerlandais. Il est donc hors de question d’apprendre des listes de mots en tussentaal, car ceux-ci ne s’utilisent souvent pas dans la province voisine. »

Steven Delarue (Université de Gand), spécialiste de l’enseignement des langues et des dialectes, abonde en ce sens : « Donnons aux allophones quelques clés pour comprendre notre tussentaal flamande, mais en ce qui concerne l’apprentissage actif de la langue, il faut donner la priorité à la langue standard. »

Autre opinion, de Faroek Özgünes cette fois-ci : pour ce journaliste de VTM, qui parle couramment le dialecte de Saint-Trond et un meilleur néerlandais que le Flamand moyen, « si un primo-arrivant veut s’intégrer, il vaut mieux qu’il apprenne au plus vite quelques mots du dialecte de la région. Ensuite, il pourra s’attaquer au néerlandais standard. »

Pour le journaliste, il est important de procéder dans cet ordre : « La première étape vers l’intégration consiste à se sentir bien dans un groupe linguistique. Cela crée un lien de confiance et de fraternité avec l’environnement direct. Le néerlandais standard ne permet pas de créer ce lien. En revanche, même lorsqu’on vient d’Afrique et qu’on a la peau noire, il suffit de parler quelques mots de dialecte pour être considéré comme quelqu’un de chez nous. »

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