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Quand la taxe kilométrique réveille les vieux stéréotypes européens

(cc) Flickr: FNV Bondgenoten

4 avril 2016

Quand la taxe kilométrique réveille les vieux stéréotypes européens

Temps de lecture: 3 minutes

La taxe kilométrique pour les poids lourds a connu une première journée tumultueuse : longs embouteillages aux postes frontière entre les Pays-Bas et la Flandre et circulation perturbée en Wallonie à la suite de barrages installés par des camionneurs en colère. Les débuts chaotiques de la taxe pour les camions dans les trois régions belges alimentent une fois de plus, sans le vouloir, quatre préjugés tenaces : la désorganisation des Belges, la pingrerie des Néerlandais, la rigueur des Allemands, la ‘grèvite aigüe’ des Wallons.

Typiquement néerlandais

Vendredi, des centaines de camionneurs néerlandais sont restés coincés pendant des heures aux postes frontière avec la Flandre, comme sur l’E19 à Meer ou l’E314 à Maasmechelen. Ils faisaient la file dans un guichet mobile pour y acheter l’ordinateur de bord qui indique le nombre de kilomètres parcourus et calcule le péage routier.

En raison de la grosse affluence, les guichets mobiles sont vite tombés à court de boîtiers si bien que des appareils supplémentaires ont dû être amenés de toute urgence. Comble de malheur, les guichets ne fonctionnaient pas non plus tous correctement.

Les Néerlandais n’ont pas manqué de pointer vivement le manque d’organisation : « Typiquement belge. » La fédération Transport en Logistiek Nederland (TLN) va même examiner la possibilité de réclamer un dédommagement pour les préjudices économiques encourus à la suite des retards et embarras.

Les plaignants se sont toutefois vu répondre du tac au tac par le service public Viapass, qui gère le prélèvement kilométrique pour les trois entités régionales, et le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA). Ils reprochent unanimement aux chauffeurs néerlandais « d’avoir attendu trop longtemps avant de commander leur ordinateur de bord. Ils pouvaient déjà le faire depuis le 1er octobre de l’an dernier et ils ont donc eu suffisamment de temps pour se mettre en ordre pour le 1er avril ».

Pour Johan Schoups, administrateur général de Viapass, les Pays-Bas « ont informé plus que suffisamment à ce sujet ».

Pourtant, cette communication s’est soldée par un fiasco. Pourquoi ?

« Les Pays-Bas ont attaché beaucoup d’importance au courrier de la fédération du transport TLN qui insistait sur le report du prélèvement kilométrique », d’après Viapass. « Peut-être les transporteurs néerlandais ont-ils dès lors pensé qu’il n’était plus nécessaire d’être en ordre pour le 1er avril. »

Entendez par là : sans doute les Néerlandais ont-ils trop espéré ne pas devoir mettre la main au portefeuille. Cette radinerie se retourne cependant à présent contre eux.

Typiquement allemand

Contraste flagrant avec les postes frontière allemands, où pas un seul embouteillage n’a été signalé.

La rigueur allemande s’est une fois de plus vérifiée : vendredi, les chauffeurs allemands n’ont pas dû faire la file parce qu’ils avaient pour leur part commandé leurs ordinateurs de bord à temps. Près de 41 000 des 400 000 demandes officielles au total émanaient de chauffeurs allemands.

Les transporteurs allemands sont déjà habitués au phénomène du péage routier pour les camions dans leur propre pays, ce qui joue sans aucun doute un rôle. Pourtant, tout n’est pas aussi simple pour eux non plus, le boîtier belge n’étant pas compatible avec l’allemand.

Ce constat vaut pour tout transporteur international. Pour pouvoir circuler dans tous les pays européens, il faut pas moins de huit boîtiers différents.

Typiquement wallon

En Wallonie, des groupes de camionneurs furibonds se sont mis en route afin de manifester contre le prélèvement kilométrique. Ils ont monté des barrages sur bon nombre de carrefours stratégiques et d’autoroutes, dans le plus pur style des syndicats wallons, comme sur l’E411, Bruxelles-Luxembourg, sur l’E25 à Libramont direction Bastogne à hauteur de Villeroux, et dans des parcs industriels à Villers-le-Bouillet, Bastogne, Courcelles et Tournai.

L’approche wallonne contraste de manière criante avec celle des sociétés de transport flamandes qui, en dépit de leur colère partagée, se sont abstenues d’organiser des manifestations en Flandre.

Autre classique : les protestations terminées, la classe politique a directement réagi. Le gouvernement wallon a publiquement convoqué d’urgence le conseil d’administration du service interrégional Viapass. De son côté, le ministre flamand Ben Weyts (N-VA) s’est montré très peu enthousiaste à cette idée. L’administrateur général Johan Schoups a malgré tout accepté l’invitation afin « d’évaluer la première journée. »

Typiquement belge

Bien plus que les files d’attente rencontrées aux frontières par les acheteurs retardataires, on épinglera surtout les plaintes continuelles concernant les pannes techniques des ordinateurs de bord et le manque d’efficacité pour les résoudre.

La fédération belge des transporteurs Febetra a réitéré hier son accusation selon laquelle « des centaines d’ordinateurs de bord fournis ne fonctionnaient pas correctement ». Les plaintes sont multiples : l’appareil ne démarre pas, la connexion GPS n’est pas précise, les mises à jour du logiciel échouent…

Febetra ne veut absolument rien entendre de l’absence de solution satisfaisante à des problèmes « qui perdurent depuis des mois ». « Les promesses d’amélioration ne sont jamais menées à bien. Le malaise ne fait que subsister. »

Le call center consacré à la procédure d’aide, s’avère lui aussi souvent défaillant. « ‘Un chauffeur confronté à une panne de boîtier doit contacter le call center du fabricant, Satellic, et se rendre ensuite dans les trois heures dans un point de service de Satellic. Mais hier, impossible généralement de joindre ce call center, car il n’était apparemment pas en mesure de traiter les nombreux appels. »

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