Daar Daar logo

CC0 Pexels

19 février 2019

Retour à un socialisme « rouge vif »: le pari risqué du sp.a

Temps de lecture: 2 minutes
Bart Eeckhout
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Lors de son congrès électoral au titre évocateur, « Go Left », le sp.a a entamé un fameux virage à gauche. Un pari bien réfléchi.

Un pari bien réfléchi en effet, car il va dans le sens d’une évolution à une échelle plus large. Cette semaine encore, le magazine libéral The Economist a constaté non sans inquiétude qu’un nouvel électorat était mûr pour un socialisme plus rouge, ou plus classique. Un électorat fatigué d’entendre et d’apprendre que la majeure partie de nos richesses continuent de remplir les poches les plus remplies. Même en Flandre, ce message trouve des oreilles intéressées.

La nouvelle star de la gauche américaine, Alexandria Ocasio-Cortez, est devenue en un rien de temps le porte-étendard d’un socialisme rétro redevenu à la mode. Ce n’est pas un hasard que le sp.a se soit affiché ce week-end en présence de la cheffe de campagne d’Ocasio-Cortez.

Dans son programme, le parti propose des changements conséquents : supprimer le bonus au logement, généraliser l’accès aux crèches et réformer les droits de succession. Voilà une attaque audacieuse contre l’effet Matthieu, selon lequel les plus favorisés sont ceux qui profitent le plus des décisions politiques.

Rationnellement, il y a beaucoup à dire en faveur de ces mesures. Pourtant, elles comportent un risque de taille. L’effet Matthieu est le résultat d’une paix de Dieu garantissant depuis des décennies la paix sociale dans notre pays. Oui, la classe moyenne est lourdement taxée, mais elle reçoit aussi beaucoup en retour. S’il est mis fin à ce deal de manière unilatérale, la paix sociale et fiscale ne sera plus assurée.

Un parti de centre-gauche franchement socialiste, voilà qui détone dans une Flandre moderne majoritairement de centre-droite. Pour la première fois depuis Karel Van Miert, le parti s’éloigne de la classe moyenne progressiste.

Bien entendu, le sp.a est obligé d’agir. À sa gauche, le parti doit depuis peu laisser le rôle principal à Groen. Et plutôt que d’imiter la concurrence, il a raison de réaffirmer ses propres couleurs.

Si le sp.a approuve du bout des lèvres la pensée écologiste, il tente néanmoins de tester les convictions idéologiques des citoyens cosmopolites : sont-ils vraiment de gauche ? S’ils ne le sont pas, qu’ils votent Groen.

Ce choix sans équivoque offert à l’électeur portera-t-il ses fruits ? Rien n’est moins sûr. Il faut dire que le sp.a part avec un handicap : la crédibilité. Comment l’électeur peut-il être certain que les socialistes tiendront parole ? Comment s’assurer qu’ils ne se jetteront pas dans les bras de la droite à la première occasion, comme ils l’ont fait à Anvers ? L’une des nouvelles têtes prometteuses du parti, le bourgmestre de Louvain Mohamed Ridouani, a précisément le profil du citoyen de la classe moyenne urbaine verte et de gauche. Que se passera-t-il s’il monte à un échelon supérieur ?

Le socialisme rouge vif peut-il survivre à une nouvelle défaite électorale du sp.a ? Ou bien faudra-t-il qu’un énième congrès renverse à nouveau la tendance ? Le vrai drame de la social-démocratie flamande, c’est que personne ne peut exclure cette dernière hypothèse.

© DaarDaar ASBL 2017 - Mentions légales - Vie Privée