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25 avril 2017

L’orbanisation guette les partis flamands de centre droit

Temps de lecture: 3 minutes

Pieter De Crem (CD&V) est loin d’être idiot. En tenant un discours musclé dans nos pages, il savait très bien quelles en seraient les répercussions. Lorsqu’il avait affirmé, l’année passée déjà, que l’élection de Donald Trump et le Brexit pouvaient engendrer des retombées positives, il en a bien pris pour son grade, entre autres de la part de membres de son parti, à l’instar d’un Eric Van Rompuy qui lui a reproché de vouloir « prendre sa part du gâteau populiste ». Cette fois-ci, c’est un autre sujet, plus proche de nous, qui a fait l’objet de son franc-parler.

« Je ne crois pas en un islam européen, a-t-il dit ce week-end. Il me semble extrêmement difficile de concilier islam et valeurs occidentales » (De Standaard, 22 avril). Ces propos ont immédiatement suscité les réactions des jeunes CD&V Sammy Mahdi et Orry Van de Wauwer, suivis par Veli Yüksel et Youssef Kobo.

Et la N-VA d’applaudir et de féliciter le vaillant De Crem, tout comme elle l’avait fait lorsque le député Hendrik Bogaert avait plaidé pour la suppression de la double nationalité et lorsque la ministre de l’Enseignement, Hilde Crevits, avait appelé les parents d’origine étrangère à s’engager davantage dans la scolarité de leurs enfants.

Orbanisation

Faut-il encore se demander si le paysage politique glisse vers la droite dès lors que même la moitié de la gauche se considère à gauche en termes d’économie, mais à droite quand il s’agit de diversité ? John Crombez, président des socialistes flamands, l’avait confessé dans ces colonnes (DS, 13 août 2016) : « Fini pour moi, d’embellir la réalité ». Et là, on ne parle même pas de la droite.

Si les partenaires de coalition de la N-VA prennent des positions de plus en plus dures vis-à-vis de l’islam, c’est parce que les nationalistes flamands misent surtout sur le débat identitaire. Avant De Crem, c’était Gwendolyn Rutten, présidente de l’Open VLD, qui s’en était prise aux musulmans. Ce samedi, dans Het Laatste Nieuws : « Notre mode de vie est supérieur à tous les autres. » Puis, plus loin : « Le voile est une offense faite à tous les hommes. Portez-le si vous voulez, mais ne me demandez pas d’applaudir. » Au sein même de l’Open VLD, des tensions se font sentir entre les tenants d’une droite décomplexée et ceux d’une droite beaucoup plus douce incarnée par Bart Somers (le bourgmestre de Malines, que l’on pourrait considérer comme le libéral le plus « inclusif », ndlr), qui a toutefois de moins en moins voix au chapitre lorsque le parti cherche à se positionner.

Mais qu’en est-il d’un parti de centre-droit comme le CD&V ? Cas Mudde, un politologue néerlandais spécialiste du populisme, a qualifié les propos de « choquants, même pour De Crem ». « L’orbanisation du « centre »-droit européen se poursuit », a-t-il tweeté.

Dans l’émission de débat dominicale De Zevende Dag, Wouter Beke a pris ses distances par rapport à son secrétaire d’État. « Les gens qui veulent pratiquer l’islam dans notre pays le peuvent, mais uniquement sur le modèle d’un islam européen. Pour moi, c’est très clair. Pieter et moi avons des divergences d’opinion à ce sujet. » Pas de révolution, donc, au CD&V, qui reste au milieu du lit. Par contre, le lit s’est déplacé à droite.

Ce que démontre cet incident, c’est que pour le moment, De Crem et Bogaert font plutôt figure de cowboys solitaires dans l’aile droite du CD&V, mais aussi que quelque chose frémit au sein du parti. « Je me réjouis que notre parti fasse enfin une déclaration forte au sujet de l’intégration dans les médias », avait dit Koen Van den Heuvel, chef de groupe CD&V au parlement flamand, peu avant que Hilde Crevits commence à nuancer et à « contextualiser ses propos bien intentionnés » sur le manque d’engagement des parents étrangers à l’école. Maintenant que l’Open VLD communique aussi de plus en plus sans réfléchir, il convient de se demander combien de temps les rangs des démocrates-chrétiens resteront serrés au moment où les débats sur l’identité referont rage.

Et dès que ce débat sera mené parallèlement au débat sécuritaire, le président Beke aura du souci à se faire. En effet, dans son parti, la frustration augmente depuis longtemps car en cette matière, c’est la N-VA qui récolte tous les lauriers alors que c’est le ministre CD&V de la Justice Koen Geens qui fait tout le boulot.

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