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La N-VA fête ses 20 ans, quel bilan?
13·09·21

La N-VA fête ses 20 ans, quel bilan?

Temps de lecture : 5 minutes Crédit photo :

Isopix

Aubry Touriel
Auteur

9.000 membres de la N-VA se sont rassemblés dans le parc d’attractions Plopsaland à La Panne ce dimanche. Ils ont fêté la vingtième année d’existence du parti nationaliste flamand. Comment la N-VA est-elle passée d’un nain politique au premier parti de Belgique et quel bilan peut-on tirer après 20 ans de N-VA ?

Retour en 2001: la Volksunie est divisée en deux grands clans : celui de Bert Anciaux qui deviendra Spirit (et s’associera au sp.a) et celui de Geert Bourgeois qui deviendra la Nouvelle Alliance Flamande (N-VA). C’est d’ailleurs Geert Bourgeois qui endossera pour la première fois le rôle de président du parti nationaliste début 2002.

Lors de sa première participation aux élections fédérales en 2003, la N-VA atteint le seuil électoral et Geert Bourgeois devient député fédéral. Le seul dans l’hémicycle. L’été de la même année, le CD&V d’Yves Leterme offre une rampe de lancement à la N-VA en lui proposant de former un cartel. Cette union des forces flamandes s’avère un succès : les deux partis ensemble ont récolté 26 % des voix au Parlement flamand en 2004.

Le gouvernement Peeters voit alors le jour en Flandre, Geert Bourgeois se voit offrir le poste de ministre des affaires administratives, de la politique extérieure, des médias et du Tourisme. On doit donc trouver un remplaçant à la tête de la N-VA.

Actif dès les débuts du parti, Bart De Wever se présente et remporte sans souci l’élection interne en 2004 avec 95 % des voix. Selon les statuts de la N-VA, le président est censé s’arrêter après deux mandats, Bart De Wever en est à son sixième.

Parti devenu maître en Flandre…

Depuis l’arrivée de Geert Bourgeois dans le gouvernement Peeters en 2004, la N-VA n’a jamais quitté le gouvernement flamand. En septembre 2008, le cartel avec le CD&V est rompu à la suite de la démission ce même Geert Bourgeois. Pour la N-VA, le CD&V ne va pas assez loin sur le plan communautaire.

Désormais toute seule, la N-VA atteint 13 % lors des élections flamandes de 2009 et deviendra le premier parti de Flandre cinq plus tard. C’est d’ailleurs en 2014 que Geert Bourgeois reprend le flambeau de Kris Peeters.  Au niveau régional, la N-VA est parvenue à ce qu’elle voulait : régner sur la Flandre.

… mais pas à l’échelon local

L’un des objectifs affichés de Bart De Wever est que son parti devienne un « volkspartij », un parti du peuple. Autrement dit, la N-VA souhaite prendre la place du CD&V dans les communes, comme elle l’a fait au Parlement flamand.

En 2012, Bart De Wever et sa N-VA remportent la bataille pour le « Schoon Verdiep », l’hôtel de ville anversois face à Patrick Janssens. Le président de la N-VA a vaincu les socialistes qui étaient au pouvoir depuis 90 ans dans la métropole anversoise. Son rêve est accompli. Six ans plus tard, il rempile pour un deuxième mandat.

Même si la N-VA est parvenue à conquérir Anvers, elle ne détient que 5 des 13 grandes villes flamandes (centrumsteden) : Alost, Anvers, Hasselt, Saint- Nicolas et Turnhout. Au total, la N-VA compte 55 bourgmestres, dont la grande majorité (33) se trouvent dans la province d’Anvers. Les autres communes restent majoritairement la chasse gardée du CD&V qui comptabilise 107 bourgmestres. La N-VA n’a donc pas encore réussi à s’ancrer dans les communes aussi bien qu’elle le souhaitait.

Charles Michel : la marionnette de Bart De Wever?

Quelques mois après les élections de 2014, un gouvernement fédéral inédit voit le jour : la N-VA accède pour la première fois au pouvoir au fédéral. Au début, qualifiée de « kamikaze », la coalition entre la N-VA, le CD&V, l’Open Vld et le MR a ensuite hérité du nom de « coalition suédoise ». Question d’image.

La N-VA hérite de postes régaliens : Jan Van Overveldt est aux Finances, Jan Jambon à l’Intérieur, Steven Vandeput la Défense et Theo Francken l’Asile et la Migration. Ils devront notamment faire face à la crise migratoire de 2015 et aux attentats de Bruxelles.

Les partis du gouvernement Michel étaient tous de centre-droit, scénario idéal pour mener à bien des réformes socio-économiques. Sur papier, en tout cas. Même s’ils obtiennent un accord sur le tax shift et l’allongement de la pension, les trois partis flamands de la coalition fédérale n’arrêtent pas de se chamailler et d’autres réformes socio-économiques se font attendre.

Dans les médias, Charles Michel est qualifié de « marionnette de Bart De Wever », le président joue sur cette image qu’il dirige le 16 rue de la Loi depuis Anvers, mais le « pacte de Marrakech » montrera que la N-VA ne peut pas tout se permettre.

Le pacte de Marrakech: un mauvais choix

Sentant le souffle menaçant du Vlaams Belang dans le cou après les élections communales de 2018, la N-VA adopte un discours plus musclé sur la migration. Alors qu’ils sont encore dans le gouvernement, les ministres N-VA s’opposent soudainement au pacte de l’ONU sur les migrations fin novembre 2018.

Ce pacte « de Marrakech », comme le rebaptisent d’ailleurs Bart De Wever et ses membres, est devenu un symbole de principe pour le parti nationaliste flamand. La N-VA lance même une campagne très dure sur les réseaux sociaux contre ce pacte.

« On peut dire que c’était un mauvais choix, mais le plus cohérent”, concède le ministre flamand N-VA Ben Weyts à De Standaard. En quittant le gouvernement fédéral, le parti nationaliste n’a pas pu boucler tous les dossiers qu’il voulait, comme activer la révision de certains paragraphes de la Constitution afin de préparer une réforme de l’État lors de la législation suivante.

Changement de cap

À la suite des dernières élections fédérales, la N-VA était à deux doigts de conclure un accord pour former un gouvernement fédéral avec le PS, mais la Vivaldi a finalement vu le jour. La N-VA se retrouve à nouveau sur le banc de l’opposition, à côté du Vlaams Belang. Même si la N-VA reste le premier parti, elle a perdu des plumes lors des élections de mai 2019 : elle est passée sous la barre des 25 %. Elle se sent menacée par le Vlaams Belang qui obtient la deuxième place et 18% des voix en Flandre.

Après avoir s’être trébuchée sur le pacte de Marrakech, la N-VA a changé de cap : elle souhaite davantage se profiler comme un parti de centre conservateur, un peu sur le modèle de la CSU en Allemagne (parti bavarois allié à la CDU d’Angela Merkel).

La N-VA veut capter les voix chez l’Open Vld et le CD&V. L’élection des vice-présidents en dit long : Theo Francken n’a pas réussi à se faire élire vice-présidents de la N-VA, ce sont Valérie Van Peel et Lorin Parys qui l’ont emporté, deux profils qui incarnent la ligne sociale du parti.

Mais ce n’est pas pour autant que la N-VA délaisse les électeurs qui varient entre le centre et (l’extrême) droite du spectre politique. Voyant le succès du Vlaams Belang sur les réseaux sociaux, la N-VA investit à son tour en masse en publicités sur Facebook pour convaincre un maximum d’électeurs.

Communautaire : nada

Une chose est sûre : c’est qu’en 20 ans, le premier paragraphe des statuts de la N-VA n’a pas changé: « Dans sa quête vers une meilleure gouvernance et de plus de démocratie, la Nouvelle Alliance flamande opte logiquement pour la république indépendante de Flandre, État membre d’une Union européenne démocratique. »

Dans le discours, la N-VA ne plaide plus pour une indépendance pure et dure mais pour un arrêt intermédiaire : le confédéralisme, plus facile à faire digérer aux éventuels partenaires.

Dans les faits, la Volksunie n’a jamais atteint les scores électoraux de la N-VA mais elle a eu un impact sur les structures de l’État en co-signant le pacte d’Egmont en 1977. La Belgique passait alors un d’État unitaire à un État fédéral.

Interrogé dans De Zevende Dag, Bart De Wever, résume : « En 20 ans, nous avons atteint beaucoup, mais nous restons toujours sur notre faim par rapport à la réforme de ce pays. Ça ne marche plus, il faut mettre en place le confédéralisme. »

Après 20 ans sans résultat sur le plan communautaire, la N-VA arrivera-t-elle en 2024 à convaincre ses partenaires francophones à sauter dans le train du confédéralisme ? Bart Maddens, politicologue à la KULeuven met en garde dans De Standaard : « Si Bart De Wever veut entrer dans l’histoire comme l’architecte de l’autonomie flamande, 2024 est sa dernière chance. Si ça échoue, la date de péremption est en vue.”

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