Daar Daar logo

7 février 2019

Joke Schauvliege a été une ministre idéale pour le CD&V… et le Boerenbond

Bart Eeckhout
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

La ministre flamande de l’Environnement, Joke Schauvliege (CD&V), a été poussée à la démission à la suite de ses fausses déclarations et des réactions outrées qu’elles ont suscitées. Rien de plus normal. Cette fois-ci encore, comme après les nombreuses erreurs déjà commises par la ministre démissionnaire, on peut lire, entre deux réactions indignées, quelques signes de compassion ou de moquerie, c’est selon. Il faut dire qu’on a tendance à la sous-estimer, notre Joke, et c’est peut-être ce qui fait sa force en politique, malgré la récurrence de ses faux pas.

C’est en effet ce qui a toujours sauvé la carrière politique de Schauvliege. Depuis quinze ans, elle est la championne incontestée des voix de préférence en Flandre orientale. Elle a survécu sans peine aux stars de la région qu’étaient Freya Van den Bossche (sp.a), Mathias De Clercq (Open Vld) ou Jean-Jacques De Gucht (Open Vld). Au cours de la précédente législature, madame Schauvliege en a subi, des critiques acerbes. Pourtant, son électorat n’a pas bronché. Réagira-t-il cette fois-ci ? Rien n’est moins sûr.

Schauvliege connaît bien ses électeurs. Ce ne sont pas les citoyens cosmopolites de la ville de Gand. Ce sont les gens de la campagne, pour qui les longues rangées de maisons de la ville ne sont que l’évocation d’une réalité connue mais lointaine. Des gens aux traditions rurales et aux intérêts immuables, qui n’aimeraient pas voir leur quotidien transformé par des idées aussi « modernes » que la défense de l’environnement ou la protection du climat. Des gens qui votent encore CVP, et pas CD&V. Des gens que Schauvliege pensait charmer avec un message complotiste.

Tout au long de sa carrière, Schauvliege a déçu beaucoup de monde. Mais son électorat de base, jamais. C’est sans vergogne qu’elle a consacré sa carrière ministérielle à la défense des intérêts des grosses entreprises agricoles. Même ça, elle l’a admis dans un discours qui lui revient aujourd’hui comme un boomerang. Elle avait alors fait valoir sans gêne que, grâce à elle, le décret flamand betonstop, qui interdit toute nouvelle construction à partir de 2040, n’aura aucune répercussion sur l’agriculture. Un formidable tir cadré pour sa politique clientéliste.

Depuis deux législatures déjà, de nombreux dossiers environnementaux sont au point mort. Non pas que la pauvre Joke ne puisse pas faire mieux, non. En réalité, c’est bien la ministre Schauvliege qui, pendant tout ce temps, a gardé à dessein le pied sur la pédale de frein, à la grande satisfaction de son véritable employeur : le Boerenbond.

La direction du CD&V est tout à fait consciente de cela. C’est d’ailleurs la raison précise pour laquelle Schauvliege s’est maintenue pendant tout ce temps au gouvernement. Schauvliege était une marionnette du Boerenbond, le puissant lobby catholique des agriculteurs flamands, dont le CVP a de tout temps été le laquais. En fait, on ne peut même pas en vouloir à Schauvliege. Elle n’a jamais été que la ministre que son parti voulait qu’elle fût.

Depuis peu, le CD&V s’enrobe d’un costume plus moderne, plus progressiste, plus vert. Un costume trop fin pour lui, visiblement. Au plus profond de son cœur, le CD&V demeure la même machine de pouvoir qu’était le CVP, comme le démontre douloureusement son sabotage délibéré de la politique environnementale flamande de ces dix dernières années.

© DaarDaar ASBL 2017 - Mentions légales - Vie Privée