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Et soudain, la fin de la Belgique redevient un thème brûlant de la campagne
31·05·24

Et soudain, la fin de la Belgique redevient un thème brûlant de la campagne

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

© MarkRubens via canvas.com

Auteur⸱e
Dominique Jonkers
Traducteur Dominique Jonkers

C’est lors d’un débat l’opposant sur VTM et RTL au leader de la N-VA, Bart De Wever, que le président du PS, Paul Magnette, l’a assuré : jamais le PS ne collaborera à la fin de la Belgique. À l’instar du Premier ministre Alexander De Croo, Paul Magnette répond ainsi aux craintes que ressent son électorat à l’idée de voir les nationalistes flamands déposer leur programme de scission du pays sur la table.

Ce duel De Wever-Magnette, présenté par les deux chaînes de télévision commerciales comme une bataille opposant au candidat Premier ministre de la droite le candidat Premier ministre de la gauche, a été l’occasion pour chacun de ces deux ténors de faire valoir les points qu’ils pensent pouvoir marquer auprès de leurs partisans. C’est ce qui fait d’eux, l’un pour l’autre, les « meilleurs ennemis », formule qu’ils répètent à chaque élection – d’abord dans De Tijd et dans L’Écho, maintenant aussi sur VTM et RTL.

Si, au départ, ce qui opposait les deux hommes, c’étaient surtout les divergences socio-économiques (les mesures d’économie contre de nouveaux impôts), le duel de mardi soir fut surtout consacré à deux thèmes qui ne figuraient pas encore au centre de la campagne : l’immigration et la réforme de l’État. À l’issue du débat, Bart De Wever estimait avoir mis Paul Magnette knock-out sur la question de l’immigration, en le présentant comme un partisan d’une politique d’ouverture des frontières. Mais lors du dernier round, Paul Magnette a rendu coup pour coup, déclarant, à propos de la scission du pays, que le PS ne coopérerait jamais à la fin de la Belgique — thème qui continue de figurer tout en haut des statuts de la N-VA.

Dring Dring #2 : Un vote nationaliste = un vote pour une Flandre indépendante?

En réponse à la série de questions fermées (« oui -non »), Bart De Wever a fait savoir qu’il refuserait de monter à bord d’un gouvernement sans réforme de l’État — attitude qui, dans la campagne pour la prospérité de la Flandre, reste un handicap pour Bart De Wever et pour ses partisans. La N-VA veut séduire l’électeur flamand de centre droit par des recettes libérales de droite, qui sont en totale contradiction avec le menu de gauche présenté par le PS. C’est électoralement payant, ce que le plaidoyer pour le confédéralisme est beaucoup moins. Cela ouvre la porte à un risque de blocage et à d’interminables négociations gouvernementales, voire au chaos.

Et cette crainte, Paul Magnette, tout comme le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD), en joue clairement. IL s’est posé en défenseur des intérêts wallons, tout comme Bart De Wever se pose en défenseur des intérêts flamands. Quant à Alexander De Croo, il tente de se positionner dans ce match en ne laissant passer aucune occasion — comme lors d’un débat avec Jan Jambon radiodiffusé par la VRT — pour souligner que la population ne réclame absolument pas une réforme de l’État. D’où son message : si vous voulez voter libéral, mais éviter le chaos inhérent à une réforme de l’État, votez non pas pour la N-VA, mais pour l’Open VLD.

« Le gouvernement flamand n’a pas été capable de donner véritablement vie à son mantra du ‘ce qu’on fait soi-même, on le fait mieux' »

Pour Bart De Wever, ce ne sont là que des propos alarmistes. « Effrayer l’électeur libéral et espérer que les partisans du PTB voient dans Magnette le barrage qui les protégera du grand méchant loup de la droite nordiste ». Sur ce point, Bart De Wever a déjà mis en place sa ligne de défense : il n’utilisera pas son programme communautaire pour prendre en otage les négociations de formation gouvernementale. Il veut au contraire passer immédiatement à l’action avec un mini-gouvernement chargé de remettre de l’ordre dans les questions socio-économiques et budgétaires, pour ne travailler que dans une deuxième étape à la réforme de l’État. C’est en qualité de Premier ministre qu’il veut s’occuper des dossiers de fond.

De Wever & co. voient dans l’exemple de la Vivaldi une preuve de l’impossibilité de mener de grandes réformes à l’échelle fédérale – où la Flandre de droite et la Wallonie de gauche doivent s’accorder. Son analyse, c’est que cette approche-là n’a plus d’avenir. Son point faible, c’est que le gouvernement flamand n’a pas été capable de donner véritablement vie à son mantra du « ce qu’on fait soi-même, on le fait mieux ». Et si De Wever critique le PS, il semble toujours y revenir pour réaliser un revirement vers le confédéral.

Dring Dring #4 : Quelles sont les priorités des Flamands à la veille des élections?

Le président de la N-VA se réfère invariablement aux discussions qu’il a menées en 2020 avec Paul Magnette, lorsqu’a échoué la tentative de former un gouvernement ensemble. Il affirme avoir alors observé que Paul Magnette, en dépit de toute sa rhétorique électorale, voulait aller loin dans le démantèlement de la Belgique. Alors que le leader du PS, lui, affirme aujourd’hui qu’il s’agissait là d’une étape tactique sur la voie vers la Vivaldi. Dans l’intervalle, son discours sur la Belgique des quatre régions a lui aussi disparu.

Avec le Mouvement Réformateur (MR) — premier parti de Belgique francophone selon les derniers sondages — et avec la montée électorale des Engagés, de plus en plus d’observateurs mettent en avant le scénario d’un gouvernement de centre droit comme alternative à une Vivaldi II ou à une tripartite avec la N-VA. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, préconise depuis longtemps un remake d’une Suédoise (coalition de centre droit) « suédoise » ; Alexander De Croo a lui aussi sauté sur ce train-là, même s’il s’agit pour l’instant de science-fiction politique. En effet toutes les forces de centre droit réunies sont loin d’atteindre la majorité ; il leur manque encore huit sièges à la Chambre.

Bart De Wever non plus ne veut pas s’embarquer dans un tel scénario, mais il ne veut pas davantage s’engager avec le PS. Il se dit prêt à « créer un mini-gouvernement avec tout partenaire à qui l’électeur wallon aura donné une majorité, qui voudra s’engager dans un parcours budgétaire et qui acceptera, en parallèle, de parler de réformes structurelles institutionnelles et socio-économiques ». Ce qui est ironique, en l’occurrence, c’est que créer un mini-gouvernement et de mener des réformes de centre droit avec les partis wallons de droite, ce sera relativement facile, mais qu’il sera beaucoup plus difficile de trouver un accord communautaire. Alors qu’avec les partis de gauche, ce sera exactement le contraire.


Dring Dring, le podcast de DaarDaar qui vous fait découvrir la Flandre à vélo, revient avec une troisième saison spécialement consacrée aux élections. Écoutez les trois premiers épisodes de cette troisième saison spéciale élections :

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