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Et si on demandait à nos élus de retourner en Turquie et au Maroc ?

(cc) Kalhh via Pixabay

17 juillet 2019

Et si on demandait à nos élus de retourner en Turquie et au Maroc ?

Temps de lecture: 2 minutes
Auteur
Traducteur Maxime Kinique

Imaginez que le Premier ministre Charles Michel déclare que Zuhal Demir (N-VA) et Meyrem Almaci (Groen) n’ont qu’à retourner en Turquie pour y faire le ménage ou que le bourgmestre de Louvain, Mohamed Ridouani (sp.a), et Meryame Kitir (sp.a) feraient mieux d’aller combattre la criminalité au Maroc, où se trouvent leurs racines, plutôt que de critiquer le gouvernement.

De telles déclarations feraient assurément scandale mais c’est pourtant de propos du même tonneau que Donald Trump vient de gratifier les réseaux sociaux. Le président américain s’est en effet fendu de plusieurs tweets dans lesquels il somme quatre femmes parlementaires progressistes d’origine étrangère de « rentrer dans leur pays » afin d’y mettre de l’ordre. Trois des quatre personnalités visées sont pourtant nées et ont grandi aux États-Unis alors que la quatrième n’avait que dix-sept ans lorsqu’elle a quitté la Somalie pour rallier les States.

Certes, mais leurs parents ne sont pas « d’ici », elles ne sont pas blanches et ne s’appellent pas Jones ou Miller mais portent des noms comme Alexandria Ocasio-Cortez ou Ilhan Omar. C’est visiblement suffisant aux yeux de Trump pour les cataloguer comme des étrangères dans la société américaine dont les véritables attaches sont ailleurs. Oh, bien sûr, Trump n’a pas dit qu’elles ne pourraient pas revenir mais l’idée, c’est plutôt de les envoyer au plus vite loin du territoire américain. « Là-bas, les gens ont d’urgence besoin de votre aide : plus vite vous partirez, mieux ce sera. » Encore un peu et on en viendrait à croire que Trump se préoccupe vraiment des besoins des gens qui vivent ailleurs qu’aux États-Unis !

Réduire l’identité d’une personne à son origine, cela s’appelle du racisme. A fortiori si, comme en l’espèce, vous stigmatisez les parlementaires concernées en les présentant comme de « perfides détractrices » des USA, « la plus grande et la puissante nation au monde ». Comprenez : comment diable osent-elles, elles qui n’ont même pas leur place ici ? On rappellera qu’on parle ici de personnes qui ont été démocratiquement élues mais ce n’est guère le style de Trump de s’embarrasser de considérations de ce genre.

Que nous réserve encore le locataire de la Maison-Blanche dans les semaines et mois à venir ? À l’évidence, il est en train de durcir le ton dans la perspective des prochaines élections présidentielles. Avec l’Iran, il s’en est fallu de peu pour que la situation dégénère jusqu’à la guerre. Ses services d’ordre organisent des raids afin de repérer des illégaux. Et depuis ce lundi, les demandeurs d’asile en provenance d’Amérique centrale ou du Sud ne peuvent plus introduire de demande d’asile aux USA s’ils y arrivent via le Mexique : dorénavant, leur destin dépendra donc du bon vouloir des voisins de l’Oncle Sam…

Chez nous aussi, le thème des demandeurs d’asile s’est invité à l’agenda politique et on observe une profonde remise en question de la vision de l’asile selon laquelle toute personne fuyant véritablement la guerre ou étant en danger de mort dans son pays doit toujours pouvoir compter sur l’aide de notre pays, peu importe les circonstances dans lesquelles elle a débarqué chez nous. La vision américaine percole ici aussi. Reste à espérer que chez nous, le débat conservera un peu plus de hauteur. Et qu’aucun parlementaire ne devra être « renvoyé » en Turquie ou au Maroc !

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