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Élections 2024: ces bourgmestres qui renient la marque CD&V pour survivre
16·09·22

Élections 2024: ces bourgmestres qui renient la marque CD&V pour survivre

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

KURT DESPLENTER (Belga)

Guilhem Lejeune
Traducteur Guilhem Lejeune

Les bourgmestres de Kortenberg, de Kortenaken et de Brée ont d’ores et déjà décidé de ne pas se présenter aux électeurs sous les couleurs du CD&V. De nombreux autres hésitent à leur emboîter le pas. « Nous ne voulons pas faire les frais de la politique nationale. »

« Nous travaillons dans la grand-rue, pas rue de la Loi », résume Alexandra Thienpont, bourgmestre CD&V de la ville de Kortenberg, dans le Brabant flamand. La semaine dernière, elle a annoncé qu’elle ne se présenterait pas aux élections communales de 2024 sous la bannière du CD&V, mais sous celle de la formation « Équipe du bourgmestre de Kortenberg ». « C’est la seule façon d’attirer de nouveaux électeurs à l’aide d’idées constructives », affirme-t-elle. « Les citoyens ne se retrouvent plus dans les partis traditionnels. Ce n’est évidemment qu’indicatif, mais sur les réseaux sociaux, un message a bien plus de retentissement s’il est publié sur ma page personnelle que sur celle du CD&V. »

L’édile insiste sur le fait qu’elle reste membre du CD&V et qu’elle ne quitte pas la maison mère. « Ce sont des valeurs que je continue de partager. J’ai appris que des communes voisines faisaient la même chose. Peut-être qu’elles ont été galvanisées par les nombreuses réactions positives que j’ai suscitées. »

Tensions au sein de la majorité flamande : « Le CD&V nouveau est arrivé »

Cette tendance des bourgmestres en poste à vouloir tirer la couverture à eux par tous les moyens est renforcée par le nouveau décret sur l’administration locale, qui vient modifier les règles du jeu. En 2024, le vote obligatoire sera supprimé au niveau local. De plus, la liste ayant récolé le plus de suffrages obtiendra le droit d’initiative et l’attrape-voix du plus gros parti d’une coalition deviendra automatiquement bourgmestre. Sans compter qu’en 2024, les élections communales se dérouleront après les élections nationales. Les mandataires souhaitent éviter qu’une éventuelle défaite à l’échelon national entraîne encore des répercussions, quelques mois plus tard, au niveau local.

Liesbeth Van der Auwera, ancienne députée et actuelle bourgmestre de Brée, dans le Limbourg, n’arborera pas non plus la bannière du CD&V en 2024. Elle n’a pas encore décidé du nouveau nom qui sera donné à son mouvement : elle a prévu de communiquer sur ce sujet l’année prochaine. Même son de cloche de son côté : « Les citoyens ne veulent plus s’engager sous un nom classique associé à la politique bruxelloise. » Elle aussi affirme que bon nombre d’élus locaux réfléchissent à franchir le pas.

Les sondages sont mauvais

À Kortenaken, dans le Brabant flamand, la décision de se détourner du CD&V pour privilégier le nom « Kortbij » (littéralement « proche », NdT) avait déjà été prise au moins de juin. « On y réfléchissait depuis un moment, mais tout s’est accéléré en raison des mauvais sondages », explique Kristof Mollu, bourgmestre CD&V de la ville. « Si je me présente sous les couleurs du CD&V, on me demandera forcément ce qu’a fait mon parti pour lutter contre la hausse du coût de l’énergie, alors que je n’ai aucune prise sur ce problème. Nous allons nous détacher de la politique nationale pour faire de la politique proche des gens. »

À Kortenaken, les changements vont au-delà du simple nom : « Nous ne ferons plus partie du réseau du CD&V et je n’aurai plus de carte d’adhérent. Je ne veux plus prendre part à la politique traditionnelle. » Une démarche qui cadre parfaitement avec l’ambition que nourrissent ces élus : être la figure de proue pour conserver automatiquement l’écharpe de bourgmestre. Hier, l’antenne de Vooruit de Kortenaken a annoncé qu’elle rejoignait aussi le mouvement Kortbij.

Le cd&v peut-il arrêter sa chute ?

Linter, une commune voisine, risque également de basculer, même si rien n’a été décidé à ce stade. « Je n’ai rien contre le CD&V, mais ici aussi, on remarque que la population locale ne parvient plus à s’identifier à la politique nationale », analyse Marc Wynants, bourgmestre de Linter depuis 2004. « Les citoyens en ont assez de ces histoires de partis. Ils veulent soutenir celles et ceux qui entendent agir dans leur intérêt au niveau local. Nous ne voulons pas faire les frais de la politique nationale. D’ailleurs, des bourgmestres d’autres partis éprouvent le même sentiment. »

« Il n’y a rien de nouveau à ce que les sections locales se présentent sous leur propre nom. »

Au début de l’année, le bourgmestre CD&V de Bruges, Dirk De fauw, avait déjà laissé entendre, dans le Krant van West-Vlaanderen, qu’il n’était pas certain de se présenter aux élections communales sous la bannière du CD&V. « Rien n’a encore été décidé. Les élections, ce n’est pas pour tout de suite. » Il reconnaît toutefois que la question fait aussi débat en Flandre-Occidentale. « Le sujet fait plus ou moins de bruit selon que les sondages sont bons ou mauvais. Pour ma part, je ne crois pas qu’au niveau local, le nom du mouvement soit un facteur qui détermine le vote des électeurs. Il n’y a rien de nouveau à ce que les sections locales se présentent sous leur propre nom : “liste du bourgmestre”, “intérêts communaux”, etc. Et le CD&V n’est pas le seul parti concerné. En 2018, le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), avait conquis les Courtraisiens sous l’étiquette “Équipe du bourgmestre”. À Tirlemont, l’Open VLD a récemment été rebaptisé “Blauw Wit Tienen” (Bleu Blanc Tirlemont). » Mais pour le CD&V, qui a toujours misé sur sa force de frappe locale pour obtenir de bons résultats au niveau national, le risque est important.

Sammy Mahdi relativise

« Nous avons 120 bourgmestres », relativise le président du CD&V, Sammy Mahdi, par l’intermédiaire de son porte-parole. Il rappelle également que la plupart des sections qui changent de nom continuent de faire partie du réseau du CD&V. Il doit cependant admettre que cette tendance se manifeste beaucoup plus tôt que lors des élections précédentes. Il faudra beaucoup d’efforts pour convaincre ceux qui hésitent à se présenter aux électeurs sous les couleurs du CD&V. « Le parti travaille à une nouvelle offre destinée à mieux soutenir les sections dans la perspective de 2024. Il s’agira d’aides financières, de coaching et de nouvelles méthodes de campagne fondées sur les données. »

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