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Conflit à Gaza: «Où sont les larmes de De Wever?»
09·05·25

Conflit à Gaza: «Où sont les larmes de De Wever?»

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

(c) Belga

Laurence Hamels
Traductrice Laurence Hamels

« Il est décevant qu’un Premier ministre qui est membre d’un parti nationaliste flamand n’admette pas la réalité : qu’un État impérialiste est en train de rayer un peuple de la carte, le peuple palestinien. » Tels sont les propos que Bruno De Wever, historien à la retraite (université de Gand) et frère de Bart De ­Wever, a tenus hier lors d’une émission sur Radio 1. Il a ainsi formulé la question que de plus en plus de gens se posent, à savoir : pourquoi la N-VA ne se montre-t-elle pas plus critique envers les atrocités commises par Israël à Gaza ?

Jean-Marie Dedecker, député indépendant et ex-membre de la N-VA, a lui aussi tiré à boulets rouges sur Bart De Wever sur les mêmes ondes. « On ne peut pas aller à Boutcha les larmes aux yeux et les détourner ensuite de Gaza », s’est-il exclamé en allusion à l’émotion dont Bart De Wever a fait preuve lors de sa visite dans cette petite ville ukrainienne.

En veilleuse

Lundi dernier, au bureau du parti, la N-VA a décidé de revoir son positionnement sur Gaza et la reconnaissance de l’État palestinien. Désormais, cela doit être « équilibré : contre la souffrance humaine et en faveur de la paix. » Ceci dit, à ce stade, il ne s’agit que d’un projet. ­Zuhal Demir et Geert Bourgeois ont immédiatement envoyé des messages critiques envers ­Israël à tous les vents, mais le lendemain, c’était l’autre aile du parti qui se faisait entendre.

« Avec tout le respect dû, nous, Anversois, comprenons mieux ce qui se passe en Israël qu’une Zuhal Demir ou un Geert  Bourgeois », déclare Ludo Van Campenhout, échevin de district (N-VA) et défenseur de la communauté juive anversoise. « Sur le plan émotionnel, je peux peut-être encore comprendre leur réaction, mais l’indépendance de la Palestine n’est pas comparable à celle de la Flandre. Il s’agit d’une question extrêmement complexe qui implique d’en connaître les tenants et les aboutissants. »

Ludo Van Campenhout sort ses griffes, alors que les membres juifs de la N-VA ont pris un rendez-vous avec la présidence. À Anvers, ils se sont entretenus avec le président de la Chambre des représentants, Peter De Roover, et la bourgmestre Els van Doesburg. Lors de cette rencontre, ils ont convenu de « la mettre en veilleuse » quelque temps sur cette question et de faire preuve de retenue.

Comment la N-VA est devenue un parti pro-israélien

Colombes et faucons

Les choses ne se sont pas toujours passées comme ça au sein de la N-VA, surtout à l’époque de sa prédécesseure, la Volksunie (VU). En tant que parti nationaliste, il optait en toute cohérence pour l’autonomie de l’ensemble des peuples, y compris du peuple palestinien. « Notez que ce parti a toujours compté deux ailes », souligne le politologue Bart Maddens, spécialiste du nationalisme flamand. « Après la Deuxième Guerre mondiale, le mouvement flamand et la communauté juive d’Anvers se sont rapprochés. C’était aussi le cas au temps de la Volksunie. En même temps, ce parti aspirait au droit à l’autodétermination des peuples, y compris du peuple palestinien. Les deux coexistaient. »

Wilfried ­Vandaele, ancien chef du groupe parlementaire flamand de la N-VA confirme ces propos. « Le parti a toujours compté des colombes et des faucons. Toutefois, lors des discussions sur, par exemple, les armes nucléaires ou l’achat des F-16, ce sont généralement les colombes qui ont réussi à imposer leur point de vue. Je faisais moi-même partie de cette aile, qui plaçait le pacifisme et le nationalisme populaire au centre », affirme-t-il.

Selon Bart Maddens, le fait que, depuis que la VU est devenue la N-VA en 2001, le parti se tourne de plus en plus vers Israël est notamment dû à l’électorat juif à Anvers. « On observe exactement le même phénomène dans le cas du MR qui récupère des voix auprès de la communauté juive à Bruxelles », pense-t-il. « Un autre facteur est le malaise envers l’islam qui, comme dans de nombreux partis de centre droit en Europe a également crû au sein de la N-VA en raison de la pression de la migration. Cette tendance existe assurément aussi à l’arrière-plan. »

Tout comme Wilfried Vandaele, Jan Peumans, ancien président du parlement flamand, faisait partie de l’aile modérée de la Volksunie. « Nous étions des nationalistes populaires. Ensuite, de plus en plus de libéraux qui ne partageaient pas nos convictions ont tenu les rênes du parti. Sans compter le lobby anversois des Juifs libéraux que des membres du parti ont considéré comme plus importants que les Palestiniens », conclut-il.

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