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Puis-je avoir une vie sociale normale sans qu’on me demande pourquoi je porte le voile ?
25·07·22

Puis-je avoir une vie sociale normale sans qu’on me demande pourquoi je porte le voile ?

Aya Sabi est l’auteure du livre « Verkruimeld land » et écrit une chronique dans le quotidien De Morgen toutes les deux semaines.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Photo by Ebi Zandi on Unsplash

Auteur⸱e
Virginie Dupont
Traductrice Virginie Dupont

Qui dit barbecue dit convivialité. Pour l’occasion, j’ai cuisiné. Il y a des pommes de terre au four, ainsi qu’une salade de betteraves, olives, roquette et feta. Une salade de riz aussi, agrémentée de thon, mayonnaise, maïs et carottes. Sans oublier l’indispensable pain à l’ail.

La femme dont il est question dans cette chronique me qualifie de « bonne à marier » parce que je cuisine bien. Je trouve ce discours plutôt conservateur et teinté à la fois de mépris et de machisme. Les femmes se cantonneraient donc à leurs talents culinaires. Et les hommes seraient réduits à des individus qui choisissent un cordon bleu comme partenaire de vie. Mais je ne réplique pas parce que c’est un compliment et qu’il part d’une bonne intention.

À un moment donné, elle se tourne vers moi et le groupe se tait. Elle annonce qu’elle aimerait me poser une question « indiscrète ». La connaissance de soi est le début de la sagesse. Mais ce n’est que le début. Elle me demande pourquoi je porte le voile. Je lui réponds que je trouve sa question étrange, car je ne cherche pas à savoir pourquoi elle a enfilé un pantalon noir aujourd’hui.

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Ce qui suit est une interminable explication concernant son choix d’un pantalon noir ce matin-là et aussi de chaussures plates, alors qu’elle préfère normalement les talons parce que ça oblige les hommes à la regarder dans les yeux. J’ai de la peine pour elle, car elle doit se justifier stupidement devant tout le groupe en pleine fête. Quand on doit soi-même fournir l’explication, on sent à quel point c’est idiot. Mais bon, elle a posé la question en sachant que ce n’était ni l’endroit ni le moment pour le faire.

L’excuse toute trouvée ? Ça part d’une bonne intention. Peut-être, mais c’est tellement ennuyeux. Vous avez le droit de ne pas comprendre certaines choses. Mais j’ai aussi le droit de refuser de répéter les mêmes histoires, à tout le monde et à tout bout de champ. Un jour, une amie m’a dit qu’elle en avait plein le dos qu’on lui pose toujours la même question à propos de son adoption douloureuse : tu viens d’où ? C’est une fête. C’est un barbecue. On peut avoir une vie sociale normale ?

« Faites ce que vous voulez. Honnêtement, je me fiche du (pour)quoi de vos tenues. »

Comme c’est l’été, on me demande à longueur de journée si je n’ai pas trop chaud. Bien sûr que j’ai chaud, il fait plus de 30 degrés. Je devrais consulter un médecin si je ne ressentais pas la chaleur. Mais je n’ai pas forcément plus chaud en portant le voile. Le tissu adéquat peut protéger de la chaleur et des rayons nocifs du soleil. Mais je ne conseille pas aux gens de se couvrir pour avoir moins chaud ou se protéger du soleil. Faites ce que vous voulez. Honnêtement, je me fiche du (pour)quoi de vos tenues.

Plus tard, elle a ajouté que je faisais preuve de conservatisme. « Tu ne la connais même pas », a répondu une connaissance. De mon côté, j’ai justement trouvé sa remarque selon laquelle je serais bonne à marier plutôt conservatrice. So 1922, mais c’est OK.

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