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14 décembre 2015

Les petits princes du rail

Temps de lecture: 3 minutes

Le 23 avril dernier, je lisais ceci : « il est évident qu’au moins une partie de l’Accord de gouvernement restera lettre morte : le service minimum lors des jours de grève, c’est-à-dire la garantie qu’en cas de grève sur le rail, il y ait toujours suffisamment de personnel pour assurer les principales liaisons ». Le 22 avril, une grève du syndicat socialiste avait en effet suffi à bloquer tous les trains au départ de la capitale. Ce mercredi-là, les portes des gares de Bruxelles-Nord et de Bruxelles-Central étaient restées fermées, comme s’il s’agissait du jour de fermeture hebdomadaire. Même les partis du gouvernement les plus optimistes durent se faire à l’évidence et admettre que le service minimum était une illusion, à partir du moment où ne fut-ce qu’un seul syndicat décidait de s’y opposer. Huit mois plus tard, le gouvernement a déjà oublié la leçon : par la voix de sa ministre Jacqueline Galant, il claironne à nouveau que les trains rouleront même les jours de grève. Une femme courageuse, cette madame Galant. Mais sa témérité confine hélas à l’angélisme.

« Un service minimum présuppose un minimum de bonne volonté. »

Je mettrais moi aussi ma main à couper que ce service minimum n’est pas pour demain. S’il est souhaitable en théorie, il reste irréalisable. Comment organiser ce service minimum sans compromettre la sécurité des voyageurs ? Comment contraindre des milliers de cheminots à travailler alors qu’ils n’en ont aucune envie ? Et même en imaginant que ces signaleurs, ces conducteurs et ces accompagnateurs se présentent au travail, à contrecœur, dans quelle mesure (minimale ou maximale) rempliront-ils leur fonction lors de cette journée contrainte et forcée ? N’y a-t-il pas un risque que les voyageurs en paient les pots cassés ? Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle si vous pouvez bel et bien aller de Gand à Ostende, mais qu’il vous est impossible de rallier d’abord Gand au départ de Wetteren ? Quel intérêt y a-t-il de pouvoir rejoindre Mons au départ de Bruxelles, comme le ferait dans ce cas notre chère madame Galant, s’il vous est ensuite impossible de rentrer à Jurbise ?

Voilà pour les inconvénients pratiques. Les barrières psychologiques sont plus grandes encore : un service minimum présuppose un minimum de bonne volonté. Et manifestement, celle-ci manque aux syndicats des chemins de fer. Bonne chance à ceux qui comptent sur leur collaboration !

On pourrait en outre se demander au nom de quelle nécessité vitale on peut contraindre le personnel de la SNCB à venir travailler. Une grève perturbe votre planning et déstabilise l’économie, mais elle ne constitue pas en soi une menace à la santé publique ou à la sécurité. Tout au plus, elle est une source de nuisance et d’incompréhension. Le droit à la mobilité ? Concept vague. Le MR, la N-VA et l’Open Vld devraient aussi et surtout prendre conscience que le CD&V sera peu enclin à contraindre le syndicat chrétien à quoi que ce soit. Toujours défendre, encore et encore, la concertation sociale : dans le cas de la SNCB, on le fait en dépit du bon sens, mais pour le CD&V, la concertation est une partie intégrante de la philosophie du parti. C’est même le seul point vraiment crucial, au bout du compte.

En d’autres termes, le service minimum a des allures de geste sympathique envers le voyageur dupé, mais il ne permettra jamais de réduire l’omnipotence paralysante des syndicats du rail. Pour être efficace, il faut frapper là où ça fait mal : au portefeuille, c’est-à-dire à leurs subventions annuelles de plus de 10 millions, à leur budget de fonctionnement, aux cadeaux faits aux membres. Si la direction de la SNCB et le gouvernement veulent réellement prendre le taureau par les cornes, c’est cet élément qu’ils doivent remettre en cause. Car en définitive, il s’agit de votre argent et du mien. Et cet argent, ils sont en train de le jeter par les fenêtres.

Editorial de Jan Segers pour Het Laatste Nieuws

Traduit du néerlandais par Guillaume Deneufbourg

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