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23 août 2018

Congo: les excuses des Belges se font toujours attendre

Le festival de musique Pukkelpop a été la scène d’un incident à caractère raciste samedi dernier. Pendant le concert du rappeur américain Kendrick Lamar, deux jeunes femmes noires ont été importunées par un groupe de jeunes, qui ont entonné un chant raciste en néerlandais, filmé et placé ensuite sur les réseaux sociaux.

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« Coupons des mains, le Congo nous appartient ». Et au passage, allons encore piller quelques diamants. À travers une chanson qui se moque ouvertement des atrocités commises à l’époque, le passé colonial de la Belgique a ressurgi de manière brutale. Une page qui porte le sceau de notre monarque, Léopold II, lequel agissait pour son propre salut et celui de la nation. Des exactions perpétrées sous couvert d’aide humanitaire fournie à de braves petits noirs, trahissant ainsi les intentions louables de bon nombre de Belges. Résultat des courses : entre un et dix millions de morts. Avoir un tel bilan sur la conscience vous place derechef dans la catégorie des méchants.

En l’occurrence, il est contraire à toute morale de penser que le sujet puisse prêter à la plaisanterie. L’incident relève de l’ignorance absolue. Avant-hier, un des criards a présenté ses excuses. Il ne s’était pas du tout rendu compte du caractère potentiellement heurtant de la chanson. Ce qui ne le disculpe pas pour autant. Cette situation met – à nouveau – le doigt sur une plaie ouverte qui remonte à plus loin. Dans les tribunes d’un stade de foot, si des supporters se mettent à entonner un « Juifs, à la douche ! », nous savons immédiatement de quoi il s’agit et l’indignation est générale. Si, en revanche, une allusion est faite aux mains coupées au Congo dans un camping, nous nous sentons tout de suite moins concernés. Plus de soixante ans après, la face la plus sombre de l’histoire de la Belgique est toujours recouverte d’un voile pudique. Hormis un complément d’informations apposé au bas d’une statue de Léopold II et l’inauguration d’un square au nom de Lumumba, force est de constater que nous n’avons pas encore réellement pris conscience de notre passé colonial.

Guy Verhofstadt a présenté ses excuses pour le génocide rwandais car nous n’avons pu, en tant que nation forte, éviter le massacre. Une tragédie innommable dans laquelle la Belgique n’endosse qu’une responsabilité limitée. Le pillage du Congo, néanmoins, ne figure même pas dans les programmes d’enseignement officiels. Pas même une ébauche d’excuse n’a été prononcée. Manifestement, nous avons du mal à reconnaître une faute lorsque nous en sommes les seuls responsables. Nous peinons à faire amende honorable pour des abominations sur lesquelles l’empire de la famille royale et bon nombre de familles ont bâti leur fortune. Certes, cette pensée ne fera pas plaisir aux intéressés. Or un pays ne peut se sentir droit dans ses bottes que s’il a le courage de reconnaître ses torts du passé. Aussi accablants soient-ils.

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