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27 février 2016

#Cestjoelle : quand la grossièreté transcende les langues et les cultures

Temps de lecture: 2 minutes

Joëlle Milquet se dit « perplexe ». Qu’elle se rassure : elle n’est pas la seule. Nous aussi. Le fait que la ministre de la Culture de la Communauté française soit perplexe face à l’attribution de deux prix cinématographiques francophones à des acteurs flamands a en effet de quoi nous interpeller.

Selon la ministre, la remise de ces Magritte à Wim Willaert et à Veerle Baetens — pour un rôle en français, dans un film en français — donne l’impression « qu’on n’a pas de talents dans notre propre communauté ». Soit…

De l’autre côté de l’Atlantique, les Oscar, dont la cérémonie a lieu ce week-end, ont provoqué l’indignation parce que jugés trop blancs. Mais chez les mini-Oscar francophones, c’est l’inverse qui se produit : on s’indigne d’un signe d’ouverture consistant à récompenser un artiste flamand par un prix francophone.

#cestjoelle

Tout d’abord : de quoi la ministre se mêle-t-elle, au juste ? Et quelle vision étriquée, mesquine et nationaliste de la culture ! Si la situation était inversée, la N-VA n’aurait pas osé s’aventurer sur ce terrain (et si elle l’avait fait, elle se serait attiré des foudres, à juste titre). L’attribution d’un Magritte à un acteur marocain aurait-elle également laissé madame Milquet perplexe ? Ou réserve-t-elle ses propos discriminatoires uniquement aux sales Flamands (ndt, en français dans le texte) ?

Son attitude lui a valu l’apparition d’un hashtag sur Twitter : #cestjoelle. Une ironie que l’on perçoit aussi rue de la Loi, chez ses collègues de parti, ses partenaires de coalition et ses rivaux : « rien de nouveau sous le soleil, c’est du Milquet tout craché ». Certes, mais ce n’est plus drôle depuis longtemps.

On parle là de la femme politique qui, au beau milieu des élections, voulait que les voies aériennes contournent Bruxelles, car — authentique — ses enfants devaient étudier. On parle là de la femme politique qui, par son alarmisme sans fondement, a persuadé toute la rue de la Loi de fermer les écoles bruxelloises lors du relèvement du niveau d’alerte terroriste. On parle là de la femme politique qui souhaitait l’instauration de « safe rooms » dans les écoles alors qu’elles ne disposent même pas du budget pour prodiguer un enseignement digne de ce nom. On parle là de la ministre qui devait veiller à la bonne entente entre les communautés culturelles à Bruxelles… mais à qui l’attribution d’un prix à des acteurs flamands pose problème.

Les responsables politiques doivent déjà essuyer bon nombre de reproches. Inutile que les journalistes en rajoutent une couche. Mais parfois, on ne peut que constater que la grossièreté transcende les langues et les cultures.

Ce genre de choses ne devraient plus nous surprendre, mais le fait que les Belges francophones subissent la bêtise et l’incompétence crasses de cette femme politique depuis si longtemps nous laisse profondément perplexes. Plus est en vous, les amis francophones (ndt, en français dans le texte).

 

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