Une récente étude internationale menée en Flandre révèle l’ampleur de l’écart entre les résultats scolaires d’enfants de 5 ans selon qu’ils sont ou non issus de milieux défavorisés. Une directrice d’école primaire essaie d’inverser cette tendance.
« Voilà deux ans que nous avons mis en place de règles et de rituels clairs », explique Iny Hofstede, directrice de l’école primaire communale Kendoe à Anvers. « Notre école figure parmi 35 écoles flamandes particulièrement touchées par la précarité. Jusqu’il y a peu, les résultats n’étaient pas toujours à la hauteur. La nouvelle structure permet de consacrer plus de temps à l’apprentissage, et d’approfondir l’enseignement des matières. Nous plaçons la barre plus haut, et nous attendons davantage des enfants. Auparavant, certains apprentissages nous auraient paru trop difficiles pour les élèves de maternelle. Aujourd’hui, nous osons les leur proposer. Ainsi, en troisième, ils étudient désormais les organes, et c’est beau de les voir s’y investir. »
Cette école anversoise tente ainsi d’apporter une réponse au constat sans appel du rapport de l’étude IELS (Étude internationale sur l’apprentissage et le bien-être des jeunes enfants organisée par l’OCDE), publié hier : les enfants de cinq ans issus de milieux défavorisés y obtiennent des résultats nettement inférieurs à ceux des enfants de milieux favorisés. Cette étude, à laquelle la Flandre participait pour la première fois, évalue des enfants de maternelle dans huit pays sur leurs compétences mathématiques, de langage et socio-émotionnelles… Nulle part le fossé social n’est aussi profond que chez nous. Pour Katrijn Denies, responsable de l’étude au sein de la KU Leuven, « c’est dramatique. Manifestement, il nous manque, en classe, des méthodes permettant de combler ces écarts. »
Dès le début
D’autres études internationales menées auprès d’enfants de 10 ou 15 ans ont déjà abouti à des conclusions similaires. Cependant, la constatation, chez des enfants défavorisés, d’un grave retard dès le début de leur parcours scolaire, est particulièrement problématique. Pour certaines épreuves, notamment de langage, l’écart entre les deux groupes atteint 100 points (sur 500).
« La meilleure façon de résoudre ce problème, c’est de leur fixer à tous des attentes élevées. » Katrijn Denies, directrice d’une école primaire à Anvers
Déjà – et c’est peu encourageant – certains enseignants flamands prédisent à 30 % de leurs élèves de cinq ans un parcours scolaire difficile. Selon Katrijn Denies, « cette constatation alimente un mécanisme qui creuse encore l’écart. Devant un enfant muni d’un bagage limité, il arrive que des enseignants, inconsciemment, en viennent à éviter de les confronter à leurs limites, et leur confient des tâches moins complexes, par exemple, ou évitent de les faire intervenir lors de discussions de groupe. Malheureusement, agir ainsi, c’est compromettre leurs chances de s’épanouir. La meilleure façon de résoudre ce problème, c’est de leur fixer à tous des attentes élevées. »
Tout le monde dans le bain. C’est exactement la philosophie de Kendoe. L’une de leurs méthodes est la « causette en binôme ». Comme l’explique Iny Hofstede, « chaque enfant forme un duo avec son voisin ou sa voisine, et quand la maîtresse pose une question, chacun discute d’abord de la réponse avec son binôme. Ainsi, les enfants apprennent à réfléchir ensemble, et cela augmente leurs chances de s’exprimer. En troisième maternelle, chacun peut aussi disposer d’un petit tableau effaçable pour y dessiner ou y indiquer quelque chose. Cela fait partie des nombreux rituels destinés à impliquer tout le monde dans la leçon. »
Ces si fréquentes taquineries
Les rituels ont aussi pour objet de prévenir les comportements perturbateurs. Toujours selon l’étude IELS – d’après une enquête menée auprès des enseignants – un peu plus de 10 % des enfants asticotent souvent leurs condisciples, se disputent ou réagissent avec colère quand on leur demande de jouer autrement. Selon l’enquête, « dans une classe de 23 enfants, on compte en moyenne trois enfants de cinq ans (quasiment) incapables d’interagir avec leurs camarades sans conflit ». Sur ce point aussi, le score de la Flandre est moins bon que celui des autres pays participants. Katrijn Denies confirme : « en classe, les rituels sont source de calme : ils aident les enfants à réduire leur stress pendant un moment, préviennent les comportements perturbateurs et libèrent les esprits pour l’apprentissage. »
Dans l’école Kendoe, explique Iny Hofstede, les règles sont claires, de la cour de récréation jusqu’au couloir : « quand les enfants se déplacent, on compte sur du calme dans le couloir. D’où ce rituel : quand un enseignant lève le bras, le silence doit s’installer, et les enfants doivent lever le bras à leur tour, pour le propager. Dans le couloir, les enfants marchent en file, deux par deux, les bras le long du corps. Lorsqu’ils entrent en classe, on attend d’eux qu’ils disent « bonjour, madame ». Les enseignants prennent aussi le temps de les saluer individuellement, pour pouvoir détecter un éventuel problème. Lorsque la maîtresse donne une consigne à toute la classe, elle dit : ‘nous allons maintenant entrer dans notre RÔLE’. Alors les enfants s’assoient bien droits, les yeux fixés sur l’enseignant(e), et l’écoutent. »
De bons résultats
Selon Iny Hofstede, cette approche donne déjà des résultats. À l’échelle de la Flandre, il y a encore du pain sur la planche, car le score des enfants de cinq ans, en mathématique et en connaissance de la langue, y est systématiquement inférieur à la moyenne internationale. « En lecture technique, nous obtenons des résultats meilleurs que prévu pour notre groupe d’élèves », déclare la directrice. « Pour les tests flamands, nous n’atteignons pas encore la moyenne régionale, mais nous en approchons. Nous nous réjouissons aussi de la baisse du nombre de dossiers soumis au PMS. Depuis le premier trimestre de l’an dernier, ce chiffre est tombé de 18 à 12, et il n’y en a pratiquement pas de nouveaux. Les dossiers en cours concernent davantage des difficultés familiales que des problèmes scolaires. Notre méthode de travail aide vraiment les élèves à apprendre mieux. »
Enseignement flamand: des tests centralisés utiles, malgré les critiques
