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« Le porno nous fait du bien »

(c) Pixabay

7 juillet 2016

« Le porno nous fait du bien »

Temps de lecture: 3 minutes

« Le contenu pornographique en ligne souille notre jeunesse et instaure les seins siliconés et les minous rasés comme une norme de notre sexualité. » Tel est l’avis de la sexologue Goedele Liekens*, qui s’est exprimée il y a quelques semaines dans notre quotidien (De Morgen). « Faux », rétorque à présent la première étude de grande envergure menée sur la consommation de porno en Flandre. « Les hommes qui regardent plus de porno sont au contraire plus respectueux des femmes. »

« Certains adolescents candides croient vraiment qu’un acte sexuel ne se termine que lorsque l’homme éjacule dans le visage de sa partenaire. » Dans une interview publiée dans ce journal en juin, Goedele Liekens faisait le procès de l’industrie du sexe en ligne. La sexologue, qui a conquis la Flandre et la Grande-Bretagne avec ses conseils en matière de sexualité, est convaincue que le porno est néfaste. « Les jeunes voient le sexe comme un acte ludique et manquent souvent de respect envers leur partenaire (…) Pour la jeunesse, les conséquences de la pornographie dépassent largement ce que nous voulons bien admettre. »

Mais pour la sexologue Els Elaut (hôpital universitaire de Gand), « cette affirmation ne cadre pas avec les résultats d’une étude de grande envergure menée ces derniers mois sur la question. Au contraire même. »

Avec ses étudiants en sexologie (Université de Gand), la psychologue s’est penchée sur la consommation de porno en Flandre. À quelle fréquence regardons-nous du contenu pornographique ? Quel en est l’impact sur notre sexualité ? Sommes-nous davantage portés sur le bondage ou sur les vidéos érotiques plus soft et plus respectueuses des femmes ? Autant de questions posées aux internautes par le biais d’un questionnaire en ligne, auquel 4 500 personnes – de tous âges – ont répondu.

Les résultats indiquent que cette influence prétendument néfaste du porno sur notre sexualité est un mythe. Les plus grands consommateurs soulignent même les répercussions positives du porno sur leur vie sexuelle. Conclusion : le porno est bénéfique à la sexualité.

L’étude gantoise balaie également l’idée selon laquelle le porno contribuerait à réduire les femmes a de vulgaires esclaves sexuelles. Les membres de la génération Y (nés entre 1986 et 2001), qui regardent plus de porno sur Internet que les générations précédentes, se caractérisent par une attitude plus positive à l’égard de l’autre sexe. « Nous constatons que les hommes qui consomment beaucoup de porno en ligne sont plus respectueux des femmes », explique Els Elaut. « Cela a effectivement de quoi surprendre. Personnellement, je ne m’attendais pas à des résultats aussi positifs. Il est vrai qu’aucune étude n’avait été menée sur le sujet auparavant. »

Selon la chercheuse gantoise, il n’est pas étonnant de voir les sexologues pointer l’industrie du sexe aussi souvent du doigt. « En consultation, nous nous recevons que des personnes à problèmes. Et dans la mesure où le porno sur Internet est un phénomène relativement récent, le diagnostic s’impose de lui-même : « le porno est un souci majeur. » Cette étude nous rappelle donc que les problèmes rencontrés ne sont l’affaire que d’une minorité et que la plupart d’entre nous font très bien la part des choses. »

La sexologue tient néanmoins à apporter une nuance : « il s’agit d’une enquête en ligne et il existe une probabilité non négligeable que les participants soient plus portés sur la question ou qu’ils aient moins de tabous à parler de leur sexualité. »

L’étude indique aussi que nous avons tort de considérer le porno comme la cause de tous les maux, surtout chez les jeunes. Une conclusion à laquelle adhère totalement Sensoa, le centre flamand d’expertise sur la santé sexuelle. « Nous nous réjouissons de voir une étude démontrer que le porno sur Internet n’est pas forcément problématique », admet Lies Verhetsel. « Le porno, c’est comme l’alcool : il faut en consommer avec modération. Nous ne conseillerons à jamais à quelqu’un de regarder du porno jour et nuit, mais un petit plaisir de temps en temps n’a jamais fait de mal à personne. »

*Personnalité flamande, sexologue, animatrice de télévision, Miss Belgique en 1986, ndlr
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